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J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Le Coeur a ses raisons"
Je lis : Copi, "Une langouste pour deux" (Christian Bourgois, 1978/1999)
Je cite : «Je pense que Madonna est une grande imposture. C'est une fausse idole. Vous voyez l'épisode du Veau d'or, dans la Bible ? Et bien le Veau d'or, c'est Madonna.», Rufus Wainwright (Têtu, février 2007)
(mis à jour mardi 20 mai 2008 à 05:30)

29/04/2007

29/04/07 - 16:25

André Téchiné et moi (2)

Au début de "Ne touchez pas à la hache" dans la grande salle du cinéma Utopia au centre-ville, je crains de m'ennuyer devant ces scènes d'égarement psychologique sur une île espagnole. Se déroule le flash-back dans les salons parisiens sous la Restauration, le film de Jacques Rivette commence à m'intéresser alors. Je suis troublé par le visage abîmé de Guillaume Depardieu. Je me remémore sa figure blanche et lisse dans "Tous les matins du monde", d'Alain Corneau, sa première apparition à l'écran quinze ans plus tôt. Légère et piquante, Jeanne Balibar me procure un divin plaisir de spectateur.
Le lendemain, la voix off qui ponctue le récit des "Témoins" m'évoque irrésistiblement les films de François Truffaut. Le montage chaotique me rappelle celui d'"À bout de souffle", de Jean-Luc Godard. Je me demande dans quel parc parisien André Téchiné a bien pu tourner les scènes de drague entre hommes. Julie Depardieu me semble toujours aussi habitée, Michel Blanc parfait pour ce rôle de pédé vieillissant, Johan Libéreau plus convaincant que dans "Douches froides" d'Antony Cordier. Je relève la présence de quelques twingos dans un coin de l'image. Le film finit par me tirer les larmes des yeux. Nous quittons le cinéma Utopia à Tournefeuille, je proclame ma déception de ne pas avoir entendu une chanson de Jeanne Mas dans ce film qui court de l'été 1984 au printemps 1985. Lola revient sur le personnage de la mère, je note qu'il s'arrête souvent au cinéma sur les parents d'homos. É. s'extasie sur les fesses de Johan Libéreau, je l'approuve.



Photo: "Les Témoins"

26/04/2007

26/04/07 - 02:57

Rodolphe Dana et moi (2)

P. raconte au cœur du repas son usage intime des courgettes au préalablement lavées et plongées dans l'eau chaude, j'observe le visage de son ex se décomposer au fur et à mesure qu'il réalise la finalité de la recette. Il précise que le préservatif est nécessaire pour protéger la muqueuse des pesticides puis qu'il jette le légume après usage, j'en ris aux éclats.
Le lendemain au théâtre Garonne, je chancelle devant "Le Pays lointain" interprété et mis en scène par Rodolphe Dana et la compagnie des Possédés. Je découvre le texte de Jean-Luc Lagarce, il révèle des blessures intimes gravées en moi. Je retrouve là beaucoup de mon histoire familiale. La mère me rappelle la boulangère de l'avenue de la Gloire. Je bloque sur les escarpins roses de la belle-sœur. Le monologue du fantôme du pédé mort du sida me bouleverse, je me décompose à l'écoute de son discours sur la mort que je tenais moi-même dix ans plus tôt. Au bar du théâtre, j'explique à M. que l'auteur est mort du sida après avoir livré cette ultime pièce. Il me traîne au Beaucoup, nous nous installons sur la terrasse. Je trouve le serveur très beau. Il est beaucoup plus jeune que moi, il emploie les mots «jeune homme» à mon encontre.



