J'écoute : "Glamour à mort", Arielle Dombasle (Sony music, 2009)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Desperate Housewives"
Je lis : John Giorno, "Il faut brûler pour briller" (Al Dante, 2003)
Je cite : «Seule la douleur peut provoquer l'art. Si on est heureux, mieux vaut pique-niquer qu'aller au théâtre », Krzysztof Warlikowski , Télérama (01/07/09)
(mis à jour samedi 5 septembre 2009 à 00:44)

28/06/2007

28/06/07 - 02:04

Jean-Luc Moudenc et moi

À l'ABC, "Une vieille maîtresse" me lasse moins que les précédents films de Catherine Breillat. Le classicisme de l'œuvre m'évoque les derniers films d'époque de Jacques Rivette et d'Éric Rohmer. Mon regard ne peut décoller des lèvres de Fu'ad Aït Aattou, Asia Argento m’impressionne en furie prisonnière de sa passion amoureuse, les maladresses de Claude Sarraute m’attendrissent.
Je rejoins la Marche homosexuelle dans la rue de la Pomme trop étroite pour accueillir à la fois les chars imposants, la foule des passants sur les trottoirs, et les manifestants qui n’ont peut-être jamais été aussi nombreux dans les rues de Toulouse un jour comme celui-ci. Je tombe très vite, comme de coutume, sur A. et R.. Ce dernier me fait remarquer que nous ne nous étions pas croisé depuis la précédente gay pride. Il passe en revue des spectacles vus cette saison au TNT et au théâtre Sorano, je m’étonne qu’il s’enflamme pour "Le Roi Lear" de Michel Mathieu. Il me parle de sa passion pour l’opéra, je l’interroge sur le travail de mise en scène de Laurent Pelly bientôt directeur du TNT. Régis Goudot me tombe littéralement dessus en fin de parcours au cœur de la place de la Daurade, il disparaît aussitôt avec K. en direction du Sorano. Je n’en reviens pas de voir le maire, Jean-Luc Moudenc, débarquer avec ses béquilles, à la veille du deuxième tour des élections législatives. Je raconte que son score au premier tour est inférieur à celui réalisé par Philippe Douste-Blazy, élu de justesse contre le candidat des Verts cinq ans auparavant. Je lui serre la main au stand de l’association des «Oublié(e)s de la Mémoire» après avoir signé la pétition demandant sa dérogation pour l’attribution, par la commission compétente, du nom de Pierre Seel à une rue de la ville, avant le délai légal consécutif au décès. Je salue Angelo qui escorte le maire, je me dis que cette journée réserve bien des surprises. Pendant le show des Sœurs de la Perpétuelle indulgence, je discute avec Stéphane Corbin, président de la Coordination interpride France. Je regrette d’avoir raté Marcial di Fonzo Bo dans le cadre du Marathon des mots au théâtre Sorano. Au prétexte qu’il organise ce genre de lectures depuis douze ans, Didier Carette s’emporte gentiment lorsque je lui annonce que c’est ma première visite à l’un de ses "Banquets". Je m’étonne de la belle prestation de Marie-Christine Colomb sur un texte de Luis Sepúlveda, Georges Gaillard clôt avec délicatesse les lectures d'œuvres du même auteur. Après avoir dégusté avec M. le chorizo cuit , j’écoute Didier Carette lire un extrait de "Don Quichotte" dans une traduction savoureuse et un poil grivoise. Régis Goudot ouvre la partie cabaret avec sa douce version de la chanson du docteur Merlin déjà entendue ici quelques jours plus tôt, j’aime aussi quand Didier Carette se met à chanter. Des brèves de comptoir peu correctes ponctuent la soirée, certaines me font beaucoup rire. Je suis ravi quand cet interminable "Banquet" s’achève enfin. Je fais remarquer à K. que les garçons qui traînent autour d'elle au bar du théâtre sont particulièrement sexy. Elle m'avoue sa joie d'avoir écouté Edouard Baer quelques heures plus tôt dans le cloître des Jacobins. Je traîne M. au Grand Cirque vers trois heures du matin, le bar et le patio sont encore bondés. Je constate que tout le monde est plus ou moins ivre.



