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J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Le Coeur a ses raisons"
Je lis : Copi, "Une langouste pour deux" (Christian Bourgois, 1978/1999)
Je cite : «Je pense que Madonna est une grande imposture. C'est une fausse idole. Vous voyez l'épisode du Veau d'or, dans la Bible ? Et bien le Veau d'or, c'est Madonna.», Rufus Wainwright (Têtu, février 2007)
(mis à jour mardi 20 mai 2008 à 05:30)

29/10/2007

29/10/07 - 18:37

Jacques Nichet et moi (4)

Au cœur de la programmation du cycle "France, années 70" à la Cinémathèque, j'observe médusé un long travelling filmé en plan-séquence par Jean-Luc Godard dans un hypermarché. Cette dernière scène de "Tout va bien" se termine par une émeute sur fond de «C'est gratuit !» avec intervention des CRS entre deux caisses, le rapprochement avec "Faut pas payer!" me parait incroyable. Je note que Dario Fo a écrit cette pièce deux ans après la sortie du film. J'ai revu trois jours plus tôt la reprise de la mise en scène de ce texte par Jacques Nichet au TNT. Il a d'abord très vivement mis en garde les spectateurs contre l'envoi de sms pendant la représentation au prétexte que cette pratique est de plus en plus répandue, je suis resté médusé par l'habileté et la virulence de son intervention.
Je patiente devant les caisses automatiques du supermarché Casino au centre commercial Saint-Georges. Jacques Nichet déboule devant moi au détour d'un rayon, les bras chargés de yaourts. Je me demande s'il va partir sans payer, il se range dans la file d'attente plus loin derrière.



Photo: "Faut pas payer!"

29/10/07 - 00:33

Raimund Hoghe et moi

Les spectateurs prennent place dans une salle du théâtre Garonne, je regarde les comédiens du collectif les Possédés déjà sur la scène. Rodolphe Dana quitte le plateau et disparaît dans le public juste avant le début de la première de "Derniers remords avant l'oubli", je suis très vite happé par la représentation. Le texte de Jean-Luc Lagarce installe une tension permanente entre les personnages, je suis surpris par les ponctuations burlesques qui éclatent parfois. Je suis troublé par l'incroyable ressemblance de Nadir Legrand avec mon frère plus jeune. Je retrouve un peu de moi dans la misanthropie du personnage principal. La pièce me paraît plus âpre que "le Pays lointain" précédemment jouée au théâtre Garonne par la même compagnie. Je me réfugie avec M. sur la terrasse du bar du théâtre, Claude Bardouil fait une apparition au terme de la répétition de la chorégraphie de Raimund Hoghe à laquelle il vient d'assister. Le récit de son séjour au Japon me rappelle le film de Sofia Coppola, "Lost in translation".
Raimund Hoghe égrène les noms des douze jeunes danseurs de "Young people, old voices", je les observe prendre place l'un après l'autre au centre de la scène. J'écoute la voix de Jacques Brel chanter "Avec le temps", ils exécutent méticuleusement les mêmes gestes à tour de rôle. La silhouette fragile de Raimund Hoghe va et vient sur le plateau, le temps s'étire au rythme d'airs latinos et anglo-saxons dont la plupart me sont inconnus. Les tableaux en forme de ballet alternent avec des duos, je suis impressionné par l'intimité des confrontations entre le chorégraphe et son danseur. Le spectacle se termine sur la voix de Dalida interprétant "Avec le temps" trois heures après la version de Brel, je me dirige vers le bar du théâtre Garonne avec M..



22/10/2007

22/10/07 - 18:09

Paco de la Zaranda et moi

Les trois comédiens de "Los que ríen los últimos" trimbalent leur attirail d'un bout à l'autre de la scène du théâtre Sorano, je me réjouis à l'idée de retrouver la troupe de Paco de la Zaranda déjà appréciée dans la même salle lors d'une édition du festival ¡Mira!. Ils incarnent l'envers du décor d'un cirque de fortune, je me laisse émouvoir par ces clowns à la dérive. Il y a de la mélancolie dans la peinture de ces personnages vieillissants, je pense aux films de Federico Fellini. J.-L. affirme qu'il ne m'avait jamais entendu rire, il disparaît une fois traversé le Jardin des plantes. C. me traîne chez elle, je la regarde ingurgiter un bol de pâtes chinoises.
Quelques jours après le concert de l'Orchestre de chambre de Toulouse sous l'orgue de la basilique Saint-Sernin, j'assiste à la clôture du festival Toulouse Les Orgues. Gilles Cantagrel arbore la Légion d'honneur et présente longuement les œuvres interprétées par le Parlement de Musique, je trouve son discours passionnant mais un peu long. C. s'éclipse à la fin de la première partie, je suis ébloui en fin de programme par les œuvres de Dietrich Buxtehude. L'interprétation du "Magnificat" qui lui est attribué termine le concert, je quitte l'église du musée des Augustins apaisé par la grâce.