22/04/2007

22/04/07 - 18:11

Irène Bonnaud et moi

J.-P. m'écrit à l'aube : « (…) C'était trop bon... Je l'ai ramené de la gare, s'il avait été en uniforme j'aurais pas eu le culot de l'aborder, j'ai trop galéré pour qu'il me suive... il m'a dit qu'il venait "en tout bien toute honneur", arrivé chez moi j'ai dû attendre la moitié du deuxième dvd porno et utiliser grands nombres d'arguments pour arriver à mes fins... ce fût très dur pour le faire déshabiller... autant te dire que j'étais content quand j'ai commencé à approcher sa queue de mes lèvres... Il avait 20 ans et manquait un tout petit peu de maturité sexuelle, j'ai dû "conduire" les opérations... J'étais trop excité à la vue de ses deux tatouages et de sa plaque gardée autour du cou... (…) Il m'a raconté sa vie, comment il était arrivé dans la légion, sa vie en caserne, son récent séjour à Beyrouth, son quotidien à Genève... Plus qu'un plan cul ce fût une expérience humaine fort enrichissante... P.S. : si un jour on me retrouve mort chez moi attaché avec des cordelettes bleu, blanc, rouge faudra pas s'étonner ! ». Je suis allongé sur le canapé de J.-P.. J'écoute P. lui détailler ses vies antérieures. Je m'endors au moment où il affirme avoir été courtisane à une autre époque. La sonnerie du téléphone me réveille, A. annonce son arrivée imminente avec trois garçons rencontrés au Grand Cirque. Je conseille à J.-P. de ne surtout pas recevoir l'un d'eux, A. s'en débarrasse avant d'exhiber deux charmants garçons au look bcbg. A. raconte qu'il a rencontré le troisième larron indésirable lors de partouzes organisées chez lui, je scrute le visage des jeunes gars étonnés mais curieux. J'introduis le poppers dans la conversation, ils avouent n'en avoir jamais pris. Je tente avec A. d'en décrire les effets, J.-P. se garde bien d'exhiber le flacon caché près de son canapé. Je déserte les lieux avec P. au milieu de la nuit, J.-P. invite les autres à remplir de nouveau leur verre toujours vierge d'alcool.
Je profite de la chaleur printanière sur la terrasse du Quinquina, je m'épuise à parler sans cesse. Je m'ennuie pendant la première partie de "Music hall 56", de John Osborne, mis en scène par Irène Bonnaud dans le petit théâtre du TNT. Cette histoire de famille me parait trop désuète et pathétique pour me captiver. Je m'amuse d'entendre tousser le technicien qui maintient hors champs le rideau resté coincé sur sa tringle au cœur du plateau. Une fois tous les personnages déployés sur scène, me voilà enfin séduit. Je me régale de la performance de François Chattot et de Dan Artus, les lycéens présents dans la salle acclament les comédiens au terme de la représentation.



18/04/2007

18/04/07 - 23:55

Alexandra Malfi et moi

J.-P. ne cesse de glousser près de moi tout au long de la représentation de "J’ai acheté une pelle chez Ikéa pour creuser ma tombe", de Rodrigo Garcia, mis en scène par Nathalie Barolle et Alexandra Malfi au théâtre du Grand-Rond. Les comédiens ingurgitent hamburger sur hamburger et éructent après quelques gorgées de Coca Cola, je trouve le spectacle fidèle au travail de Rodrigo Garcia sur ses propres textes. Alexandra Malfi m'indique qu'aucune didascalie ne figure dans la retranscription de la pièce, je lui décris quelques scènes de "Jardineria humana"de et par le même auteur vu trois ans plus tôt au TNT. Je termine la soirée devant le premier épisode de "Angels in America", la série télé tirée de la pièce de Tony Kushner.
Le lendemain, je constate que la soirée d'ouverture du festival Extrême cinéma ne fait pas salle comble à la Cinémathèque, comme aux premiers temps. La fausse interview d'Elvira en duplex me divertit, "Torticola contre Frankensberg" satisfait ma curiosité grâce à une poignée de gags cultes, le "Frankenstein" de James Whale ne parvient pas à me captiver jusqu'au bout à l'épreuve du grand écran. Mon très sexy voisin de gauche ne cesse de se remuer pendant la projection, je déroule des scénarii érotiques où je me mets en scène avec lui. M. et Cr. sont inséparables, je me goinfre de spécialités au chocolat après les performances déjantées du groupe Mucho Bizarre dans le hall. Je tombe sur Cl. affublée de Ca. que je n'avais pas vue depuis plus de six ans.



