J'écoute : "Glamour à mort", Arielle Dombasle (Sony music, 2009)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Desperate Housewives"
Je lis : John Giorno, "Il faut brûler pour briller" (Al Dante, 2003)
Je cite : «Seule la douleur peut provoquer l'art. Si on est heureux, mieux vaut pique-niquer qu'aller au théâtre », Krzysztof Warlikowski , Télérama (01/07/09)
(mis à jour samedi 5 septembre 2009 à 00:44)

15/02/2008

15/02/08 - 07:42

Robyn Orlin et moi (2)

Le programme annonce "le Cauchemar de Darwin" comme point de départ de l'écriture de "Import/Export", je n'ai pas vu le documentaire de Hubert Sauper mais j'en ai largement entendu parler. La musique baroque résonne sur la scène du théâtre des Mazades comme anachronique, je suis vite séduit par la chorégraphie de Koen Augustijnen des Ballets C. de la B. en ouverture du festival C'est de la Danse contemporaine. Un tableau burlesque succède à une longue mise en scène de l'impuissance, je pense aux pièces de Jérôme Deschamps et Macha Makeieff.
Les danseurs sud-africains de Via Katlehong Dance sont dépourvus pour la plupart de leurs bottes de caoutchouc ferrées, j'aime la manière dont le chorégraphe Christian Rizzo s'approprie leur corps dans cette première partie de "Imbizo e Mazweni (une rencontre en dehors du pays". Une tendre fraternité s'installe entre les interprètes, je suis ému par cette écriture inattendue. Une odeur de plastique brûlé inonde la salle du théâtre des Mazades, je sors m'aérer pendant l'entracte. Une ouvreuse me tend une petite bouteille d'eau en plastique pour les besoins du spectacle, je m'en débarrasse aussitôt au profit de mes voisins. Je ne suis pas emballé à l'idée de participer à ce spectacle de Robyn Orlin écrit pour les danseurs de Via Katlehong Dance. Je me souviens de ces spectateurs de "When I take off my skin and touch the sky with my nose, only then can I see little voices amuse themselves", la précédente chorégraphie de Robyn Orlin, entraînés sur la scène du TNT où ils s'étaient retrouvés à quatre pattes. Le rideau se lève sur un décor de tissus jaunes, je me réjouis des tenues toutes aussi colorées des danseurs. Ils se jettent dans la salle avec un verre dans une main à la recherche d'eau, je suis rassuré de les voir retourner vite sur le plateau pour s'échanger le précieux liquide. Ils roulent leur derrière avant de se grimer en canard, je reconnais bien l'univers cocasse de Robyn Orlin. Ils reviennent dans la salle avec une petite caméra dont les images sont projetées sur un écran installé sur le plateau, je suis ravi de ne pas les croiser de mon côté. Ils entraînent dans la danse deux ou trois spectateurs un peu gênés mais ravis de cette contribution finale, je suis charmé par cette radieuse création.



"still life with homeless heaven and urban wounds ... (even bananas have bones)" de Robyn Orlin

commentaires

23/02/08 - 15:40

Du canard sur scène ça change un peu... A bien y regarder j'ai l'impression que c'est un "col vert"... Ce volatile est certainement intéressant pour un spectacle ! Concernant la cuisine, je lui trouve une cher trop sèche... Je préfère de loin les canards "à gaver" qui donnent de succulents confits...

27/02/08 - 03:23

Dites, ça fait presque quinze jours que vous n'avez rien écrit... Il y a des lecteurs qui attendent vos prochains articles, 'spèce de grosse feignasse toulousaine!

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ENTENDU

"La Fabrique
de l'Histoire",
La révolution
des homosexuels
.
Documentaire avec
Anne Querrien,
François Paul-Boncour,
Stéphane Courtois,
Marie-Jo Bonnet
et Alain Giry.
France Culture,
mardi 2 février 2010.
(55 mn)

VU

"L.A. ZOMBIE",
de Bruce la Bruce,
avec Franços Sagat

LU

Demy en entier

DVD. Après moult péripéties, un coffret rassemblant l’intégralité de l’œuvre du réalisateur sort enfin

Par Gérard Lefort

Qu’on puisse enfin voir tous les films de Jacques Demy dont certains, fameux ou rares, étaient totalement invisibles pour des motifs complexes (lire page suivante), est la preuve que la fée des Lilas, marraine de tous les cinéphiles, a bien fait son boulot. Mais la sensation est surtout esthétique : tout Demy en DVD, c’est Demy dans la Pléiade. Ce qui permet d’expérimenter que Demy a bel et bien réalisé le programme qu’il se fixait en 1964 : «Mon idée est de faire 50 films qui seront tous liés les uns aux autres, dont les sens s’éclaireront mutuellement à travers des personnages communs.»
Demy n’a pas tourné 50 films, mais 14 (et 7 courts métrages) qui sont comme les 21 tomes d’une Comédie humaine. Autrement dit par lui : «Tout le monde a le droit de rêver et j’ai retrouvé tout le monde.» A la façon de Schnitzler filmé par Ophüls, au film des films, c’est la ronde des prénoms et des noms tous sexes emmêlés (Michel, Lola, Frankie, Geneviève, Roland, Edith, François…), tous princes et princesses transgenre au terminus des passions, heureuses ou maudites.
«Amour, je t’aime tant», refrain dans Peau d’âne, serait la ritournelle idéale pour tous les autres films, comme un vertige (de l’amour) nous faisant sauter d’un manège à l’autre, son manège à lui, qui nous fait tourner la tête. Et cela, quel que soit le résultat : sans faute pour la plupart des films, Demy-réussite ou échec presque complet dans certain cas (Parking !). Ce qui est d’autant plus véniel que l’inachèvement est un des motifs majeurs de l’œuvre. On se croise, on se prend, on se lâche, on se perd. Pas de quoi en faire un drame, plutôt un opéra populaire.
Quand, sur le tournage d’Une chambre en ville (1982), Demy confiait qu’il ne veut pas faire un film politique, il faut l’entendre. Car si Une chambre en ville est bien son film-manifeste le plus engagé, Demy y fait de la lutte des classes un pas de deux érotique et révolutionnaire unissant la fille d’aristo et le prolo dans une commune détestation du summum de l’ennui : la bourgeoisie. On a souvent dit son cinéma enchantant, enchanté. C’est bien trouvé : Demy est comme le petit garçon de l’Enfant et les Sortilèges de Ravel : grognon devant les devoirs, médusé quand son imagination, folle du logis, anime les objets, les animaux, les fleurs, fait parler les humains comme ils ne parlent jamais, en chansons, mais pas le dernier à sauter dans le sabbat et attiser la braise. On ne naît pas enfant, on le devient.

Intégrale Jacques Demy, 12 DVD (Arte Video/Ciné Tamaris) 99 €

Libération, vendredi 14 novembre 2008