Photo : Jean-Luc Moudenc (portrait officiel)

15/06/2007

15/06/07 - 15:49

Tsai Ming-liang et moi (2)

Je reçois en chemise et paréo tahitiens, M. narre ses vacances au Pays de Galles. J.-P. m'emprunte un paréo au prétexte que le pantalon qu'il porte lui tient trop chaud. B. introduit son nouveau boy-friend, je donne rendez-vous à C. au Grand Cirque. Ce dernier me présente à ses amis comme «la méchante» de la bande, l'un d'eux est persuadé de m'avoir déjà croisé à Paris. Je suis déçu de ne pas entendre la musique 90's de Crespy Crest, P. m'avise que la house d'Initial DJ s'est imposée au pied levé. Je n'aperçois personne avec qui j'ai déjà flirté auparavant, à l'inverse de ma dernière visite ici. J'en suis rassuré. Tout le monde s'éclipse peu à peu, je refuse de suivre C. et ses amis trop souriants au Kléo.
Je retrouve à l'ABC l'univers mutique, humide et apocalyptique de Tsai Ming-liang. Je suis bouleversé devant la splendeur de certains plans de "I don't want to sleep alone". Je me casse la tête pour tenter de suivre l'histoire, je me perds à la poursuite des héros. Je découvre dans le générique de fin que Lee Kang-sheng interprète deux rôles différents, je pensais qu'il s'agissait d'un seul et même personnage au fil de flash-back successifs. Je quitte la salle persuadé d'avoir vu le meilleur film du cinéaste depuis "The Hole". O. m'écrit : «J'avais adoré "The Hole", de Tsai Ming-Liang, un peu moins la suite. Mais celui-ci m'intéresse assez. J'ai plein de films à voir en ce moment, mais j'ai pas le temps ! Et à côté de ça je suis obligé de me taper des "la Colline a des yeux 2", sympathique mais vraiment pas prioritaire».



11/06/2007

11/06/07 - 15:03

Régis Goudot et moi (2)

Didier Carette invite quelques comédiens à le rejoindre sur la scène du théâtre Sorano pour détailler le programme de la saison prochaine devant un parterre comble, je l'entends qualifier Régis Goudot de «perle du Caucase». Ce dernier interprète une chanson d'un certain Docteur Merlin sur l'air de l'hymne de la Patagonie, me voilà saisi par cette complainte si envoûtante. Je m'endors un peu. Didier Carette indique qu'il mettra en scène "La Cerisaie" de Tchékhov plusieurs années après avoir joué la pièce avec Marie-Christine Barrault sous la direction de Jacques Rosner sur cette même scène, je suis impatient que cesse le déroulé ponctué de lectures interminables d'articles de presse. Le public se rue vers les victuailles à la fin de la présentation, j'écoute Didier Carette raconter dans le hall que la «perle du Caucase» est une formule empruntée aux Nuls à l'époque de la première saison de "Nulle part ailleurs". Je m'étonne auprès de Cécile Brochard de ne pas l'avoir croisée une seule fois au cours de cette saison, Patrick Moll me présente sa compagne avant de disparaître. J'allume ma télé sur M6, j'adore la version de "Vanina" par Julien qui clôt la demi-finale de "la Nouvelle Star".
Je lis ces mots dans un mail de Régis Goudot : «Oui, tu as même oublié de venir me dire que tu partais. Encore une fois je vous ai cherché, monsieur X... J'allais te balancer un message pour te le dire mais tu m'as devancé. Cécile Brochard vient de m'envoyer un sms : "Quand tu veux pour une soirée entre filles avec J. X"... Encore une chose à rajouter au planning. Bon, j'espère que cette conf' fut un peu moins
fastidieuse pour le public qu'elle ne le fut pour moi. Je ne suis vraiment pas fait pour ce genre d'exercices. On se voit bientôt donc. Enfin, je ne sais pas trop quand : je ne suis pas là ce week-end et j'attaque le Marathon des Mots dès lundi. Cela dit, ça ne prendra jamais qu'une semaine. On aura le temps de voir ça après. (…)». É. tape mon nom sur Google au son des chansons de Charlotte Marin. Il n'est pas du tout emballé par ce qu'il entend, j'explique pourquoi je trouve cette fille un poil camp. Je reste de longues minutes à baver devant un garçon sublime moulé dans un tee-shirt Adidas rouge, il enfourche sa grosse moto garée à l'ombre sur un trottoir de la place Lange dès que sa copine rapplique. À la Cinémathèque, je suis surpris d'être une nouvelle fois ému aux larmes devant "Elephant man" de David Lynch.



