J'écoute : "Séries Télé : l'Amérique en 24 épisodes", une histoire des séries télévisées américaines par Benoît Lagane et Eric Vérat, France Culture, du lundi au vendredi de 22h30 à 23h00
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Desperate Housewives"
Je lis : John Giorno, "Il faut brûler pour briller" (Al Dante, 2003)
Je cite : «Oh, je vole à droite et à gauche. Tant et si bien que ça devient original. L'allure de Wisteria Lane vient directement d'"Edward aux mains d'argent". "Sunset Boulevard" m'a donné l'idée du narrateur mort. En télé, je me suis inspiré de "Sex and the City" et "Six Feet Under" et de tout le travail de son créateur Alan Ball », Marc Cherry à propos de "Desperate Housewives", Libération (08/09/05)
(mis à jour dimanche 24 août 2008 à 09:57)

03/04/2007

03/04/07 - 13:42

Enrique Diaz et moi

Le public est réparti sur trois gradins installés dans la salle du théâtre Garonne, je remarque Pierre Rigal assis au premier rang de l'un d'eux. "Répétition.Hamlet" montre des comédiens aux prises avec les personnages de Shakespeare, je pense très vite au travail de Claude Bardouil autour d'"Électre" à la Cave Poésie. Enrique Diaz utilise les mêmes procédés que ce dernier pour perturber les codes du théâtre classique, je m'amuse à dresser des passerelles entre les deux spectacles. Pierre Rigal est pris à partie et forcé de lire quelques lignes de la pièce, j'observe un autre comédien assis pendant plusieurs minutes au cœur du public sans dire un mot. Deux super héros japonais font irruption, je les regarde se mettre à poil et agiter leur bite sans les mains comme dans "Et la tendresse ? Bordel !" mais sans trucage. Plusieurs scènes jouées en portugais m'obligent à lire les surtitres, je n'arrive pas à m'attarder sur le jeu des acteurs. Je suis envoûté par le chant inattendu d'une comédienne. La mise en abîme déballée là est un joyeux bordel truffé de second degré, cela me divertit allègrement. Les effets comiques se multiplient au risque de devenir mécaniques, je finis par trouver le temps un peu long. Le spectacle se termine au bout de deux heures, je m'installe au bar du théâtre. K. est terrifiée par l'énergie que je déploie au service d'un massacre verbal du dernier film de David Lynch.
J.-P. se plaint du trop de chauffage dans le bus qui nous transporte vers le lieu tenu secret de la représentation de "Du pain plein les poches" mis en scène par Jean-Pierre Beauredon, je ne quitte pas l'écran de télévision qui diffuse un teen-movie à l'humour un peu gras. Une hôtesse proclame des commentaires touristiques décalés autour de quelques monuments de la Ville rose, cela me rappelle un voyage organisé en autocar vers la gay-pride de Barcelone au cours duquel un des participants avait assuré un show irrésistible sur le même mode. Un type ronfle derrière moi pendant la représentation, le jeu de Philippe Bussière m'horripile tout autant que le texte de Mateï Visniec. La subtile interprétation de François Fehner ne suffit pas à me tirer de cette galère artistique, nous en sortons accablés et pressés de rentrer.



Photo: "Répétition.Hamlet"

commentaires

05/04/07 - 03:35

Philippe Bussière t'a horripilé ??? J'ai du mal imaginer comment c'est possible : c'est l'un des meilleurs acteurs de la région...
Je ne vois que deux solutions : où il était dans un mauvais soir, ou alors c'était toi... ;-)
Quant au texte de Visniec, je l'ai trouvé très Beckettien, et je l'ai plutôt apprécié. Comme quoi...

