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J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Le Coeur a ses raisons"
Je lis : Copi, "Une langouste pour deux" (Christian Bourgois, 1978/1999)
Je cite : «Je pense que Madonna est une grande imposture. C'est une fausse idole. Vous voyez l'épisode du Veau d'or, dans la Bible ? Et bien le Veau d'or, c'est Madonna.», Rufus Wainwright (Têtu, février 2007)
(mis à jour mardi 20 mai 2008 à 05:30)

25/02/2007

25/02/07 - 20:11

Sébastien Bournac et moi

Je tombe nez à nez sur Claude Bardouil dans le hall du théâtre Sorano. Je lui avoue ma déception après avoir vu au théâtre Garonne "O.C.C.C.", ballet peu transcendant de Régine Chopinot dont l'intérêt principal est la belle présence de Steven Cohen. Je le laisse avec Sébastien Bournac, metteur en scène du "Music-hall" à l'affiche, pour rejoindre ma place. Je découvre le texte brillant, drôle et cruel de Jean-Luc Lagarce dans la bouche de comédiens que je ne connaissais pas non plus. Je ne quitte pas des yeux les deux boys de la chanteuse, ils sont trop habillés à mon goût. Au bar du théâtre, M. avoue qu'il a été agacé par la comédienne, Claude Bardouil pense qu'un tel rôle nécessite peut-être davantage d'outrance et de glamour.
A. m'écrit : «Eh oui, sublime texte de Lagarce, mais La Vidal n'est évidemment pas La Callas! Je n'irai pas voir ce spectacle, tout simplement parce que cette fille m'a toujours mis mal à l'aise par la fausseté de son jeu et de son"humanité"... Dix mille choses à faire, mais la pluie me paralyse... Je te souhaite néanmoins une belle journée, même pluvieuse, même grise!»



Photo : "Music-hall"

17/02/2007

17/02/07 - 17:02

Boris Charmartz et moi

Nous tombons sur Claude Bardouil au bar du TNT, ses amis attendent mon avis au sujet de "Pluie d'été à Hiroshima" d'Éric Vigner d'après Marguerite Duras. Je leur dis que j'ai été très touché par "La Pluie d'été", que la seconde partie reprenant des extraits de "Hiroshima mon amour" m'a parue sans intérêt et surtout insupportable. Ils me rétorquent que tout le monde est bien d'accord avec cela, Claude Bardouil explique qu'il refuse de voir ce spectacle parce que déformer ainsi les titres des œuvres constitue un manque de respect à l'égard de l'auteur. Claude fait les présentations, il s'attarde sur M. avec lequel il me croise souvent. Il s'emballe sur "Régi", de Boris Charmartz, à l'affiche du théâtre Garonne trois jours plus tôt, je tente de lui faire part de ma perplexité face à cet objet énigmatique souvent doux mais parfois hermétique à mes yeux. Il ne comprend pas mes réserves, il part dans un discours outrancier et savoureux qu'interrompt la fermeture du bar. Je tape mon nom sur Google, je suis aiguillé vers un article paru dans Le Figaro au début de l'année. Je découvre que le héros d'un polar brestois porte le même nom que moi, il meurt étranglé au cours du récit.