Photo: "Frankenstein" de James Whale

14/04/2007

14/04/07 - 00:32

Rita Cioffi et moi

Rita Cioffi et Claude Bardouil s'avancent sur une musique de Scarlatti, je me laisse porter par "Pas de deux" dont quelques extraits m'ont été montrés quelques semaines plus tôt en vidéo. J'assiste à la rencontre de deux corps qui s'attirent, luttent, s'épuisent. J. me confie dans le hall du CDC qu'il a déjà vu le spectacle sur une vidéo en ligne. J'avoue à M. que les danseurs m'ont parus un peu fatigués. P. affiche sa déception que la pièce se termine par une projection dont il juge les images inutiles. Je bois un verre de rouge, Claude Bardouil boit du vin blanc. Il me présente Rita Cioffi, elle m'explique que cette chorégraphie est structurée autour d'un canevas d'où éclot à chaque représentation un travail d'improvisation. Je mange une tranche de jambon blanc, du jambon de pays, un peu de rillettes sur une tranche de pain, du taboulé, de la salade de pâtes, du fromage et une mandarine. Claude Bardouil insiste pour que je retourne le voir jouer dans "Tailleur pour dames", de Georges Feydeau, au Moulin de Roques-sur-Garonne.
Je visionne une nouvelle fois "Pas de deux" en ligne, je reconnais la captation vue auparavant. Je repère les nuances dans l'interprétation au regard de la représentation appréciée au CDC. Je communique le lien à K., il m'écrit aussitôt : «… Quelle technique! Je trouve la chorégraphie très...culottée:) Ils ont dû renforcer les coutures des jeans je suppose. Ça me fait un peu mal la façon dont ils "rationalisent" le corps en le contraignant, en général, ça me fait cet effet quand on applique des effets "origami" à la machine humaine. Sinon, c'est assez sexe, c'est sûr, inquiétant, un peu étrange entre un homme et une femme. Ça me fait penser à un roman de je ne sais plus qui où un homme aime se faire briser les os par son masseur noir». Il me précise plus tard : «Je voulais parler de cette espèce de domination physique qu'il dégage, la façon qu'il a de saisir, retourner, "plier", contraindre le corps de cette fille, et tout simplement la chorégraphie, l'usage global des corps de cette chorégraphe. Ça met en valeur des zones différentes, il y a un aspect mécaniste et sexuel à la fois, une violence huilée.»



