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J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Le Coeur a ses raisons"
Je lis : Copi, "Une langouste pour deux" (Christian Bourgois, 1978/1999)
Je cite : «Je pense que Madonna est une grande imposture. C'est une fausse idole. Vous voyez l'épisode du Veau d'or, dans la Bible ? Et bien le Veau d'or, c'est Madonna.», Rufus Wainwright (Têtu, février 2007)
(mis à jour mardi 20 mai 2008 à 05:30)

28/07/2007

28/07/07 - 23:41

Danielle Catala et moi (2)

Je découvre ce mail de J. : «A. est fatigué de ne pas savoir ce qu'il veut, et moi aussi ; j'ai mis un holà, il s'y attendait, je ne sais pas comment ça va évoluer, c'est pas l'idéal que j'espérais mais nous restons bons amis, et la vie continue. (…) Je rentre de la plage, j'ai rougi ; un drôle de temps venté et mi couvert, poisson grillé, baignade dans les vagues, la vie est belle et le dimanche après-midi s'étire. Je me suis décapé et je reprends le courrier en instance, avec toi. (…)»
Danielle Catala descend les escaliers jusqu'à la scène de la Cave Poésie sur fond de musique rap, je suis surpris par cette entrée en matière qui tranche avec la mise en scène initiale de "La Fiancée du pirate". Je note que les étagères et la table de cuisine ont disparu du décor, elle s'assied et épluche les légumes sur un dispositif de caisses en bois. Les textes et les chansons de Bertolt Brecht se succèdent avec bonheur, je ne retrouve pas le plaisir éprouvé la première fois. Elle ne se livre plus vraiment quand vient l'heure d'abandonner Brecht pour raconter ses propres aventures, je regrette de la voir jouer toujours un personnage pendant l'évocation de ses péripéties. Elle sert de la soupe à J.-P. qui l'ingurgite aussitôt, il m'avoue que les légumes ne sont pas assez cuits. Le spectacle prend fin quand elle quitte brusquement la salle pour laisser les spectateurs manger leur soupe. La mise en scène du spectacle revue par Didier Carette m'a déçu, J.-P. me traîne au Grand Cirque après avoir dégusté de la ratatouille.



19/07/2007

19/07/07 - 15:54

Eytan Fox et moi (2)

K. m'écrit son enthousiasme pour "Bleue. Saignante. A point. Carbonisée." : «(…) Je rentre tout juste d'Avignon où j'ai vu l'excellent spectacle de Rodrigo Garcia, décidemment ce mec là a tout compris au théâtre (…). J'en ai encore la chair de poule... ». Je l'écoute évoquer la distribution de boules quies avant la représentation de "Nord", de Frank Castorf d'après Louis-Ferdinand Céline.
Au bal des pompiers, je parle avec B. et son dernier boyfriend de "The Bubble" vu à l'ABC. Je tente de résumer les sentiments contrastés éprouvés devant ce film d'Eytan Fox : la chronique sociale de la vie à Tel-Haviv m'a fortement intéressé, le scénario truffé de maladresses et de ficelles éprouvées a finit par m'agacer, je suis resté très attaché aux personnages tout au long du récit. Je fais une fixation sur un pompier aux avant-bras tatoués et au fessier généreux, P. est à deux doigts de se signer au moment où le groupe en scène interprète "Highway to hell". M. se lâche sur "Butterfly", je vois des transsexuels partout.



