J'écoute : "Glamour à mort", Arielle Dombasle (Sony music, 2009)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Desperate Housewives"
Je lis : John Giorno, "Il faut brûler pour briller" (Al Dante, 2003)
Je cite : «Seule la douleur peut provoquer l'art. Si on est heureux, mieux vaut pique-niquer qu'aller au théâtre », Krzysztof Warlikowski , Télérama (01/07/09)
(mis à jour samedi 5 septembre 2009 à 00:44)

16/07/2009

16/07/09 - 01:31

Dennis Hopper et moi

Lola écrit «Tu es mesquine et revêche. Viens à Bruxelles que je t'encule un peu. Adieu», je lis pendant le trajet vers Paris les mots de Juliette dans un entretien publié dans Têtu: «Il arrivera peut-être un jour où nous n'aurons plus besoin de faire notre coming out, il faut que je me dépêche avant d'être démodée !». Le portrait de Dennis Hopper signé Andy Wharol trône au départ de l'exposition "Dennis Hopper & le nouvel Hollywood" à la Cinémathèque française, je la traverse avec fort intérêt scrutant les extraits de films projetés. L'acteur américain expose ses clichés en noir et blanc, je passe de découverte en découverte au détour de chaque salle. Des tableaux issus de sa collection personnelle sont aussi exhibés, je m'attarde devant celui de Basquiat. Des vidéos de ses propres performances terminent le parcours, je suis époustouflé par leur démesure. La soirée débute par le traditionnel dîner Chez Tsu avec P., j'ai hâte de rejoindre le Point Virgule. P. se place en bout de rangée pour le confort de ses longues jambes, je glousse de voir Yvette Leglaire débouler de ce côté et se ruer sur son voisin de devant avant de reluquer de près entre les cuisses trop écartées de P. en levant les yeux au ciel face au paquet ainsi offert. Les blagues sont éculées et fort rebattues, je suis pourtant vite conquis par la folie du personnage et l'énergie déployée sur scène. Une spectatrice ingénue assise derrière moi pousse de grands soupirs ahuris comme si elle n'en croyait pas ses yeux, je m'étouffe littéralement de rire. P. est bien ravi du voyage, j'ai mal au ventre de m'être tordu dans tous les sens.



Dennis Hopper (Andy Wharol, 1971)

commentaires

16/07/09 - 20:33

Euh, ça donne quoi, Lola qui "encule un peu"? Ca se compte en centimètres ou en minutes?
Bah, tant qu'à faire, et plutôt qu'entreprendre un long voyage chez les mangeurs de frites pour vous faire enculer "un peu", restez donc à Toulouse et essayez de retrouver votre petit vigile. Nul doute qu'il saura, lui, vous enculer... à fond! :)

17/07/09 - 16:07

"essayez de retrouver votre petit vigile. Nul doute qu'il saura, lui, vous enculer... à fond!" :
mais c'est visiblement vous qui en rêvez mon cher, pervers que vous êtes ! pour ma part je préfère les expériences plus délicates, vous savez...

Les commentaires sont automatiquement fermés aux visiteurs au bout de trente jours.

 

ENTENDU

"La Fabrique
de l'Histoire",
La révolution
des homosexuels
.
Documentaire avec
Anne Querrien,
François Paul-Boncour,
Stéphane Courtois,
Marie-Jo Bonnet
et Alain Giry.
France Culture,
mardi 2 février 2010.
(55 mn)

VU

"L.A. ZOMBIE",
de Bruce la Bruce,
avec Franços Sagat

LU

Demy en entier

DVD. Après moult péripéties, un coffret rassemblant l’intégralité de l’œuvre du réalisateur sort enfin

Par Gérard Lefort

Qu’on puisse enfin voir tous les films de Jacques Demy dont certains, fameux ou rares, étaient totalement invisibles pour des motifs complexes (lire page suivante), est la preuve que la fée des Lilas, marraine de tous les cinéphiles, a bien fait son boulot. Mais la sensation est surtout esthétique : tout Demy en DVD, c’est Demy dans la Pléiade. Ce qui permet d’expérimenter que Demy a bel et bien réalisé le programme qu’il se fixait en 1964 : «Mon idée est de faire 50 films qui seront tous liés les uns aux autres, dont les sens s’éclaireront mutuellement à travers des personnages communs.»
Demy n’a pas tourné 50 films, mais 14 (et 7 courts métrages) qui sont comme les 21 tomes d’une Comédie humaine. Autrement dit par lui : «Tout le monde a le droit de rêver et j’ai retrouvé tout le monde.» A la façon de Schnitzler filmé par Ophüls, au film des films, c’est la ronde des prénoms et des noms tous sexes emmêlés (Michel, Lola, Frankie, Geneviève, Roland, Edith, François…), tous princes et princesses transgenre au terminus des passions, heureuses ou maudites.
«Amour, je t’aime tant», refrain dans Peau d’âne, serait la ritournelle idéale pour tous les autres films, comme un vertige (de l’amour) nous faisant sauter d’un manège à l’autre, son manège à lui, qui nous fait tourner la tête. Et cela, quel que soit le résultat : sans faute pour la plupart des films, Demy-réussite ou échec presque complet dans certain cas (Parking !). Ce qui est d’autant plus véniel que l’inachèvement est un des motifs majeurs de l’œuvre. On se croise, on se prend, on se lâche, on se perd. Pas de quoi en faire un drame, plutôt un opéra populaire.
Quand, sur le tournage d’Une chambre en ville (1982), Demy confiait qu’il ne veut pas faire un film politique, il faut l’entendre. Car si Une chambre en ville est bien son film-manifeste le plus engagé, Demy y fait de la lutte des classes un pas de deux érotique et révolutionnaire unissant la fille d’aristo et le prolo dans une commune détestation du summum de l’ennui : la bourgeoisie. On a souvent dit son cinéma enchantant, enchanté. C’est bien trouvé : Demy est comme le petit garçon de l’Enfant et les Sortilèges de Ravel : grognon devant les devoirs, médusé quand son imagination, folle du logis, anime les objets, les animaux, les fleurs, fait parler les humains comme ils ne parlent jamais, en chansons, mais pas le dernier à sauter dans le sabbat et attiser la braise. On ne naît pas enfant, on le devient.

Intégrale Jacques Demy, 12 DVD (Arte Video/Ciné Tamaris) 99 €

Libération, vendredi 14 novembre 2008