Photo: "Los que ríen los últimos"

17/10/2007

17/10/07 - 17:36

Denis d'Arcangelo et moi

Je ne vois pour spectateurs autour de moi qu'un couple hétérosexuel noyé dans les fauteuils vides de la grande salle de l'ABC. Les premières scènes de "Alexandra" sont quasiment muettes, je me demande où le film d'Alexandre Sokourov va me porter. Je peine à me concentrer sur une histoire dont je ne devine rien, je finis par comprendre que la vieille dame russe vient visiter son petit-fils capitaine de l'armée à Grozny. La beauté slave des miliaires me rappelle celle des marins d'un grand voilier russe visité sur un port bordelais, l'été de mes 18 ans. Je me souviens que cette révélation agita ma libido de longs mois durant. La vieille dame erre dans le camp militaire et jusqu'à la ville tchétchène la plus proche, je sors du cinéma bouleversé par cette évocation d'une Russie en miettes.
Le "Cabaret des hommes perdus" narre les aventures d'une star du porno gay, je m'interroge sur d'éventuelles réactions de la foule des spectateurs hétérosexuels d'Odyssud face à ce spectacle musical mis en scène de Jean-Luc Revol. Denis d'Arcangelo attire dès le départ mon attention, une femme s'amuse beaucoup derrière moi. Un comédien se retrouve vite en jock-strap sur scène, j'écoute le pianiste lire la définition du terme «fluffer» en aparté. Je suis mort de rire à l'arrivée du personnage de coach vocal inspiré selon moi de l'ancien chorégraphe de "Pop star", Bruno Vandeli. Les musiques de Patrick Laviosa sonnent parfois à mes oreilles comme des variations sur des airs connus. Le public pas vraiment jeune fait un triomphe à la troupe, je suis convaincu que les deux Molière décernés à ce spectacle sont mérités. Je signale à B. que cette pièce de Christian Siméon s'inspire de la biographie de Joey Stefano, je me souviens l'avoir lue dès sa publication dans la collection du "Rayon gay" dirigée par Guillaume Dustan.



Photo: "Le Cabaret des hommes perdus"

15/10/2007

15/10/07 - 00:48

Ricardo Bartis et moi

Je parcours le petit musée dédié à la vie de Mary Helen Hutton installé sur la scène du théâtre Garonne. Je m'arrête devant le crâne momifié d'un indigène, le garçon grimé en indien exposé près de là me parait fort sexy dans sa tenue légère. Les dialogues fusent et les surtitres défilent sans répit, j'ai parfois du mal à décrypter les liens qui unissent les personnages de "De mal en peor". Le spectacle de Ricardo Bartis me divertit paisiblement, je ricane parfois devant cette mascarade familiale sur fond de révolution argentine. Sur la terrasse du bar du théâtre, P. me conseille d'aller voir "Plan B" au TNT. M. n'en revient pas de serrer la main de Guillaume Delaveau qui boit un verre là, il a adoré ses dernières mises en scène. Il me raconte son coup de foudre sans suite dans un rayon d'alimentation des Nouvelles Galeries, je suis abasourdi par cette histoire rocambolesque.
Je n'en reviens pas d'être captivé de la sorte par "Plan B" alors que "Plus ou moins l'infini" m'avait ennuyé deux ans plus tôt dans la même salle du TNT. Je ne cesse de croiser les deux spectacles d'Aurélien Bory, mis en scène par Phil Soltanoff. Je trouve dans "Plan B" toute l'humanité dont "Plus ou moins l'infini" est dépourvu. Ma place dans le public me permet d'apprécier à satiété la performance des interprètes, j'entends raisonner parfois le rire d'un enfant. Je m'amuse des références au cinéma de genre. J.-P. me traîne après le spectacle au cœur de la fête foraine du quartier Saint-Michel, je refuse de monter dans le train fantôme.



Photo: "De mal en peor"

11/10/2007

11/10/07 - 18:08

Philippe Bradshaw et moi

C. me raconte entre deux bouchées de pizza son émoi à la piscine de Pamiers devant un sublime militaire de retour d'Afghanistan, je le mets en garde face au risque de se retrouver veuf et «desperate housewife». Un feu d'artifice éclate quand nous prenons la direction du centre-ville, il se tait au moment de notre extraction du métro vers le parcours nocturne du Printemps de septembre. Je suis à la fois saisi et surpris par la forte odeur chevaline flottant dans la salle du Musée des Abattoirs dédiée aux installations de Sophie Dubosc. Je suis conquis par l'humide "Refuge" de Stéphane Thidet, j'en observe l'intérieur pluvieux avec attention. Je suis très impressionné par les hippopotames grandeur nature de Daniel Dewar et Gregory Gicquel, je les contourne à plusieurs reprises. Je n'arrive pas à percer le merveilleux mystère du "Mont des désirs", lustre échoué à terre, de Myriam Méchita. J'entre dans la "Grotte" de Valère Costes au Bazacle, je sursaute le nez collé à cette installation orageuse. Je suis intrigué par les peintures animalières de Katharina Ziemke à la Maison éclusière, les vidéos lactée et sablière du rez-de-chaussée me divertissent. Je suis bienheureux de découvrir le plafond voûté, habituellement caché, du réfectoire du couvent des Jacobins. L'installation en bois monumentale de Gelitin attire tous mes regards, B. peste contre le mauvais goût du "Galaad" en porcelaine d'Olivier Garbay. Je n'ose pas m'approcher davantage de l'épais livre de photographies de crottes d'origine humaine que feuillettent quelques adolescents ricanants. "Mr Tooth the boss chasing rainway and christal tips in the backyard (skull after Warhol)" de Philippe Bradshaw me laisse bouche bée, je n'en reviens pas de tant d'audace.
Je surfe sur le site internet du Printemps de septembre. J'y découvre médusé la signification du "Contrato" de David Bestué Guarch et Marc Vives Muñoz, ils proposent de pratiquer une fellation à l'acheteur de cette œuvre.



Photo: "Mr Tooth the boss chasing rainway and christal tips in the backyard (skull after Warhol)"

 

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

ENTENDU

"Minuit/Dix", Olivier Ducastel & Jacques Martineau. Par Laurent Goumarre, France Culture, 3 juin 2008. (50 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008