15/07/2007

15/07/07 - 14:38

Quentin Tarantino et moi

La signature musicale du "Boulevard de la mort" me séduit dès le début, cela ne me surprend guère de la part de Quentin Tarantino dont les choix de chansons me rendent toujours euphoriques. Les histoires de filles qu'il filme ici peinent à me passionner. La misogynie apparente qui se dégage du scénario me révulse peu à peu, je me creuse la tête pour tenter de comprendre quelle est la raison d'être de ce dernier opus. Le sang gicle et les morceaux de chair volent dans chaque coin de l'image, je suis dubitatif devant cette machine à broyer de la meuf sur pellicule. Je peste contre le machisme nauséabond qui s'en dégage. Un nouveau casting féminin apparaît dans la seconde partie, je ne m'intéresse toujours pas à ces papotages entre filles au volant. Elles citent des films de voitures qui roulent vite dont "Point limite zéro", je me souvient l'avoir vu et détesté lors de sa ressortie deux ans plus tôt. Je me demande si Tarantino va pondre un film aussi hétérosexuel, primaire et dénué d'humour que celui de Richard Sarafian. Deux des filles s'avèrent être cascadeuses et lesbiennes, je crains le pire. L'humour fait irruption, j'en suis rassuré. La poursuite en voiture me ravit jusqu'à l'exaltation, la fin spectaculaire me comble tout autant. Je relis la première partie du film à lumière de la seconde, je quitte la salle toulousaine du cinéma Utopia dans un état avancé d'excitation intellectuelle. À la Maison où la plupart des clients m'insupporte ce soir, M. s'étonne de m'entendre revendiquer que c'est mon film préféré de Tarantino, avec "Jackie Brown".



12/07/2007

12/07/07 - 02:52

Steven Parrino et moi

Je revois le film de Kenneth Anger, "Invocation of My Demon Brother", en fin de parcours de la rétrospective Steven Parrino, "La Marque noire". Je découvre médusé l'installation d’Andy Warhol, "Electric Chair", déclinée à la manière des portraits de Marilyn Monroe par le même artiste. Je retrouve C. dans le hall du Palais de Tokyo, nous longeons la Seine à pied jusqu'au pont Alexandre III. Je lui raconte mon séjour bruxellois, nous rejoignons en bus le Marais. Chez Tsou, il me dit avoir été très déçu par "le Misanthrope" mis en scène par Lukas Hemleb à la Comédie française, nous nous découvrons un commun et fort intérêt pour cette pièce de Molière.
La bruyante installation sonore de Mladen Materic nous chasse de la terrasse du théâtre Garonne où la nouvelle députée du quartier fait une apparition, je constate que le buffet disposé autour du bar est déjà laminé. Je me balade avec M. dans les loges où sont diffusées des vidéos d'artistes annoncés la saison prochaine. Je m'arrête devant le film de Laurent Goumarre consacré à Raymund Hoghe, puis devant "Catwoman" des Superamas. Deux comédiens de la compagnie des Possédés lisent des extraits d'une pièce de Jean-Luc Lagarce avec la participation de quelques spectateurs, je m'y attarde avec Régis Goudot qui exprime son enthousiasme. Nous rejoignons le karaoké chorégraphique de Marco Berrettini, je reste assis contre un mur avec les garçons. Le karaoké séduit beaucoup de danseurs, je reconnais notamment un extrait de "The Party" dont je raffole. Je suis à deux doigts de me lever quand la foule reprend la chorégraphie du tube de Barry White, "You're the first, the last, my everything", tirée de la série "Ally McBeal".
Je lis dans Libération le récit de la visite de Gérard Lefort à l'exposition "La Marque noire", au Palais de Tokyo : «(…) Discours de sa méthode par Parrino lui-même : «Ce que je fais, c’est d’amener le chaos total là où il y avait un contrôle parfait. Je peignais une peinture la plus pure possible, et puis je détruisais.» Mais la comparaison de «surface» s’arrête là. Fabrice Stroun, commissaire de l’exposition et conservateur au Mamco de Genève, le rappelle en citant Parrino : «La radicalité vient du contexte, et pas nécessairement de la forme.» Pour comprendre, il suffit de s’approcher de "Existantial Trap for Speed Freaks". Un panneau noir percé de cinq trous circulaires de diamètres inégaux. A quoi pense-t-on ? Certes au travail. On croit percevoir le bruit de la scie circulaire. Mais on dirait aussi des glory holes, ces trous de baisodrome où les hommes glissent leur bite anonyme pour se faire sucer. Ce qui, au passage, dit beaucoup du machisme en transe de Parrino, motard ardent et vaguement sataniste (il prétendait, chevauchant son cheval de feu, «être assis sur du chaos pur»). Même effet pour un cabanon cubique, transfuge de l’art minimal, qu’il perça de trous évoquant cette fois plutôt des impacts de balles de très gros calibre. Trou noir cependant dans les deux cas. Comme une violence tapie qui ne demande qu’à bondir. Et, de fait, on craint presque de jeter un œil dans ces béances. (…)»



