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J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Le Coeur a ses raisons"
Je lis : Copi, "Une langouste pour deux" (Christian Bourgois, 1978/1999)
Je cite : «Je pense que Madonna est une grande imposture. C'est une fausse idole. Vous voyez l'épisode du Veau d'or, dans la Bible ? Et bien le Veau d'or, c'est Madonna.», Rufus Wainwright (Têtu, février 2007)
(mis à jour mardi 20 mai 2008 à 05:30)

11/06/2007

11/06/07 - 15:03

Régis Goudot et moi (2)

Didier Carette invite quelques comédiens à le rejoindre sur la scène du théâtre Sorano pour détailler le programme de la saison prochaine devant un parterre comble, je l'entends qualifier Régis Goudot de «perle du Caucase». Ce dernier interprète une chanson d'un certain Docteur Merlin sur l'air de l'hymne de la Patagonie, me voilà saisi par cette complainte si envoûtante. Je m'endors un peu. Didier Carette indique qu'il mettra en scène "La Cerisaie" de Tchékhov plusieurs années après avoir joué la pièce avec Marie-Christine Barrault sous la direction de Jacques Rosner sur cette même scène, je suis impatient que cesse le déroulé ponctué de lectures interminables d'articles de presse. Le public se rue vers les victuailles à la fin de la présentation, j'écoute Didier Carette raconter dans le hall que la «perle du Caucase» est une formule empruntée aux Nuls à l'époque de la première saison de "Nulle part ailleurs". Je m'étonne auprès de Cécile Brochard de ne pas l'avoir croisée une seule fois au cours de cette saison, Patrick Moll me présente sa compagne avant de disparaître. J'allume ma télé sur M6, j'adore la version de "Vanina" par Julien qui clôt la demi-finale de "la Nouvelle Star".
Je lis ces mots dans un mail de Régis Goudot : «Oui, tu as même oublié de venir me dire que tu partais. Encore une fois je vous ai cherché, monsieur X... J'allais te balancer un message pour te le dire mais tu m'as devancé. Cécile Brochard vient de m'envoyer un sms : "Quand tu veux pour une soirée entre filles avec J. X"... Encore une chose à rajouter au planning. Bon, j'espère que cette conf' fut un peu moins
fastidieuse pour le public qu'elle ne le fut pour moi. Je ne suis vraiment pas fait pour ce genre d'exercices. On se voit bientôt donc. Enfin, je ne sais pas trop quand : je ne suis pas là ce week-end et j'attaque le Marathon des Mots dès lundi. Cela dit, ça ne prendra jamais qu'une semaine. On aura le temps de voir ça après. (…)». É. tape mon nom sur Google au son des chansons de Charlotte Marin. Il n'est pas du tout emballé par ce qu'il entend, j'explique pourquoi je trouve cette fille un poil camp. Je reste de longues minutes à baver devant un garçon sublime moulé dans un tee-shirt Adidas rouge, il enfourche sa grosse moto garée à l'ombre sur un trottoir de la place Lange dès que sa copine rapplique. À la Cinémathèque, je suis surpris d'être une nouvelle fois ému aux larmes devant "Elephant man" de David Lynch.



Photo: Régis Goudot

commentaires

11/06/07 - 20:51

quelle honte de cautionner cette machine à merde qu'est la nouvelle star !

12/06/07 - 01:07

Ah bon ? Vous préférez la version orginale de "Vanina", par Dave ?!?
Sinon, vous aimez la Provence, j'imagine...

12/06/07 - 04:04

je suis d'accord avec vous Michelle ! Comment des gens instruits et cultivés comme jjw peuvent s'abaisser à regarder cette merde...

12/06/07 - 20:01

J'aime la Provence oui et surtout ses coins sauvages... enfin je sais pas si ça intéresse quelqu'un ! lol. quant à Dave, à côté de ces pré-pubéres, c'est Mozart!

13/06/07 - 12:57

Ecouter chanter les deux meilleurs au moins une fois suffit à nuancer ces propos bien définitif ! Dire cela n'a rien d'original : Télérama, Libé, les Inrocks... sont tous d'accord pour leur trouver un talent fort prometteur.

13/06/07 - 13:30

Alors si télérama and co le disent, je m'incline... je me soumets... allez faisons un effort pour croire que des stars sont en train de naître et n'accusont pas ces journaux de dérives populistes !

13/06/07 - 14:50

de toute façon, je n'ai pas le choix car je n'arrive pas à capter TF1 et je ne vais tout de même pas regarder Arte tous les soirs (fabuleuse retransmission de la mise en scène de "La Cantarice..." par Lagarce puis excellente redif d'un "Tracks" spécial Lynch, hier soir) ou traîner toute la nuit dans les bas fonds de sex-clubs. J'ai bien le droit de regarder la télé parfois pour me reposer de tous ces soirs au théâtre et à la cinémathèque : il se trouve que mon cerveau est plus proche de celui de Jean-Pierre que de celui de Michel Foucault, c'est ainsi et je n'y peux rien.

21/06/07 - 19:26

des nouvelles de reynald rivart ? en tombant sur des photos je me disait que je le reverrai bien !!

23/06/07 - 21:22

je le reverrais bien aussi, mais aucune nouvelle pour le moment... (snif!)

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VU

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ENTENDU

"Minuit/Dix", Olivier Ducastel & Jacques Martineau. Par Laurent Goumarre, France Culture, 3 juin 2008. (50 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008