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J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Le Coeur a ses raisons"
Je lis : Copi, "Une langouste pour deux" (Christian Bourgois, 1978/1999)
Je cite : «Je pense que Madonna est une grande imposture. C'est une fausse idole. Vous voyez l'épisode du Veau d'or, dans la Bible ? Et bien le Veau d'or, c'est Madonna.», Rufus Wainwright (Têtu, février 2007)
(mis à jour mardi 20 mai 2008 à 05:30)

30/12/2006

30/12/06 - 16:34

Claude Bardouil et moi (3)

M. me rejoint dans la salle du bar de la Cave Poésie dont les murs sont recouverts de blanc. Tête baissée, Séverine Bordes et Florence Marquier se posent sur une chaise, mes yeux scrutent Claude Bardouil. Attablé, il se cache derrière son bras, chausse une perruque blonde et s'avance micro en main vers le public disposé en arc de cercle d'où je m'impatiente. Dans son solo, "Brad Pitt et moi, portrait d’un européen", je ne suis pas surpris que les cheveux longs masquent son visage, telle la photo illustrant l'affiche. Intrigué, je l'écoute parler, il colle le micro sur son torse à l'aide d'un sparadrap. Il s'étale à terre les bras en croix, je crois reconnaître la musique du film de Gus Van Sant, "Last days". Il évoque Catherine Deneuve, Françoise Dorléac, Madonna, Brad Pitt, et soulève son tee-shirt noir pour exhiber son nombril, je commence à trouver cela drôle. En plein grand écart, son pantalon noir craque à plusieurs reprises à l'entrejambe, je suis mal à l'aise. Il s'efface, je regarde les premières images de l'opéra de Strauss, "Elektra", sur le poste de télévision que vient d'allumer Séverine Bordes. Collé à l'écran, elle se tient en équilibre sur sa chaise en citant Anna Arendt, cela ne m'interpelle pas, puis se laisse choir au sol avec sa chaise par deux fois. Des bribes de la mise en scène de la pièce de Sophocle au Sorano, en mai 2005, ressurgissent, "Électre version 2006" commence à me passionner. Les cris de Séverine Bordes en Électre me donnent la chair de poule. En Clytemnestre, Florence Marquier s'assied dans le public, réclame un kleenex et propose une cigarette au spectateur assis devant moi. Je suis subjugué par Claude et Séverine dans la relecture délirante des retrouvailles d'Oreste et Électre. La fin tombe si vite, je suis très frustré. J'aurais souhaité que toute la pièce soit ainsi revisitée. Au bar, je présente Claude Bardouil à M.. Il m'avoue que la plupart des spectateurs présents sont des amis ou des professionnels invités, que "Les Héroïques" est un échec en terme de fréquentation. En remontant la rue du Taur, je suggère que la Cave Poésie n'est peut-être pas le lieu approprié pour une telle création, il m'approuve. Dans un bar de la rue Gambetta, il s'étale sur Proust avec M., m'affirme à propos des mises en scènes de Didier Carette : "C'est très pédé finalement, ce qu'il fait !".
J.-P. m'écrit : «(…) Je me suis fait embusquer chez la soeur de mon pote, elle m'avait pas vu depuis longtemps, elle a insisté lourdement pour que je reste souper ! Elle habite une ferme isolée et ne voit pas trop de monde. Mes amis voulaient que je reste dormir aussi ce soir ! J'ai passé deux jours agréables. J'ai pensé à toi ce matin, j'ai pris mon petit déjeuner à 13 heures devant Télé Mélodie... J'étais mort de rire... Je t'accompagnerai demain soir avec plaisir au TNT car j'ai déjà eu une expérience sexuelle avec un maître chien, j'avais bien aimé...».



Photo : "Les Héroïques"

29/12/2006

29/12/06 - 01:14

Corinne Mariotto et moi (2)

Les films précédents de Pascal Bonitzer m'avaient tant plu que je n'ai pas résisté à l'envie de découvrir "Je pense à vous", malgré les avis entendus la veille au "Masque et la Plume", sur France Inter. Le film ne me convainc pas. Les dialogues sonnent faux à mon oreille. L'histoire ne m'intéresse pas vraiment. L'inquiétante présence de Marina De Van me paraît artificielle. En sortant de la salle, je signe la pétition de soutien à l'ABC qui attend toujours que la mairie se décide à financer une partie des travaux de réfection du bâtiment.
Francis Azéma fait les cent pas en ouverture de "La Musica deuxième", de Marguerite Duras, qu'il interprète et met en scène. J'observe Corinne Mariotto s'installer dans le décor du salon d'un hôtel. Sa coiffure et le collier tombant dans le décolleté de son chemisier blanc m'évoquent aussitôt la figure de l'auteur dans ses jeunes années. Ses yeux se perdent dans le public du théâtre du Pavé. J'assiste attentif à la recherche du temps perdu d'un couple séparé qui se retrouve presque par hasard. Les interminables temps morts ponctuant les dialogues me renvoient aux oeuvres filmées de Duras. Je suis troublé par les larmes qui coulent sur le visage des comédiens. Je me sens lentement submergé par la profonde mélancolie du spectacle. W. me dépose après la représentation. Il part se coucher illico, me laissant seul dans le froid glacial.