Photo: "Blob (Fuckedhead Bubblegum)", de Steven Parrino

04/07/2007

04/07/07 - 14:00

Annette Messager et moi

Le bestiaire en peluche de "la Ballade des pendus" danse au dessus de l'entrée de l'exposition "Les Messagers" au Centre Pompidou, je suis impressionné par "la Chambre de la collectionneuse" dont la perception derrière les cloisons reste parcellaire à travers quelques meurtrières horizontales. "Les Tâches noires" velues suspendues dans les airs m'évoquent des araignées, je pense à "l'Origine du monde" de Courbet quand je me retrouve devant l'installation "Casino". Je croise Annette Messager en longeant son "Histoire des robes", je m'attarde devant l'imposante "Ballade de Pinocchio à Beaubourg". Je fuis la fête de la musique qui envahit les rues de Paris.
Le lendemain à Bruxelles, je tombe amoureux du serveur du Baroque. Il me rappelle Jeremy Penn, une de mes stars favorites du porno gay des années 90. V. nous entraîne vers la soirée "Dansez-vous français?", je regarde inquiet un garçon en slip bleu au milieu de la piste du Metro Valdi à moitié vide. Je finis par me mettre à bouger à force d'entendre des vieux tubes des eighties, je m'amuse des boules quies qui sortent des oreilles d'un type mutique assis en haut de l'escalier qui surplombe le dance-floor. Deux ventilateurs collés au plafond brassent l'air de la salle bondée, je snobe un garçon brun trop joufflu qui me fixe en dansant sur Jil Caplan. Lola flirte avec un petit rouquin qui s'est jeté sur lui comme la limace sur la laitue, je reconnais la "Chanson d'amour" de Catherine Ferroyer-Blanchard. Lola et V. se collent sur "Emmène-moi danser" de Michèle Torr, je suis hystérique à l'écoute de "Mourir sur scène" de Dalida. Je finis par m'écrouler d'épuisement sur la banquette au bout de plusieurs heures, le jour se lève quand nous rentrons à Saint-Gilles.



01/07/2007

01/07/07 - 13:40

Tim Kirkman et moi

J'étouffe dans la salle non climatisée du premier étage de l'ABC, je me demande quand débuteront les travaux de réfection de ce cinéma en phase terminale. J'ai un doute sur l'intérêt que je pourrais porter à "Loggerheads". Je me surprends vite à plonger dans les trois instants de vies narrés dans le film de Tim Kirkman. Je trouve les acteurs très beaux, je suis déçu par la chasteté de leurs scènes d'amour. Je quitte la salle ému et apaisé.
"The adventures of Iron pussy" de Apichatpong Weerasethakul me laisse froid, j'ai envie de gueuler sur le type qui ne cesse de glousser à côté de moi depuis la première seconde du générique. Je suis très contrarié de me retrouver devant une copie pourrie dont l'image est floue. Je suis persuadé que le film est projeté en dvd et qu'il a été téléchargé sur internet pour les besoins de cette projection unique à l'occasion du festival des Fiertés LGBT. Je n'arrive pas à rire devant cette histoire de travelo dont le kitsch assumé ne suffit pas à en faire un objet séduisant. Je ne cesse de penser à des films réellement déjantés, tels ceux de la série des "Austin Powers" ou "l'Attaque de la Moussaka géante". Je quitte le cinéma Utopia furieux. J'explique à J.-P. que la journée a de toute manière fort mal débutée avec l'annonce de la fermeture de la Cinémathèque durant six semaines cet été.



Photo : "Loggerheads"

 

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

ENTENDU

"Minuit/Dix", Olivier Ducastel & Jacques Martineau. Par Laurent Goumarre, France Culture, 3 juin 2008. (50 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008