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J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Le Coeur a ses raisons"
Je lis : Copi, "Une langouste pour deux" (Christian Bourgois, 1978/1999)
Je cite : «Je pense que Madonna est une grande imposture. C'est une fausse idole. Vous voyez l'épisode du Veau d'or, dans la Bible ? Et bien le Veau d'or, c'est Madonna.», Rufus Wainwright (Têtu, février 2007)
(mis à jour mardi 20 mai 2008 à 05:30)

27/04/2008

27/04/08 - 07:39

Joel et Ethan Cohen et moi

"Hollywood vixens" débute par une énorme fête dans une villa, je pense à "The Party" de Blake Edwards. Russ Meyer filme les aventures d'un groupe de filles libérées qui jouent de la musique pop, je m'étonne de ne pas croiser les énormes poitrines peuplant ses oeuvres les plus connues. La comédie musicale vire au conflit entre les sexes, je retrouve là les obsessions habituelles du cinéaste. Les acteurs sont jeunes et beaux, je suis enthousiaste face à l'irruption du cauchemar final. M. s'extasie à la sortie de la Cinémathèque, je n'avais pas découvert une telle perle au festival Extrême Cinéma depuis longtemps.
La plus petite salle de l'ABC affiche complet, je ne m'en m'étonne même pas. Je n'aime pas cet endroit exigu, c'est la dernière projection de "No country for old man" avant la fermeture du cinéma pour travaux. Je renifle par intermittence la mauvaise halène du type assis près de moi, Javier Bardem hante le film de Joel et Ethan Cohen avec sa coiffure improbable et son mutisme de gardien de prison. Je suis terrifié par ce personnage déterminé, il semble être capable du pire à tout moment. Je m'attache au cow-boy solitaire incarné par Josh Brolin. Tommy Lee Jones joue un vieux flic rusé, il me rappelle Frances McDormand en femme flic dans "Fargo". C'est le premier film des frères Cohen adapté d'une œuvre littéraire en l'occurrence d'un roman de Cormac McCarthy, j'aime cette noire mélancolie inédite dans leur oeuvre.



18/04/2008

18/04/08 - 01:39

Paul Thomas Anderson et moi

Je me passionne pour l'itinéraire du héros de "There will be blood", Daniel Day Lewis incarne ce chercheur d'or noir dans l'Amérique du XXe siècle naissant. Je suis impressionné par l'ambiguïté de ce personnage restituée avec brio par l'acteur, il acquiert une terrible épaisseur dans sa route vers la fortune. Je m'attache à la manière dont il combat le pouvoir religieux, les aléas du scénario révèlent sa monstruosité enfouie. Je décroche au bout de deux heures, le film de Paul Thomas Anderson se termine en portrait de l'entrepreneur enrichi et vieillissant. Je suis finalement las des grosses grimaces de Daniel Day Lewis derrière l'épaisse couche de maquillage, il devient très démonstratif pour illustrer la misanthropie de son personnage muré dans la folie. Je me souviens de l'ennui ressenti cet hiver au cours des trois heures de "Magnolia" revu à la Cinémathèque pour la troisième fois.
La salle de la Cinémathèque n'est pas loin d'afficher complet, je suis frappé par l'inhabituelle diversité des publics dans une séance d'Extrême cinéma. Les organisateurs du festival présentent longuement le programme de la soirée, je m'étonne du succès d'un film dont même Jackie Kennedy a vu les images à sa sortie en salles. On nous annonce des scènes de pure comédie, je suis impatient de découvrir cet objet. "Gorge Profonde" s'intéresse particulièrement à l'orgasme clitoridien, j'ai rarement été confronté sur grand écran à des vulves aussi poilues. Un homosexuel s'est glissé dans la foule des personnages masculins, je ne trouve qu'un seul mec à mon goût parmi eux. J.-P. s'amuse des scènes burlesques, je suis surpris de ne pas m'ennuyer.



Photo: "There will be blood"

12/04/2008

12/04/08 - 03:11

Thierry de Peretti et moi

Je lis un message à mon intention : «Vu le "Hamlet etc..." de Koltès, euh pardon, de Peretti, au Garonne... Indigence affligeante, le frangin de Koltès s'en fout plein les fouilles avec les brouillons de son grand frère... C'est comme si toi, moi, ou d'autres, donnaient à entendre leur belles rédac de 3ème... J'aime sans doute trop Koltès, mais ce texte, et cette mise en scène digne des premiers balbutiements d'un couillon prétentieusement voué à la scène, me laissent abasourdi, ébaubi, méchamment étourdi... Si jamais c'est dans ton agenda, évite!».
Un projecteur s'écrase bruyamment à l'avant scène au début du "Jour des meurtres dans l'histoire d'Hamlet", je réagis à peine malgré la proximité et le bruit sourd provoqué par l'incident. Un acteur sursaute aussitôt et se vautre à terre au pied de ce cadavre de métal, je ne suis dupe à aucun moment. Pascal Tagnati en Hamlet se déshabille entièrement, la pure blancheur de son corps m'hypnotise. La mise en scène du texte de Bernard-Marie Koltès par Thierry de Peretti ne cesse de me surprendre, je m'emballe devant la performance de Pascal Tagnati. Les personnages ouvrent les portes du théâtre Garonne, je suis éberlué de voir le plateau déboucher ainsi sur la rue où un passant tourne la tête au loin. M. est très enthousiaste, je ne me souviens pas l'avoir déjà vu dans un tel état à la fin d'un spectacle.