Régis Goudot

08/06/2007

08/06/07 - 00:45

Didier Carette et moi (7)

J.-P. m'écrit : «Charlotte Marin… Tu connais cette chanteuse ? Finalement, je pars pas à Lourdes, il fait trop mauvais ; avec ce temps il est difficile de faire la procession de 21 heures et le chemin de croix. Je préfère rester chez moi... ».
Bruno Ruiz lit le texte hommage à son père sur la scène du théâtre Sorano, cet "Altavoz, ou le Mémorial pour Antonio Ruiz Delgado" me plonge dans un profond ennui. J'attends la fin de cette pesante interprétation pour entendre "La Visite faite à maman", poème théâtral du même auteur lu par Didier Carette. Je l'observe entrer dans la lumière texte en main et lunettes sur le nez, il a rasé sa barbe. Il s'assied sur le bord de scène, je suis aussitôt embarqué par cette évocation de la mère vieillissante. Au bar du théâtre, K. me raconte qu'elle s'est endormie au TNT pendant "Le Commencement du bonheur". Je relate ma déprime à la sortie de ce spectacle de Jacques Nichet, d'après Giacomo Leopardi. Régis Goudot me dit sa fatigue et son désir de vacances, j'exprime ma lassitude au terme d'une saison théâtrale plutôt décevante. Didier Carette me salue, j'avoue ne l'avoir jamais vu sur scène jusqu'à ce soir. Il sollicite mon avis sur sa mise en scène du "Tramway nommé désir", je détaille confusément ma déception. Il défend le travail de Marie-Christine Colomb, je reconnais dans son discours les arguments avancés par les critiques élogieuses parues dans la presse. Il me suggère de revenir voir la pièce la saison prochaine, il m'annonce qu'il montera aussi Tchékhov. Je l'écoute exposer son souhait d'articuler désormais son travail autour du personnage. J'écris à André Le Hir : « Vraiment désolé de ne pas avoir eu le loisir de t'entendre, je sors du Sorano et je pars demain en villégiature... J'espère que tout s'est bien passé ce soir encore. À bientôt !». Il m'invite à l'apprécier dans "Premier amour", de Samuel Beckett, au théâtre de la Violette. Je ne sais même pas où est installé le dernier né des théâtres toulousains. J.-P. débarque en pleine nuit pour s'éclipser aussitôt, je tente en vain de le retenir dans sa quête de poppers avant la fermeture du sex-shop le plus proche.



Didier Carette

02/06/2007

02/06/07 - 16:36

Christophe Honoré et moi (2)

J. m'écrit : «Jérôme, comment vas tu ? J'étais en France 8 jours pour voir le petit de ma soeur, 4 mois le 8 juin prochain. Superbe, ma soeur aussi, tout va bien. J'ai passé trois jours à Toulouse sans même venir te voir, quelle honte. J'étais chez V. tout le temps et il m'a bien soutenu pour tous les achats en ville et dans les centres commerciaux car je tolère de moins en moins ce genre de choses. Ordi et chaîne plus plein de fringues, me voilà paré pour quelques temps. Le soir de mon départ, V. et moi sommes allés prendre un verre en ville et avons terminé au Cirque où j'ai parlé avec R., incapable de me donner de tes nouvelles mais il m'a fait penser à interpeller B. qui partait. J'espère que tu vas bien, je te donne mon msn, si tu l'utilises ça sera cool. J'ai rebranché le téléphone, je vais essayer de t'appeler depuis Dakar. Bisous».
Louis Garrel arpente les rues de Paris comme comme le fait Jean-Pierre Léaud dans les films de François Truffaut, je me laisse bercer par "Les Chansons d'amour" fredonnées par les héros du film de Christophe Honoré. Les clins d'œil aux cinéastes de la nouvelle vague pullulent, je suis davantage soucieux de les déceler que de suivre le labyrinthe sentimental du trio amoureux. Louis Garrel se recueille au cimetière Montparnasse, je me remémore Béatrice Dalle arpentant le si familier cimetière toulousain de Terre-Cabade dans "17 fois Cécile Cassard". Son personnage entame une relation avec un garçon, l'histoire me passionne enfin. Je suis ému par la douceur émanant de ce récit de deuil, je pense parfois aux "Témoins" d'André Téchiné. J'espère apercevoir les fesses de Louis Garrel à l'écran, je me contente des rondeurs velues de Grégoire Leprince-Ringuet. Je n'avais jamais vu jusque là un film avec Louis Garrel dans lequel il n'exhibe pas son anatomie dans les moindres détails. Je quitte l'ABC avec J.-P.. Je suis heureux d'avoir de nouveau éprouvé un immense plaisir devant un film de Christophe Honoré, si longtemps après "17 fois Cécile Cassard".
Je lis ces mots dans un mail : «(…) Je suis à Nîmes, demain à Paris, jeudi à Zurich, dimanche à Paris et lundi à Bruxelles. Quelle vie. Love, c'est trop cool que tu viennes. Lola».



