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J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Le Coeur a ses raisons"
Je lis : Copi, "Une langouste pour deux" (Christian Bourgois, 1978/1999)
Je cite : «Je pense que Madonna est une grande imposture. C'est une fausse idole. Vous voyez l'épisode du Veau d'or, dans la Bible ? Et bien le Veau d'or, c'est Madonna.», Rufus Wainwright (Têtu, février 2007)
(mis à jour mardi 20 mai 2008 à 05:30)

30/05/2007

30/05/07 - 00:07

Tim Etchells et moi

Les deux clowns de "Bloody mess" font valser des chaises en bois d'un bout à l'autre de la scène du théâtre Garonne, je me demande quand le spectacle de Tim Etchells et Forced Entertainment va enfin débuter. Les acteurs s'installent sur celles-ci alignés face aux spectateurs auxquels ils s'adressent, je les écoute présenter l'un après l'autre leur personnage. Je souris devant cette entrée en matière, j'attends ensuite plus d'une heure qu'il se passe quelque chose d'étonnant sur le plateau. La femme qui ne cesse de s'asperger d'eau en montrant ses seins au son de vieux morceaux de rock me fatigue, celle qui revêt un habit de gorille et balance du pop-corn sur le public m'intrigue davantage. Je me régale de la longue discussion qui précède les quelques minutes de silence. La femme gorille me semble être la seule à réellement foutre le bordel dans ce show un peu périmé. J'observe le sol jonché de moult débris à la fin du spectacle. J'aperçois mon dernier boy-friend en date au Grand Cirque, j'avoue à J.-P. que je n'en ai pas eu depuis 10 ans à l'exception d'un ou deux garçons adultères. Je n'arrive pas à débusquer un coin dans ce bar où poser mes yeux sans tomber sur un mec avec qui j'ai flirté à l'occasion. J.-P. tente de me persuader de regarder la chaîne KTO au prétexte qu'on peut y voir une émission dédiée à internet, il disparaît à trois heures du matin pour dormir un peu avant son pèlerinage à Lourdes du lendemain.



23/05/2007

23/05/07 - 13:32

Michel Mathieu et moi

Je m'enfonce dans un demi sommeil dès le début du "Roi Lear", de William Shakespeare, mis en scène par Michel Mathieu dans le petit théâtre du TNT. Je repense aux deux comédiens qui s'étaient dessapés dans "Répétition.Hamlet" d'Enrique Diaz, je me dis que je me réveillerais sûrement si un autre faisait de même ici. Alex Moreu dans le rôle d'Edgar quitte ses vêtements et entame un numéro musical guitare en main, je suis enthousiasmé par cette prestation inattendu qui me sort de ma torpeur. Il se passe enfin quelque chose sur la scène, son corps sec et musclé m'impressionne, son énergie me submerge. Régis Goudot m'apprend pendant l'entracte qu'il a joué le rôle de Kent dans la mise en scène de cette pièce par Maurice Sarrazin au Grenier Théâtre. Il se demande plus tard si le stripteaseur attendant son heure près du vestiaire au Grand Cirque a peur avant de monter sur le podium, je l'écoute me décrire son trac maladif avant d'entrer en scène. Il avoue son désir de travailler avec Claude Bardouil, je suggère "La Cage aux folles" mais il s'estime encore trop jeune. Il s'enflamme au sujet de "Brad Pitt et moi", je lui raconte que Claude est en Grèce sur les traces d'Achille et en quête d'inspiration pour développer ce solo. Nous passons en revue les spectacles appréciés cette saison, je m'étonne d'être en parfait accord avec lui sur chacun d'eux. Il me dit l'admiration que je partage pour les textes de Copi, je lui parle de mon grand intérêt qu'il partage aussi pour ceux de Jean-Luc Lagarce. Je fais remarquer au patron que la bite exhibée par le stripteaseur est en caoutchouc, il dément avec fermeté. Régis prétend à la vue du postérieur du gogo qu'il a dû manger trop de farine, je déplore que ce dernier gigote comme une fille facile et vulgaire.



19/05/2007

19/05/07 - 00:39

Jia Zhang-ke et moi

Une scène d'apocalypse dans un supermarché chasse le premier acte burlesque de "Adam et Ève" ainsi mis en scène par Daniel Jeanneteau, je regrette que ce premier acte de la pièce de Mikhaïl Boulgakov n'ait pas été coupé pour alléger la durée du spectacle. La fumée envahit la scène puis les gradins dans la dernière partie, je suis admiratif de la performance de chaque comédien. J'évoque au bar du théâtre Garonne le souvenir de la comédienne Julie Denisse dans "Hanjo", mis en scène par Julie Brochen.
Je somnole dans la grande salle du cinéma Utopia devant "Still Life", film contemplatif et minimaliste de Jia Zhang-ke. Je me nourris de la splendeur des panoramiques sur ces vallées chinoises. Je suis ému par les images d'une ville vidée peu à peu de ses habitants et détruite à main nue avant d'être engloutie par les eaux d'un barrage en construction. Je n'arrive pas à saisir tous les ressorts de l'intrigue sentimentale qui relie les personnages entre eux. K. m'écrit : « (…) j'ai décidé de fêter mon anniversaire tout le mois de mai donc je commence à avoir des cernes (...). Et Paris...ah Paris... Un vrai petit week-end de K. Bradshaw : beaucoup de champagne, une nouvelle paire de chaussures chez Repetto, tout ça avec mes copines, mais malheureusement sans Mister Big... ».



