J'écoute : "Glamour à mort", Arielle Dombasle (Sony music, 2009)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Desperate Housewives"
Je lis : John Giorno, "Il faut brûler pour briller" (Al Dante, 2003)
Je cite : «Seule la douleur peut provoquer l'art. Si on est heureux, mieux vaut pique-niquer qu'aller au théâtre », Krzysztof Warlikowski , Télérama (01/07/09)
(mis à jour samedi 5 septembre 2009 à 00:44)

08/06/2007

08/06/07 - 00:45

Didier Carette et moi (7)

J.-P. m'écrit : «Charlotte Marin… Tu connais cette chanteuse ? Finalement, je pars pas à Lourdes, il fait trop mauvais ; avec ce temps il est difficile de faire la procession de 21 heures et le chemin de croix. Je préfère rester chez moi... ».
Bruno Ruiz lit le texte hommage à son père sur la scène du théâtre Sorano, cet "Altavoz, ou le Mémorial pour Antonio Ruiz Delgado" me plonge dans un profond ennui. J'attends la fin de cette pesante interprétation pour entendre "La Visite faite à maman", poème théâtral du même auteur lu par Didier Carette. Je l'observe entrer dans la lumière texte en main et lunettes sur le nez, il a rasé sa barbe. Il s'assied sur le bord de scène, je suis aussitôt embarqué par cette évocation de la mère vieillissante. Au bar du théâtre, K. me raconte qu'elle s'est endormie au TNT pendant "Le Commencement du bonheur". Je relate ma déprime à la sortie de ce spectacle de Jacques Nichet, d'après Giacomo Leopardi. Régis Goudot me dit sa fatigue et son désir de vacances, j'exprime ma lassitude au terme d'une saison théâtrale plutôt décevante. Didier Carette me salue, j'avoue ne l'avoir jamais vu sur scène jusqu'à ce soir. Il sollicite mon avis sur sa mise en scène du "Tramway nommé désir", je détaille confusément ma déception. Il défend le travail de Marie-Christine Colomb, je reconnais dans son discours les arguments avancés par les critiques élogieuses parues dans la presse. Il me suggère de revenir voir la pièce la saison prochaine, il m'annonce qu'il montera aussi Tchékhov. Je l'écoute exposer son souhait d'articuler désormais son travail autour du personnage. J'écris à André Le Hir : « Vraiment désolé de ne pas avoir eu le loisir de t'entendre, je sors du Sorano et je pars demain en villégiature... J'espère que tout s'est bien passé ce soir encore. À bientôt !». Il m'invite à l'apprécier dans "Premier amour", de Samuel Beckett, au théâtre de la Violette. Je ne sais même pas où est installé le dernier né des théâtres toulousains. J.-P. débarque en pleine nuit pour s'éclipser aussitôt, je tente en vain de le retenir dans sa quête de poppers avant la fermeture du sex-shop le plus proche.



Didier Carette

commentaires

11/06/07 - 13:36

"... une saison théâtrale plutôt décevante" je vous trouve bien dur dans vos propos... Si vous couchiez avec les comédiens, vous verriez les spectacles avec un autre oeuil...

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ENTENDU

"La Fabrique
de l'Histoire",
La révolution
des homosexuels
.
Documentaire avec
Anne Querrien,
François Paul-Boncour,
Stéphane Courtois,
Marie-Jo Bonnet
et Alain Giry.
France Culture,
mardi 2 février 2010.
(55 mn)

VU

"L.A. ZOMBIE",
de Bruce la Bruce,
avec Franços Sagat

LU

Demy en entier

DVD. Après moult péripéties, un coffret rassemblant l’intégralité de l’œuvre du réalisateur sort enfin

Par Gérard Lefort

Qu’on puisse enfin voir tous les films de Jacques Demy dont certains, fameux ou rares, étaient totalement invisibles pour des motifs complexes (lire page suivante), est la preuve que la fée des Lilas, marraine de tous les cinéphiles, a bien fait son boulot. Mais la sensation est surtout esthétique : tout Demy en DVD, c’est Demy dans la Pléiade. Ce qui permet d’expérimenter que Demy a bel et bien réalisé le programme qu’il se fixait en 1964 : «Mon idée est de faire 50 films qui seront tous liés les uns aux autres, dont les sens s’éclaireront mutuellement à travers des personnages communs.»
Demy n’a pas tourné 50 films, mais 14 (et 7 courts métrages) qui sont comme les 21 tomes d’une Comédie humaine. Autrement dit par lui : «Tout le monde a le droit de rêver et j’ai retrouvé tout le monde.» A la façon de Schnitzler filmé par Ophüls, au film des films, c’est la ronde des prénoms et des noms tous sexes emmêlés (Michel, Lola, Frankie, Geneviève, Roland, Edith, François…), tous princes et princesses transgenre au terminus des passions, heureuses ou maudites.
«Amour, je t’aime tant», refrain dans Peau d’âne, serait la ritournelle idéale pour tous les autres films, comme un vertige (de l’amour) nous faisant sauter d’un manège à l’autre, son manège à lui, qui nous fait tourner la tête. Et cela, quel que soit le résultat : sans faute pour la plupart des films, Demy-réussite ou échec presque complet dans certain cas (Parking !). Ce qui est d’autant plus véniel que l’inachèvement est un des motifs majeurs de l’œuvre. On se croise, on se prend, on se lâche, on se perd. Pas de quoi en faire un drame, plutôt un opéra populaire.
Quand, sur le tournage d’Une chambre en ville (1982), Demy confiait qu’il ne veut pas faire un film politique, il faut l’entendre. Car si Une chambre en ville est bien son film-manifeste le plus engagé, Demy y fait de la lutte des classes un pas de deux érotique et révolutionnaire unissant la fille d’aristo et le prolo dans une commune détestation du summum de l’ennui : la bourgeoisie. On a souvent dit son cinéma enchantant, enchanté. C’est bien trouvé : Demy est comme le petit garçon de l’Enfant et les Sortilèges de Ravel : grognon devant les devoirs, médusé quand son imagination, folle du logis, anime les objets, les animaux, les fleurs, fait parler les humains comme ils ne parlent jamais, en chansons, mais pas le dernier à sauter dans le sabbat et attiser la braise. On ne naît pas enfant, on le devient.

Intégrale Jacques Demy, 12 DVD (Arte Video/Ciné Tamaris) 99 €

Libération, vendredi 14 novembre 2008