 

ENTENDU

"La Fabrique
de l'Histoire",
La révolution
des homosexuels
.
Documentaire avec
Anne Querrien,
François Paul-Boncour,
Stéphane Courtois,
Marie-Jo Bonnet
et Alain Giry.
France Culture,
mardi 2 février 2010.
(55 mn)

VU

"L.A. ZOMBIE",
de Bruce la Bruce,
avec Franços Sagat

LU

Demy en entier

DVD. Après moult péripéties, un coffret rassemblant l’intégralité de l’œuvre du réalisateur sort enfin

Par Gérard Lefort

Qu’on puisse enfin voir tous les films de Jacques Demy dont certains, fameux ou rares, étaient totalement invisibles pour des motifs complexes (lire page suivante), est la preuve que la fée des Lilas, marraine de tous les cinéphiles, a bien fait son boulot. Mais la sensation est surtout esthétique : tout Demy en DVD, c’est Demy dans la Pléiade. Ce qui permet d’expérimenter que Demy a bel et bien réalisé le programme qu’il se fixait en 1964 : «Mon idée est de faire 50 films qui seront tous liés les uns aux autres, dont les sens s’éclaireront mutuellement à travers des personnages communs.»
Demy n’a pas tourné 50 films, mais 14 (et 7 courts métrages) qui sont comme les 21 tomes d’une Comédie humaine. Autrement dit par lui : «Tout le monde a le droit de rêver et j’ai retrouvé tout le monde.» A la façon de Schnitzler filmé par Ophüls, au film des films, c’est la ronde des prénoms et des noms tous sexes emmêlés (Michel, Lola, Frankie, Geneviève, Roland, Edith, François…), tous princes et princesses transgenre au terminus des passions, heureuses ou maudites.
«Amour, je t’aime tant», refrain dans Peau d’âne, serait la ritournelle idéale pour tous les autres films, comme un vertige (de l’amour) nous faisant sauter d’un manège à l’autre, son manège à lui, qui nous fait tourner la tête. Et cela, quel que soit le résultat : sans faute pour la plupart des films, Demy-réussite ou échec presque complet dans certain cas (Parking !). Ce qui est d’autant plus véniel que l’inachèvement est un des motifs majeurs de l’œuvre. On se croise, on se prend, on se lâche, on se perd. Pas de quoi en faire un drame, plutôt un opéra populaire.
Quand, sur le tournage d’Une chambre en ville (1982), Demy confiait qu’il ne veut pas faire un film politique, il faut l’entendre. Car si Une chambre en ville est bien son film-manifeste le plus engagé, Demy y fait de la lutte des classes un pas de deux érotique et révolutionnaire unissant la fille d’aristo et le prolo dans une commune détestation du summum de l’ennui : la bourgeoisie. On a souvent dit son cinéma enchantant, enchanté. C’est bien trouvé : Demy est comme le petit garçon de l’Enfant et les Sortilèges de Ravel : grognon devant les devoirs, médusé quand son imagination, folle du logis, anime les objets, les animaux, les fleurs, fait parler les humains comme ils ne parlent jamais, en chansons, mais pas le dernier à sauter dans le sabbat et attiser la braise. On ne naît pas enfant, on le devient.

Intégrale Jacques Demy, 12 DVD (Arte Video/Ciné Tamaris) 99 €

Libération, vendredi 14 novembre 2008