13/05/2007

13/05/07 - 02:26

Claude Bardouil et moi (6)

Claude Bardouil m'entraîne au théâtre du Grand-Rond à la découverte de "Mary-Glawdys et Max-Paul Experience", de Sigrid Perdulas et Alexandre Bordier. Je suis intrigué par l'étrange personnage de la chanteuse, celui du violoniste me paraît trop coincé dans la convention du spectacle humoristique. Je réalise peu à peu que ce n'est là qu'un début. Claude rit beaucoup, je me réjouis que le spectacle déraille dans une curieuse folie. Je relève un clin d'œil à "Ultima récital" de Marianne James, j'oublie très vite cette lourde référence pour entrer dans l'univers singulier et délirant du duo borderline. Je regarde admiratif la parodie se muer en performance musicale, cela se termine par les acclamations du public. Claude découvre le clip de "Crucified" au Bear's, il me raconte qu'il avait créé un numéro dans un cabaret de transformistes où il interprétait avec Joël Viala cette chanson d'Army of Lovers.
Le lendemain à Roques-sur-Garonne, je redécouvre que le personnage interprété par Claude Bardouil dans "Tailleur pour dames", de Georges Feydeau, est le premier à surgir sur la scène du Moulin. Je ne l'avais jamais vu en tant qu'interprète avant ma première approche de cette mise en scène de Pierre Matras, je savoure aujourd'hui son rôle à la lumière de son solo vu à la Cave Poésie. Je ris de nouveau follement face à ces gesticulations, déhanchements, grimaces et cris d'un domestique au bord de la crise de nerfs qui en pince pour le maître de maison. Je m'ennuie pendant le deuxième acte, il y brille par son absence. Je salue Florence Marquier après la représentation, une fille félicite Claude pour les formes de son fessier moulé dans la tenue de domestique signée Joël Viala. J.-P. me dit qu'il apprécie davantage Bardouil dans ce registre plutôt que dans ses propres créations. Tout le monde se dirige vers les verres remplis à l'occasion de la dernière représentation de la pièce, nous préférons rejoindre la Ville rose.



02/05/2007

02/05/07 - 23:59

Marie-Christine Colomb et moi

La présence et le jeu subtil de Ghislain Lemaire m'impressionnent dans "Un tramway nommé désir", Régis Goudot m'amuse fort cette fois. Marie-Christine Colomb ne m'émeut pas vraiment dans le rôle de Blanche DuBois, je ne supporte pas les excès de son interprétation dans la dernière partie de la pièce de Tennessee Williams. La chaleur ambiante achève de m'enfoncer dans un état comateux. La mise en scène de Didier Carette n'est pas parvenue à satisfaire mes attentes jusqu'au bout, je quitte le théâtre Sorano accablé et déçu. Je traverse la place Saint-Étienne, il n'est pas tout à fait minuit à l'horloge de la cathédrale. Je m'effondre sur mon lit, incapable de bouger pendant plus d'une heure. Je parcours les photocopies des critiques récupérées dans le hall du théâtre, j'ai du mal à comprendre tous les éloges déversés sur la prestation de la comédienne. Claude Bardouil me présente Joël Viala un peu plus tard, au 75. Séverine Bordes me présente son homme, Florence Marquier désire connaître mon signe astrologique. Les garçons chantent "la Mariza" en descendant les allées Jean-Jaurès, j'ai l'impression d'être dans un épisode d'"Absolutely Fabulous". Claude Bardouil est absorbé par le dernier show de Cher diffusé sur les écrans vidéo du Shanghai, je constate l'écrasante jeunesse des clubbers autour de moi. Une voiture se gare sous mes fenêtres à l'aube, je regarde les deux jeunes occupants en sortir pour uriner. J'aperçois aisément le sexe circoncis de l'un d'eux, ils disparaissent un peu plus bas dans la rue. L'autre réapparaît torse nu et le pantalon entrouvert à la recherche de quelque chose dans le véhicule, je l'observe se diriger ensuite vers le domicile de prostituées à deux pas de là.



 

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

ENTENDU

"Minuit/Dix", Olivier Ducastel & Jacques Martineau. Par Laurent Goumarre, France Culture, 3 juin 2008. (50 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008