J'écoute : "Séries Télé : l'Amérique en 24 épisodes", une histoire des séries télévisées américaines par Benoît Lagane et Eric Vérat, France Culture, du lundi au vendredi de 22h30 à 23h00
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Desperate Housewives"
Je lis : John Giorno, "Il faut brûler pour briller" (Al Dante, 2003)
Je cite : «Oh, je vole à droite et à gauche. Tant et si bien que ça devient original. L'allure de Wisteria Lane vient directement d'"Edward aux mains d'argent". "Sunset Boulevard" m'a donné l'idée du narrateur mort. En télé, je me suis inspiré de "Sex and the City" et "Six Feet Under" et de tout le travail de son créateur Alan Ball », Marc Cherry à propos de "Desperate Housewives", Libération (08/09/05)
(mis à jour dimanche 24 août 2008 à 09:57)

15/07/2007

15/07/07 - 14:38

Quentin Tarantino et moi

La signature musicale du "Boulevard de la mort" me séduit dès le début, cela ne me surprend guère de la part de Quentin Tarantino dont les choix de chansons me rendent toujours euphoriques. Les histoires de filles qu'il filme ici peinent à me passionner. La misogynie apparente qui se dégage du scénario me révulse peu à peu, je me creuse la tête pour tenter de comprendre quelle est la raison d'être de ce dernier opus. Le sang gicle et les morceaux de chair volent dans chaque coin de l'image, je suis dubitatif devant cette machine à broyer de la meuf sur pellicule. Je peste contre le machisme nauséabond qui s'en dégage. Un nouveau casting féminin apparaît dans la seconde partie, je ne m'intéresse toujours pas à ces papotages entre filles au volant. Elles citent des films de voitures qui roulent vite dont "Point limite zéro", je me souvient l'avoir vu et détesté lors de sa ressortie deux ans plus tôt. Je me demande si Tarantino va pondre un film aussi hétérosexuel, primaire et dénué d'humour que celui de Richard Sarafian. Deux des filles s'avèrent être cascadeuses et lesbiennes, je crains le pire. L'humour fait irruption, j'en suis rassuré. La poursuite en voiture me ravit jusqu'à l'exaltation, la fin spectaculaire me comble tout autant. Je relis la première partie du film à lumière de la seconde, je quitte la salle toulousaine du cinéma Utopia dans un état avancé d'excitation intellectuelle. À la Maison où la plupart des clients m'insupporte ce soir, M. s'étonne de m'entendre revendiquer que c'est mon film préféré de Tarantino, avec "Jackie Brown".



commentaires

15/07/07 - 15:26

sur une radio ya une critique qui a à peu pres penser la meme chose. Perso je trouve qu'il ya pas trop de sang (a part la scene avec Rose McGowan et la voiture ensuite), les nanas ont l'air d'avoir pas mal de caracteres, elles se prennent pas la tete. Jvois pas trop le machisme dans le film..enfin j'ai bien aimé quoi ^^

15/07/07 - 20:56

Je connais très peu Tarantino mais je n'ai jamais trop compris ce qu'on trouvait à ses films, en fait.

16/07/07 - 13:37

Au fait, voilà un moment que vous ne nous avez plus parlé de ce jeune vigile de la cinémathèque, à la braguette bombée et aguichante, qui vous mettait dans tous vos états.

16/07/07 - 13:37

flikflak, c'est le personnage masculin qui l'est, il se trouve qu'il a le dernier mot au terme de la première partie, donc on pourrait penser à ce stade du film que c'est le héros valorisé par le cinéaste... J'insiste sur le fait que mes posts respectent la chronologie des événements et que mon avis sur ce film évolue au fur et à mesure du déroulement du scénario.

griffin, du cinéma ! c'est du cinéma, tout simplement, au sens traditionnel du terme, ce qui comble le cinéphie que je suis. Tarantno est un fin fétichiste du cinéma de série B des années 70, qu'il revisite et met au goût du jour de manière spectaculaire. Bref, à mon avis c'est du cinéma de divertissement mais intelligement agencé, à l'ancienne, comme j'aime. Et tellement jubilatoire ! Il faut voir absolument "Jackie Brown", pour commencer...

16/07/07 - 15:21

visiteur, je reconnais bien là votre style cher griffin ! La description que vous faites de ce garçon n'a bien sûr rien à voir avec la réalité mais visiblement avec vos fantasmes.
Il n'officie plus là bas depuis un an et ses remplaçants ne sont vraiment pas à la hauteur...

16/07/07 - 16:25

griffin, des gens m'ont raconté que jjw faisait exprés d'arriver en retard à la cinémathèque pour se faire accompagner par le vigile à la braguette bombée et aguichante...

17/07/07 - 03:28

Jjw: M'enfin, ce n'est pas moi!

Gisèle: Voilà qui ne m'étonne guère !

17/07/07 - 14:36

Oups ! j'aurais évidemment dû me douter que vous êtes incapable de pondre des fautes d'orthographe aussi grottesques... Encore un sale coup de la gisèle !

17/07/07 - 22:54

Quelles fautes, quelles fautes???

18/07/07 - 03:06

l'emploi du terme "aguichante" est-il correct ??? le fin lettré que vous êtes détient probablement le réponse !

18/07/07 - 05:35

AGUICHANT, ANTE, part. prés. et adj.
A. Part. prés. de aguicher*.
B. Emploi adj., fam. Qui attire par sa séduction naturelle ou par une attitude de provocation.
1. [En parlant d'une pers., gén. d'une femme] :

1. ... il s'imagine, tant il est godiche, qu'il m'a offensée gravement et que je suis une imprenable vertu... ah! ses regards humiliés, implorants, et qui ne cessent de me demander pardon!... Quoique je sois redevenue plus aguichante et gentille, il ne me dit plus rien de la chose, et il ne se décide pas davantage à tenter une nouvelle attaque directe, pas même le coup classique du bouton de culotte à recoudre...
O. MIRBEAU, Le Journal d'une femme de chambre, 1900, p. 106.

2. ... la gigoteuse la plus aguichante du Vaux-hall.
BRUANT, 1901, p. 142.

2. [En parlant d'un inanimé en relation avec une pers.] :

3. Joseph veut que je sois bien frusquée; et il ne me refuse jamais rien de ce qui peut m'embellir, et il aime que le soir je montre ma peau dans un petit décolletage aguichant... il faut allumer le client, l'entretenir dans une constante joie, dans un constant désir de ma personne...
O. MIRBEAU, Le Journal d'une femme de chambre, 1900 p. 376.

4. Cette animation, ces flirts continuellement ébauchés autour d'elle, cette atmosphère de poursuites, de reculs, de demi-consentements, d'aguichantes tentatives, tout cela, sans la troubler beaucoup, l'amusait, la réjouissait. « Le type de Florentine », ainsi qu'elle désignait Jean Lévesque, l'avait surtout impressionnée.
G. ROY, Bonheur d'occasion, 1945, pp. 18-19.
Prononc. : [], fém. [-]. Enq. : /, -t/.
STAT. Fréq. abs. litt. : 4.

18/07/07 - 19:16

Quel homme sage et avisé, ce Capello !

03/08/07 - 00:05

ça va réveiller des souvenirs... les parents de certaines "soupaient" dans les années 80 en regardant les jeux de 20 heures sur la "3eme"

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ENTENDU

"Le Rendez-Vous" :
Christophe Honoré, Alex Beaupain et Gilles Taurand.
Par Laurent Goumarre,
France Culture, mercredi 17 septembre 2008.
(45 mn)

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008