15/02/2007

15/02/07 - 03:26

Vincent Delerm et moi

Le soir de ma fête d'anniversaire, É. vient avec de la Redbull, A. et D. avec une place pour le concert de Vincent Delerm, Lola avec le dernier livre de Virginie Despentes, J.-P. avec un beurrier Tupperware, B. avec un poème de sa composition, G. avec sa guitare et avec R.. M. a laissé chez lui son camarade américain fraîchement débarqué au prétexte qu'il est hétérosexuel, il me le présente le lendemain à la Cinémathèque. Ce dernier ne comprend ni ne parle le français, sa grande timidité me fait craquer.
À Odyssud, Vincent Delerm parle trop, je ne le trouve pas drôle. Il tacle Renaud, je m'en réjouis. Il se tait enfin, je l'écoute avec bonheur chanter ses tubes. J'adore "Les Filles de 1973", "Le Monologue Shakespearien"et "Fanny Ardant et moi" : «On écoute du chant grégorien / Elle parle à peine et moi je dis rien / On a une relation comme ça / Fanny Ardant et moi // Je passe la soirée avec Sylvain / Pendant qu'elle mate le papier peint / On est restés indépendants / Moi et Fanny Ardant // Elle est posée sur l'étagère / Entre un bouquin d'Eric Holder / Un chandelier blanc Ikea / Et une carte postale de Maria // Elle est toujours toute noire et blanche / Elle ne dit plus vivement dimanche / Depuis que je la traîne chez mes parents / Tous les week-end Fanny Ardant // Je lui parle pas des filles de Jussieu / Elle parle pas trop de Depardieu / Oui on évite ces sujets-là / Fanny Ardant et moi // Il y a un truc dans son regard / Qui me reproche de rentrer trop tard / Elle voudrait que je sois là tout le temps / Evidemment Fanny Ardant // Elle est posée sur l'étagère / Entre un bouquin d'Eric Holder / Un chandelier blanc Ikea / Et une carte postale de Maria // Elle est toujours toute noire et blanche / Elle ne dit plus vivement dimanche / Depuis que je la traîne chez mes parents / Tous les week-ends Fanny Ardant // On écoute du chant grégorien / Elle parle à peine et moi je dis rien / On a une relation comme ça / Fanny Ardant et moi».
Je revois l'affiche de "8 femmes" représentant Fanny Ardant en robe rouge, un porte-cigarette dans la main. A. me l'avait cédée, elle est longtemps restée sur un mur de mon appartement. Nous avions pris la pose un soir de fête à tour de rôle devant elle, face à l'objectif de nos appareils photo respectifs en contre-plongée.



12/02/2007

12/02/07 - 23:26

Martin Scorsese et moi (2)

Un troisième mail signé de Gérard Lefort me parvient : «Jérôme, maintenant votre visage se détache vaguement des limbes paloises (because souvenirs de cet entretien). Merci de lire Libé car vous autres, vrais lecteurs, vous faites de plus en plus rares. Le commendatore Joffrin qui aime beaucoup Napoléon vient de me nommer maréchal d'Empire (rédacteur en chef chargé de la culture, des livres, du cinéma, de la télé). Pour le macramé et l'atelier d'expression corporel, je n'ai pas encore dit oui. Amitiés, Gérard». Je vois "Les Infiltrés", de Martin Scorsese, au Cratère. Je suis embarqué par l'intrigue, je ne reconnais pas la signature du cinéaste. Le dénouement n'en finit pas de se dénouer, je perds le fil devant tant de cabrioles dramatiques flirtant avec le rocambolesque.



11/02/2007

11/02/07 - 16:45

Claude Bardouil et moi (5)

Je ne saisis pas tous les ressorts dramatiques de l'adaptation et de la mise en scène de "Une Chanson de Roland", d'après le manuscrit d'Oxford, par Éric Sanjou au théâtre Sorano. Je ne me lasse pas de la plastique des comédiens, je scrute les torses nus imberbes enduits de boue et éclaboussés de peinture. Je fixe la parcelle de tatouage que Thierry de Chaunac dévoile au dessus de la ceinture de son pantalon, je me demande ce que cela peut bien représenter. Je suis embarqué par les soubresauts de l'intrigue et par les mouvements des corps, je décroche avant la fin. Au bar du théâtre, M. est perturbé de ne pas avoir tout compris, je lui assure que cela normal.
"Go on!" débute dans la pénombre du petit théâtre du TNT, j'aperçois Claude Bardouil collé à sa partenaire couchée sur la scène. La chorégraphie de Samuel Mathieu me séduit vite, les musiques m'emballent et les lumières m'éblouissent. Au bar du théâtre, M. se dit aussi satisfait que moi par la profusion d'effets euphorisants, Annie Bozzini affirme que plusieurs spectateurs sont sortis avec le sentiment d'une création non achevée. Claude Bardouil me parle de ses projets artistiques pour la saison prochaine. Il me confie qu'il connaît l'existence de mon blog mais qu'il ne le lit pas faute de connexion internet.