11/04/2007

11/04/07 - 23:52

David Lynch et moi

Je retrouve K. devant le film du "Défilé" au cœur de l'exposition "Jean-Paul Gaultier / Régine Chopinot. Le Défilé" au musée de la Mode et du Textile, les Arts décoratifs. Nous apprécions à satiété les tableaux successifs de la chorégraphie de Régine Chopinot projetée sur un grand écran, je repère les costumes colorés et excentriques de Jean-Paul Gaultier déjà croisés au fil de l'exposition. Nous bavardons sur la terrasse du Nemours face à la Comédie française, place Colette. Je le quitte pour rejoindre la Fondation Cartier pour l'Art contemporain. J'entame le parcours de "The Air is on fire" par la longue série de dessins exécutés par David Lynch sur de simples feuilles de papier, des post-it, des boites d'allumettes, des mouchoirs et des serviettes en papier, des sacs à vomi… Quelques uns des tableaux grisâtres exposés dans la même salle sont parsemés de lettres dactylographiées collées les unes à la suite des autres pour former ainsi des mots ou des phrases, je pense aussitôt à "Twin Peaks". Je lis sur le programme de l'exposition que les dates de création de ces peintures coïncident avec celle de la conception de "Twin Peaks". L'ambiance sonore sinistre et lancinante m'enveloppe comme dans un épisode de la série. J'observe curieux les visiteurs appuyer sur les boutons rouges ornant des bornes noires disposées de-ci delà. Dans l'espace mitoyen, je suis subjugué par les œuvres mettant en scène la fin de l'innocence à travers les aventures d'un certain Bob. J'y colle mon nez comme pour en déterrer les secrets. J'observe des insectes pris dans les raies de la peinture, des bouts de bois, des vêtements, des substances visqueuses collées à même la toile. Les pièces récentes de la série des photomontages numériques "Distorded nudes" m'enthousiasment carrément. Au sous-sol, je traverse la reconstitution grandeur nature d'un dessin minuscule de l'artiste. Je presse le bouton rouge de la borne qui trône au cœur de ce salon coloré, les sons émis par mon geste se diffusent et modifient l'ambiance sonore des lieux. Je vois là une belle illustration des rapports qu'entretient tout spectateur avec une œuvre d'art, avec le cinéma de Lynch en particulier et "Mulholland drive" surtout : devant l'énigme entretenue par Lynch à propos de ce film, je suis toujours frappé par la quête de sens des spectateurs qui construisent leur œuvre en se l'appropriant pour en percer les mystères et combler les espaces laissés béants par le cinéaste. Je m'engouffre dans le long couloir qui débouche dans la salle où sont exposées les travaux photographiques. Je me pose dans un fauteuil du petit théâtre installé au centre de la pièce. J'y guète quelques films expérimentaux projetés sur grand écran. Je regarde les deux premiers courts métrages : "Six men getting sick" et "The Alphabet". La projection est interrompue avant la fermeture de la Fondation Cartier, je regrette de ne pas être en mesure de voir le court métrage suivant : "The Grandmother". Je me dis que c'était ici l'endroit idéal pour montrer "Inland Empire". Je ne me suis toujours pas remis d'avoir découvert cet objet laid et indigeste dans une salle de cinéma. Même si j'ai déjà vu "Inland Empire" à deux reprises, j'estime que son dernier film n'a pas sa place dans un circuit de distribution classique. Dehors, je regarde briller dans la nuit les néons aux formes des lettres "David Lynch" affichées sur la façade.



Photo: dessin de David Lynch

07/04/2007

07/04/07 - 03:44

Omar Porras et moi (2)

Sur le parcours de l'exposition "L'Événement : les images comme acteurs de l'histoire" à la galerie du Jeu de Paume, je scrute les photographie d'amateurs accrochées pour l'installation "Here is New York : a Democracy of Photographs" dans la salle dédiée au 11 septembre 2001. Je reste planté devant ces images de chaos. La représentation inédite à mes yeux de victimes de la catastrophe me frappe aussitôt. Je longe un mur sur lequel est aligné un nombre interminable de couvertures de magazines américains, elles affichent toutes la même photo des tours en flammes, d'autres celle de pompiers au cœur des ruines fumantes. Je revois dans une autre salle des images de journaux télévisés illustrant la chute du mur de Berlin.
Le lendemain, j'arpente en néophyte l'exposition consacrée à Praxitèle au musée du Louvre. Je m'assieds sur le parvis de Notre-Dame de Paris, m'abreuvant des derniers rayons de soleil. "Pedro et le commandeur", de Felix Lope de Vega, me réjouit dans la mise en scène d'Omar Porras à la Comédie française. Je suis émerveillé par la débauche de costumes et de couleurs, le feu d'artifice final couronne le spectacle en apothéose. C. me signale après la représentation la mièvrerie du texte, il précise qu'aucune mise en scène ne l'avait autant séduit ici jusqu'à présent. Je me dis ravi qu'Omar Porras ait ainsi transposé son univers baroque dans les murs de la vieille institution. J'attends de longues minutes le retour de P. devant la porte, il exhibe à son arrivée un texto reçu du type à qui il vient de fausser compagnie : «t’es vieille ridée et très grasse et folle». Il me raconte qu'avant d'entrer chez ce dernier pour un plan cul, il devait s'annoncer en ces termes via l'interphone: «Je suis le taureau qui vient se vider les couilles…».


