J'écoute : "Séries Télé : l'Amérique en 24 épisodes", une histoire des séries télévisées américaines par Benoît Lagane et Eric Vérat, France Culture, du lundi au vendredi de 22h30 à 23h00
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Desperate Housewives"
Je lis : John Giorno, "Il faut brûler pour briller" (Al Dante, 2003)
Je cite : «Oh, je vole à droite et à gauche. Tant et si bien que ça devient original. L'allure de Wisteria Lane vient directement d'"Edward aux mains d'argent". "Sunset Boulevard" m'a donné l'idée du narrateur mort. En télé, je me suis inspiré de "Sex and the City" et "Six Feet Under" et de tout le travail de son créateur Alan Ball », Marc Cherry à propos de "Desperate Housewives", Libération (08/09/05)
(mis à jour dimanche 24 août 2008 à 09:57)

29/03/2006

29/03/06 - 02:11

Angelin Preljocaj et moi (2)

Dans la voiture en direction de Saint-Orens, Lola ne m’épargne aucun des détails de son dernier plan cul, après la manif du jour, dans les chiottes du centre commercial Basso Cambo. À Altigone, après "Centaures" d’Angelin Preljocaj, il me détaille ses projets belges. Dans "Empty moves (Part I)", je suis frappé par la ressemblance de Thomas Michaux, un des quatre danseurs, avec l’effigie d’Astroboy qui décore son tee-shirt. Au Grand Cirque, Lola me raconte que, dans la salle de sport de son quartier, il fait chaque jour une séance de fitness avec sa copine Maryse sur fond du "Relax" de Frankie goes to Hollywood. J’éclate de rire en imaginant la chose. Plus tard au téléphone, je réveille Joël pour confronter nos visites respectives au sex-club.
Au lendemain de cette conversation qui m’avait semblée détendue, je lis un mail qui me consterne. Joël m’écrit à propos d’un mot que j’emploie comme d’autres utilisent des "voilà" et autres ponctuations linguistiques : « Ton "connasse" était de trop mec. Veille à ce que cela ne se reproduise plus. Pour qui tu te prends Jérôme? Arrête de traiter certains comme s'ils étaient moins que toi ». Dans la soirée, j’accompagne Martin voir "Les Oiseaux" d’Aristophane, mis en scène par Luc Montech. C’est ma première incursion au Théâtre Jules-Julien. Après la représentation, je traîne Martin au Bear’s. Il en sort horrifié par les images d’un film porno qui défilent au dessus du bar. Un peu plus haut dans la rue des Sept-Troubadours, nous nous replions vers le BCV où la triste vulgarité ambiante termine de nous achever.
Le soir suivant au Milk, je suis contraint de revoir mon jugement sur la clientèle qui a gagné en mixité capillaire depuis ma précédente visite. Je bave devant un jeune barman chapeauté comme un cow-boy. Frank se fait dragouiller comme une pucelle par un autre. Arnaud entame son deuxième litre de bière de la soirée. J.-P. se déhanche sur "Ring my bell". B. et Eric nous quittent, le premier pour se vautrer au Ramier, le second au Grand Cirque. Sur le chemin du retour, Christophe hallucine de voir J.-P. s’inquiéter des tarifs pratiqués par les prostituées noires de mon quartier.



commentaires

29/03/06 - 10:05

Mais vous n'arrêtez donc jamais?!

29/03/06 - 21:15

C'est combien ?

29/03/06 - 21:44

Allons, j'espère que ce ne sera pas ta seule incursion à Jules Julien. Comment étaient ces oiseaux que j'ai failli aller voir samedi ? Mais j'avais déjà vu Dom Juna vendredi, alors samedi j'ai fait relâche...

30/03/06 - 00:40

visiteur, mais d'abord qui êtes-vous ?

griffin, là je suis épuisé, si vous saviez...

brice31, t'es assez grand pour te renseigner tout seul !

Ennairam, c'était la première et pas au point. Ce n'est pas une compagnie de professionnels mais c'était fort sympathique. Et Dom Juan ? Je ne pense pas avoir le temps d'aller le voir et c'est dommage...

30/03/06 - 03:23

j'ai eu l'occasion de faire des plans dans les toilettes du centre commercial de Basso-Cambo, j'en garde de bons souvenirs !!! Tu devrais essayer ... de cette façon tu trouverais le goût de fréquenter les centres commerciaux

30/03/06 - 12:05

En fait, je n'ai donné aucun détail. Vous vous rendez malade toute seule et boudez les médecines populaires qu'on vous propose.

30/03/06 - 20:52

Dom Juan se joue jusqu'au 22 avril. Ecrit un commentaire mais pas encore publié...

31/03/06 - 19:00

un visiteur curieux...

01/04/06 - 00:50

gisèle, à Basso Cambo ? mais vous plaisantez ! Je suis définitivement accro aux caisses automatiques du casino saint-georges...

Lola, vous êtes hystérique ! vous m'avez parlé de ce plan cul pendant plus d'une heure (dans la voiture, dans la salle, la bouche pleine de frites chez le tunisien, et au GC). Alors faut arrêter le poppers avarié maintenant...

Ennairam, ça y est j'ai vu et j'en dit davantage là : [www]

visiteur, enchanté ! je suis moi-même un blogueur anonyme...

01/04/06 - 09:23

Je pouffe, pis j’éclate,
anonyme … voyons !
Qui de vous sur Toulouse,
ne connaît pas le fion !
Masquée sous vos lunettes,
vous cherchez en secret,
et la grosse baguette,
et la célébrité ….

02/04/06 - 13:56

Lola semble décidément avoir grand appétit !

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ENTENDU

"Le Rendez-Vous" :
Christophe Honoré, Alex Beaupain et Gilles Taurand.
Par Laurent Goumarre,
France Culture, mercredi 17 septembre 2008.
(45 mn)

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008