J'écoute : "Glamour à mort", Arielle Dombasle (Sony music, 2009)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Desperate Housewives"
Je lis : John Giorno, "Il faut brûler pour briller" (Al Dante, 2003)
Je cite : «Seule la douleur peut provoquer l'art. Si on est heureux, mieux vaut pique-niquer qu'aller au théâtre », Krzysztof Warlikowski , Télérama (01/07/09)
(mis à jour samedi 5 septembre 2009 à 00:44)

01/01/2009

01/01/09 - 17:06

Régine Chopinot et moi

La presse locale afflue au Théâtre Garonne pour la première en français de "Qui a peur de Virginia Woolf" par la compagnie flamande De Koe, je scrute depuis le deuxième rang les unes des magazines empilés autour d'une table basse au centre de la scène. Le film tiré de la pièce d'Edward Albee par Mike Nichols avec Elizabeth Taylor et Richard Burton est diffusé sur un écran de télévision au fond du plateau, je ne quitte pas des yeux Peter Van den Eede. Il revient ici après son interprétation de "My dinner with Andre" d'après le film de Louis Malle, je ris de ses fausses improvisations et autres pitreries d'acteur. Le reste de la distribution n'est pas vraiment à sa hauteur, je me lasse au bout d'heure et demie de cette histoire de couple à force de dialogues ininterrompus. Peter Van den Eede semble s'épuiser à glisser sur le papier glacé des magazines jonchant le sol, je suis pris d'une épouvantable fatigue. M. partage ma déception, je quitte avec lui les lieux dès la fin du calvaire.
La presse brille par son absence au Théâtre Garonne pour la première de "Cornucopiae, l'Assassinat de l'amour" de Régine Chopinot, je pose mon regard sur les cadavres de chevaux échoués sur la scène. Des spectateurs quittent la salle dès le début d'une chorégraphie trop immobile, je suis intrigué par la pelle qui masque le visage de chacun des huit interprètes dont la tête est dissimulée sous une épaisse capuche. Un ballet angoissant s'appuie sur une ambiance sonore électrique, je prête l'oreille au simulacre de discours populiste à tendance fasciste joué par les danseurs. Les tableaux énigmatiques se succèdent, je tente de trouver à chacun d'eux une signification. L'exigeante proposition s'étire sur une heure et demie, je m'ennuie peu malgré cette longue étendue chorégraphiée avec minimalisme. L'accueil est peu enthousiaste au terme de la représentation, je suis assez emballé par cette expérience radicale. Le bar du théâtre est déserté, je montre à M. le visage de la chorégraphe et celui des danseurs à découvert.



"Cornucopiae, l'Assassinat de l'amour"

commentaires

03/01/09 - 12:24

Il faudrait être bien fou pour penser arriver à la hauteur du film de Mike Nichols. C'est probablement le meilleur film de Liz Taylor et un véritable coup de poing pour moi, lorsque je l'ai vu au cinéma.
Il est vrai que Liz et Richard reproduisaient leur propre vie de couple sur la scène. C'est grâce à ce film que je suis devenu un inconditionnel d'Elizabeth Taylor. "Qui a peur de Virginia Woolf" est une chef d'oeuvre du cinéma. Mais il faut aimer les huis clos déchirants quand on est spectateur et avoir la force de passionner le public pendant tout le film ou la pièce de théâtre quand on est acteur. J'imagine que la performance physique doit être très éprouvante pour ceux qui jouent la pièce.

Le ballet dont vous parlez me semble très alléchant.

04/01/09 - 15:53

en effet, ce ballet a d'ailleurs été dansé en décembre à Paris, au centre Beaubourg.
Quant à "... Virginia W.", je ne suis pas du tout client de textes psychologiques. Tant que le comédien faisait le guignol sur scène tout allait bien, mais il s'est fatigué et j'ai décroché.

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ENTENDU

"La Fabrique
de l'Histoire",
La révolution
des homosexuels
.
Documentaire avec
Anne Querrien,
François Paul-Boncour,
Stéphane Courtois,
Marie-Jo Bonnet
et Alain Giry.
France Culture,
mardi 2 février 2010.
(55 mn)

VU

"L.A. ZOMBIE",
de Bruce la Bruce,
avec Franços Sagat

LU

Demy en entier

DVD. Après moult péripéties, un coffret rassemblant l’intégralité de l’œuvre du réalisateur sort enfin

Par Gérard Lefort

Qu’on puisse enfin voir tous les films de Jacques Demy dont certains, fameux ou rares, étaient totalement invisibles pour des motifs complexes (lire page suivante), est la preuve que la fée des Lilas, marraine de tous les cinéphiles, a bien fait son boulot. Mais la sensation est surtout esthétique : tout Demy en DVD, c’est Demy dans la Pléiade. Ce qui permet d’expérimenter que Demy a bel et bien réalisé le programme qu’il se fixait en 1964 : «Mon idée est de faire 50 films qui seront tous liés les uns aux autres, dont les sens s’éclaireront mutuellement à travers des personnages communs.»
Demy n’a pas tourné 50 films, mais 14 (et 7 courts métrages) qui sont comme les 21 tomes d’une Comédie humaine. Autrement dit par lui : «Tout le monde a le droit de rêver et j’ai retrouvé tout le monde.» A la façon de Schnitzler filmé par Ophüls, au film des films, c’est la ronde des prénoms et des noms tous sexes emmêlés (Michel, Lola, Frankie, Geneviève, Roland, Edith, François…), tous princes et princesses transgenre au terminus des passions, heureuses ou maudites.
«Amour, je t’aime tant», refrain dans Peau d’âne, serait la ritournelle idéale pour tous les autres films, comme un vertige (de l’amour) nous faisant sauter d’un manège à l’autre, son manège à lui, qui nous fait tourner la tête. Et cela, quel que soit le résultat : sans faute pour la plupart des films, Demy-réussite ou échec presque complet dans certain cas (Parking !). Ce qui est d’autant plus véniel que l’inachèvement est un des motifs majeurs de l’œuvre. On se croise, on se prend, on se lâche, on se perd. Pas de quoi en faire un drame, plutôt un opéra populaire.
Quand, sur le tournage d’Une chambre en ville (1982), Demy confiait qu’il ne veut pas faire un film politique, il faut l’entendre. Car si Une chambre en ville est bien son film-manifeste le plus engagé, Demy y fait de la lutte des classes un pas de deux érotique et révolutionnaire unissant la fille d’aristo et le prolo dans une commune détestation du summum de l’ennui : la bourgeoisie. On a souvent dit son cinéma enchantant, enchanté. C’est bien trouvé : Demy est comme le petit garçon de l’Enfant et les Sortilèges de Ravel : grognon devant les devoirs, médusé quand son imagination, folle du logis, anime les objets, les animaux, les fleurs, fait parler les humains comme ils ne parlent jamais, en chansons, mais pas le dernier à sauter dans le sabbat et attiser la braise. On ne naît pas enfant, on le devient.

Intégrale Jacques Demy, 12 DVD (Arte Video/Ciné Tamaris) 99 €

Libération, vendredi 14 novembre 2008