Photo : "Une Chanson de Roland"

07/02/2007

07/02/07 - 04:56

Les Femmouzes T. et moi

Les Femmouzes T. débutent leur concert au Grand Cirque par "Saint-Sernin", mes lèvres épousent les mots du refrain : «À Saint-Sernin sur le marché, tous les dimanches matins, on aime bien venir chanter nos refrains… ». J.-P. me rejoint, il m'inonde d'un flot incessant de paroles. Il me dit être convaincu qu'un démon l'habite. Les yeux fixés sur la scène, je l'écoute sans répondre. Devant mon désintérêt, il finit par me laisser profiter du spectacle. Quelques couples homos des deux sexes se lancent dans une valse, je constate que ces duos se défont tous pour former de parfaits couples hétérosexuels avant la fin de la chanson. Le récital des filles achevé, l'une d'elles, Rita Macebo, s'arrête devant moi sur son passage : «Le concert vous a plu ? Ce n'est peut-être pas le genre de musique qu'on entend ici d'habitude… ». Je lui avoue que j'adore leurs trois albums.
L'immense décor blanc installé dans la grande salle du TNT m'évoque une montagne de neige, j'y vois une véritable installation d'art plastique. "VSPRS" me donne l'impression d'une création collective, chacun des danseurs des Ballets C. de la B. d'Alain Platel déploie un talent singulier à l'occasion d'un solo ou d'un duo. Un ensemble musical revisite "Les Vêpres de la Vierge" de Claudio Monteverdi, j'y remarque des instruments inconnus de moi jusqu'alors. La soprano finit par se mêler aux danseurs, je m'interroge sur l'origine géographique de chacun d'eux «issus de différentes parties du monde» comme le programme l'indique.



Photo : Les Femmouzes T.

02/02/2007

02/02/07 - 01:34

William Forsythe et moi

"Dramuscules", spécialités tragi-comiques de Thomas Bernhard, me donne enfin l'occasion de revoir Fabio Ezechiele-Sforzini au Théâtre Sorano. Je l'avais repéré dans "L'enfant d'éléphant, Homme pour homme", mis en scène par Didier Carette dans le même théâtre, Régis Goudot l'avait remplacé lors de la reprise du spectacle la saison dernière. La mise en scène d'Isabelle Luccioni me paraît aussi grisâtre que la précédente. Après "Comédie" et "La Dernière bande", de Samuel Beckett avec René Gouzenne vues dans le studio du TNT, je constate qu'elle s'entoure cette fois encore des meilleurs comédiens.
Le lendemain, Régis Goudot fait la moue dans le hall du TNT, je le laisse à ses contrariétés. Dans la première partie de "Limb's Theorem", de William Forsythe, je bloque sur les énormes cuisses d'un danseur du Ballet de l'Opéra de Lyon. Il me parait un peu trop gonflé aux hormones pour danser avec la légèreté requise, cela me semble parfois frôler le ridicule. Dans la deuxième partie, "Enemy in the figure", je suis ébloui par la succession des clairs-obscurs chorégraphiés. Je m'abandonne sans réserve devant la fluidité à l'œuvre dans la dernière partie. Le public fait un triomphe, j'aperçois Claude Bardouil debout comme d'autres hurlant des bravos.



Photo : "Limb's Theorem"

 

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

ENTENDU

"Minuit/Dix", Olivier Ducastel & Jacques Martineau. Par Laurent Goumarre, France Culture, 3 juin 2008. (50 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008