"Le Jour des meurtres dans ..." © Pierre Grosbois

05/04/2008

05/04/08 - 02:26

Agathe Mélinand et moi

J'admire les effets spéciaux mis en scène par Laurent Pelly dans "les Aventures d'Alice au pays des merveilles", Christiane Millet porte seule le texte de Lewis Carroll dans le petit théâtre du TNT. L'adaptation d'Agathe Mélinand n'adopte aucun point de vue, je m'endors peu à peu devant cette copie approximative du film de Walt Disney. Les adolescents et les enfants ont l'air ravis de leur soirée au théâtre, je ne comprends pas l'intérêt de cette proposition. Agathe Mélinand proclame dans le programme que ce «spectacle n'est pas jeune public», je suis persuadé du contraire en quittant les lieux. J'ai l'impression de m'être fait arnaqué par une telle affirmation destinée à remplir la salle, J.-P. ramasse des cartes à jouer tombées en pluie à l'avant-scène au milieu des gamins.
"La Sorcellerie à travers les âges" ouvre le dixième festival Extrême Cinéma à la Cinémathèque de Toulouse, je revois avec intérêt le film hybride de Benjamin Christensen accompagné par un mix de GDZ. J.-P. s'agite près de moi, je trouve la musique électro un peu envahissante. M. rapplique pour le cocktail après la projection, j'ingurgite des babas au rhum, des éclairs au chocolat, des macarons, des cannelés, et beaucoup de petits gâteaux à la crème. Je fais une halte au Bear's avec J.-P., je bois un Coca Cola et j'ai envie de gerber.



"Les Aventures d'Alice au pays des merveilles" © Guy Delahaye

04/04/2008

04/04/08 - 00:44

Didier Carette et moi (8)

Régis Goudot m'arrête dans le hall du théâtre Sorano, j'ai appris la veille son remplacement dans la distribution de "La Cerisaie" en raison du plâtre qui immobilise son pied. Je savoure enfin la présence de Didier Carette sur scène, une foule de comédiens s'agite autour de lui. Il balance deux ou trois anachronismes, je me demande quel rôle il tenait dans cette pièce quinze ans plus tôt aux côtés de Marie-Christine Barrault sur la même scène. Il me fait rire, je suis très déçu par le reste de la distribution. Je finis par m'ennuyer, Cécile Brochard ne cesse de faire du bruit en extirpant de leur emballage les bonbons qu'elle ingurgite frénétiquement près de moi. Des tableaux de pure mise en scène me réveillent entre chaque acte, je prends alors un vrai plaisir à retrouver ce dont je raffole chez Carette. Les comédiens reviennent au texte de Tchekhov, je suis de nouveau accablé par l'ennui. Georges Gaillard apparaît seul dans la dernière scène, je suis frustré de ne pas avoir eu le loisir de l'apprécier plus longtemps. J'évite de croiser Didier Carette après le spectacle, il est heureusement fort sollicité en ce soir de première.
La salle du Théâtre du Pavé est bondée, je lis le texte d'introduction d'"Andromaque" déroulé à la manière du générique de "Star wars" sur le rideau de scène. La mise en scène de Francis Azéma installe un climat de science-fiction, le décor et les costumes me laissent perplexe. Jean-Baptiste Azéma est fringué comme s'il posait pour Pierre & Gilles, je suis séduit par son interprétation fragile d'Oreste. Il s'approche très près de son meilleur ami Pylade joué par Grégory Bourrut, je m'amuse de l'ambiguïté de leur étreinte. Corinne Mariotto incarne Andromaque, je suis comme d'habitude ému par son travail d'une belle justesse. Je croise Coraline Lamaison au bar, elle me raconte qu'elle n'était pas de la distribution dans la mise en scène de la pièce par Claude Bardouil en 1999. J'apprends qu'elle interprétait Andromaque dans une scène du "Bal des anges", une création collective antérieure de la compagnie Parlez-moi d'amour.



Photo: Didier Carette dans "La Cerisaie"

 

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

ENTENDU

"Minuit/Dix", Olivier Ducastel & Jacques Martineau. Par Laurent Goumarre, France Culture, 3 juin 2008. (50 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008