03/04/2007

03/04/07 - 13:42

Enrique Diaz et moi

Le public est réparti sur trois gradins installés dans la salle du théâtre Garonne, je remarque Pierre Rigal assis au premier rang de l'un d'eux. "Répétition.Hamlet" montre des comédiens aux prises avec les personnages de Shakespeare, je pense très vite au travail de Claude Bardouil autour d'"Électre" à la Cave Poésie. Enrique Diaz utilise les mêmes procédés que ce dernier pour perturber les codes du théâtre classique, je m'amuse à dresser des passerelles entre les deux spectacles. Pierre Rigal est pris à partie et forcé de lire quelques lignes de la pièce, j'observe un autre comédien assis pendant plusieurs minutes au cœur du public sans dire un mot. Deux super héros japonais font irruption, je les regarde se mettre à poil et agiter leur bite sans les mains comme dans "Et la tendresse ? Bordel !" mais sans trucage. Plusieurs scènes jouées en portugais m'obligent à lire les surtitres, je n'arrive pas à m'attarder sur le jeu des acteurs. Je suis envoûté par le chant inattendu d'une comédienne. La mise en abîme déballée là est un joyeux bordel truffé de second degré, cela me divertit allègrement. Les effets comiques se multiplient au risque de devenir mécaniques, je finis par trouver le temps un peu long. Le spectacle se termine au bout de deux heures, je m'installe au bar du théâtre. K. est terrifiée par l'énergie que je déploie au service d'un massacre verbal du dernier film de David Lynch.
J.-P. se plaint du trop de chauffage dans le bus qui nous transporte vers le lieu tenu secret de la représentation de "Du pain plein les poches" mis en scène par Jean-Pierre Beauredon, je ne quitte pas l'écran de télévision qui diffuse un teen-movie à l'humour un peu gras. Une hôtesse proclame des commentaires touristiques décalés autour de quelques monuments de la Ville rose, cela me rappelle un voyage organisé en autocar vers la gay-pride de Barcelone au cours duquel un des participants avait assuré un show irrésistible sur le même mode. Un type ronfle derrière moi pendant la représentation, le jeu de Philippe Bussière m'horripile tout autant que le texte de Mateï Visniec. La subtile interprétation de François Fehner ne suffit pas à me tirer de cette galère artistique, nous en sortons accablés et pressés de rentrer.



Photo: "Répétition.Hamlet"

02/04/2007

02/04/07 - 00:22

François Ozon et moi (2)

La première moitié de "Angel" me divertit follement, je me dis que je ne vais pas être déçu tant François Ozon abuse du second degré avec intelligence et légèreté. Je repère des clins d'œil à Visconti ou "Autant en emporte le vent", je suis dans un état proche de l'euphorie. Le récit vire au drame à la manière de Douglas Sirk, je commence à m'ennuyer aussi pompeusement que lors de la projection de l'unique film vu de celui-ci un jour à la Cinémathèque : "Le Secret magnifique" avec Rock Hudson. Ce genre de mélodrame me paraît si démodé que je frôle l'indigestion devant tant de pathos. J'ai l'impression d'être devant un de ces soap-opéras dont raffole ma grand-mère. À la sortie de l'ABC, J.-P. se dit aussi accablé que moi.



 

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

ENTENDU

"Minuit/Dix", Olivier Ducastel & Jacques Martineau. Par Laurent Goumarre, France Culture, 3 juin 2008. (50 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008