LU
Demy en entier
DVD. Après moult péripéties, un coffret rassemblant l’intégralité de l’œuvre du réalisateur sort enfin
Par Gérard Lefort
Qu’on puisse enfin voir tous les films de Jacques Demy dont certains, fameux ou rares, étaient totalement invisibles pour des motifs complexes (lire page suivante), est la preuve que la fée des Lilas, marraine de tous les cinéphiles, a bien fait son boulot. Mais la sensation est surtout esthétique : tout Demy en DVD, c’est Demy dans la Pléiade. Ce qui permet d’expérimenter que Demy a bel et bien réalisé le programme qu’il se fixait en 1964 : «Mon idée est de faire 50 films qui seront tous liés les uns aux autres, dont les sens s’éclaireront mutuellement à travers des personnages communs.»
Demy n’a pas tourné 50 films, mais 14 (et 7 courts métrages) qui sont comme les 21 tomes d’une Comédie humaine. Autrement dit par lui : «Tout le monde a le droit de rêver et j’ai retrouvé tout le monde.» A la façon de Schnitzler filmé par Ophüls, au film des films, c’est la ronde des prénoms et des noms tous sexes emmêlés (Michel, Lola, Frankie, Geneviève, Roland, Edith, François…), tous princes et princesses transgenre au terminus des passions, heureuses ou maudites.
«Amour, je t’aime tant», refrain dans Peau d’âne, serait la ritournelle idéale pour tous les autres films, comme un vertige (de l’amour) nous faisant sauter d’un manège à l’autre, son manège à lui, qui nous fait tourner la tête. Et cela, quel que soit le résultat : sans faute pour la plupart des films, Demy-réussite ou échec presque complet dans certain cas (Parking !). Ce qui est d’autant plus véniel que l’inachèvement est un des motifs majeurs de l’œuvre. On se croise, on se prend, on se lâche, on se perd. Pas de quoi en faire un drame, plutôt un opéra populaire.
Quand, sur le tournage d’Une chambre en ville (1982), Demy confiait qu’il ne veut pas faire un film politique, il faut l’entendre. Car si Une chambre en ville est bien son film-manifeste le plus engagé, Demy y fait de la lutte des classes un pas de deux érotique et révolutionnaire unissant la fille d’aristo et le prolo dans une commune détestation du summum de l’ennui : la bourgeoisie. On a souvent dit son cinéma enchantant, enchanté. C’est bien trouvé : Demy est comme le petit garçon de l’Enfant et les Sortilèges de Ravel : grognon devant les devoirs, médusé quand son imagination, folle du logis, anime les objets, les animaux, les fleurs, fait parler les humains comme ils ne parlent jamais, en chansons, mais pas le dernier à sauter dans le sabbat et attiser la braise. On ne naît pas enfant, on le devient.
Intégrale Jacques Demy, 12 DVD (Arte Video/Ciné Tamaris) 99 €
Libération,
vendredi 14 novembre 2008
03/01/09 - 12:24
Il faudrait être bien fou pour penser arriver à la hauteur du film de Mike Nichols. C'est probablement le meilleur film de Liz Taylor et un véritable coup de poing pour moi, lorsque je l'ai vu au cinéma.
Il est vrai que Liz et Richard reproduisaient leur propre vie de couple sur la scène. C'est grâce à ce film que je suis devenu un inconditionnel d'Elizabeth Taylor. "Qui a peur de Virginia Woolf" est une chef d'oeuvre du cinéma. Mais il faut aimer les huis clos déchirants quand on est spectateur et avoir la force de passionner le public pendant tout le film ou la pièce de théâtre quand on est acteur. J'imagine que la performance physique doit être très éprouvante pour ceux qui jouent la pièce.
Le ballet dont vous parlez me semble très alléchant.
fluctuatnecmergitur