05/04/07 - 13:05

oh ! un hétéro est dans la place !!!
Pour ton premier commentaire ici, tu fais très fort, je trouve.
"c'est l'un des meilleurs acteurs de la région..." : je veux bien te faire confiance, tu as une connaissance du terrain que je n'ai pas, mais j'ai tout de même un peu de mal. En plus, tu m'as déjà fait le coup avec Sylvie Maury, alors je vais finir pas croire que les hétéros ont réellement des goûts de chiottes!?! (j'ai trop envie de polémiquer, là...) Il faudra par exemple qu'on m'explique pourquoi il hurlait comme s'il était sur la scène du TNT (plus grand plateau en France) alors qu'il était devant 30 personnes entassées au fond d'un couloir à 2 mètres de lui ?!? Alors ok pour dire qu'il est le meilleur mais peut-être dans les années 80, et comme on est en plein revival, c'est cool pour lui, non ?
Fehner était d'une incroyable justesse, du coup cela créait un décalage très agaçant pour moi.
Pour le texte, Beckett bien sûr mais : 1) je ne suis pas fan ; 2) quel intérêt de refaire ce qui a déjà été fait ? Cette histoire de chien au fond d'un puit, c'était une soirée effroyable, vraiment... Et il paraît qu'on va avoir droit à une trilogie. Ils ont de la chance à Cintegabelle, je trouve. (Putain, qu'est-ce que je suis drôle moi !).

05/04/07 - 13:28

Les hétéros auraient donc des goûts théâtraux particuliers ? :-)
C'est certain que je suis plus touché par la plastique de Sylvie Maury que par les épaules de Reynald, mais bon, je ne crois pas que ça ait un impact décisif sur mon appréciation globale d'un spectacle ;-)
Pour revenir sur le cas du pauvre Bussière, je l'ai vu dans moult spectacles ces dernières années. Outre le fait que je l'ai trouvé systématiquement bon, voire excellent, je peux t'affirmer qu'il ne braille pas quel que soit le rôle, loin s'en faut. Là il braille... parce que c'est un rôle de nerveux braillard. Dans la vraie vie, tout le monde n'a pas la capacité de s'exprimer avec douceur et componction, surtout chez les hétéros ;-) Bussière est un individu particulièrement doux, c'est dire à quel point c'était un rôle de composition pour lui !
Ceci étant, je conçois que le niveau de braillement ait pu avoir quelque chose de crispant dans un espace si confiné. Moi ça ne m'a pas vraiment gêné...
Quant au texte de Visniec, que dire ? Je l'ai entendu comme une belle parabole, et cette relation entre les deux personnages étaient à la fois intéressante et mystérieuse.
Plus j'y repense, plus je trouve que c'était une belle proposition théâtrale. On ne peut pas être d'accord sur tout, camarade jjw ;-)

05/04/07 - 16:26

Pardonnez moi de m'insérer au milieu de vos commentaires avisés... Je voulais simplement dire que j'ai trouvé ce spectacle à "chier"...
Les couvertures sales distribuées au public en guise de "paletot" faisaient elles aussi parti de la mise en scène ?

06/04/07 - 13:20

Patrick, c'est vrai que je ne garde pas un souvenir aussi désagréable de Bussière dans le Don Juan de Beauredon, par contre je m'y étais beaucoup emmerdé. Je crois que je vais donc tirer un trait pour l'instant sur Beauredon, du moins jusqu'au terme de sa trilogie...

gisèle, vous aviez la diarrhée ? Vous ne dîtes rien du voyage en bus...

07/04/07 - 17:03

Mais on se croirait sur le Masque et La Plume ! L'autre J. devrait en prendre des notes pour décoincer son emission. Puis-j'ajouter qu'il ne faut pas être si méchante avec les hétéros - ils ont surtout besoin d'encouragement et de compréhension.

17/04/07 - 11:21

- ça c'est vrai ça (des vedettes qui méritent notre confiance).

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ENTENDU

"Le Rendez-Vous" :
Christophe Honoré, Alex Beaupain et Gilles Taurand.
Par Laurent Goumarre,
France Culture, mercredi 17 septembre 2008.
(45 mn)

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008