Photo: "La Musica deuxième"

22/12/2006

22/12/06 - 01:55

Dominique Pitoiset et moi (2)

Au bistrot du TNT, je reconnais Florence Marquier en pleine conversation avec Pascal Vannson qui interprète le rôle de la folle furieuse dans "Sauterelles", de Biljana Srbljanovic. J'explique à M. la signification du mot sauterelle, en français et dans la pièce que nous venons d'apprécier.
J'écris à B. : «Bonjour B., je suis très étonné car vous êtes la deuxième personne à avoir vu "Sauterelles" et à me faire part de sa déception à propos du texte. Je ne la partage pas du tout. J'ai pour habitude d'en lire le moins possible avant de voir un spectacle et je n'avais pas d'idée particulière sur ce que j'allais voir, sauf que j'avais très apprécié la précédente mise en scène de Dominique Pitoiset vue au TNT. Je me suis beaucoup amusé, sans voir le temps passer. J'adhère totalement à cette forme d'humour. L'air de rien, sous une forme légère, le texte m'a finalement paru assez incisif. Que lui reprochez-vous ? (…)». Je lis plus tard cette réponse : «Jérôme, d'habitude j'aime beaucoup la plupart des mises en scène de Pitoiset - par exemple "La Peau de chagrin" - mais là je n'ai pas fonctionné malgré les évidentes qualités de réalisation du spectacle (excellente scénographie, bons comédiens...). Je me suis ennuyée, c'est comme ça et je n'y peux rien. Je n'ai pas réussi à m'intéresser aux histoires de tous ces personnages. Je n'avais pas d'avis préconçu sur la pièce puisque je ne l'avais pas lue avant et j'arrivais avec d'excellents commentaires de mes camarades de travail qui ont adoré le spectacle au point d'aller le revoir. Tant pis, je reste avec mon incompréhension, toute seule comme une pauvre fille ! Comme quoi il y a quand même une grande part de subjectivité dans l'appréciation des spectacles, heureusement...».



21/12/2006

21/12/06 - 01:01

Viviane de Muynck et moi

Une voix résonne dans la pénombre de la salle du théâtre Garonne. La silhouette de Viviane de Muynck apparaît au fur et à mesure que se construit derrière elle un mur de projecteurs descendus des cintres. À contre-jour, elle me parait détachée. Il me semble qu'elle se contente d'aligner son texte. Elle trébuche parfois sur une syllabe. Elle arpente le plateau méthodiquement de gauche à droite, saisit parfois un verre d'eau posé dans un coin pour s'abreuver. Au deuxième rang, je supporte de plus en plus mal les projecteurs braqués sur le public. Aveuglé, je suis contraint de fermer les yeux quelques instants quand l'intensité de la lumière s'accroît. Je suis ébloui par les projecteurs mais pas encore par la comédienne dans cette "Poursuite du vent" mise en scène par Jan Lauwers. Elle poursuit à la première personne le récit des souvenirs d'une Claire Goll vieillissante. Elle cite les noms des artistes que l'auteur a croisés. Quelques uns me sont totalement inconnus. Elle évoque Breton, Cocteau, Dali… Je m'amuse des détails intimes dont elle n'est pas avare à l'encontre de certains de ses illustres amants. Me voilà emporté par ces confessions très intimes. Je suis troublé par ces déballages d'où émergent les failles d'une longue existence. Je réalise qu'elle ne fait que narrer une merveilleuse histoire d'amour. Au milieu de la nuit, j'atterris dans l'appartement d'un joli garçon, rue de la Pomme. Il me reçoit pour un programme alléchant qui me comble de plaisir. J'en ressors lessivé et ravi.



18/12/2006

18/12/06 - 02:58

Jean-Jacques Mateu et moi (2)

Nous sortons de la petite salle du TNT déçus par "Un ange passe", mis en scène par Marie-Christine Orry et Anne Fisher, d'après "Le Bastringue" de Karl Valentin. Je me demande si le spectacle n'aurait pas été une réussite s'il avait duré une demi-heure de moins. Je reste tout de même séduit par l'énergie et le talent des comédiennes de l'atelier de formation du théâtre. J.-P. s'étonne que cette forme légère de spectacle soit à l'affiche du TNT.
Le lendemain, la représentation au théâtre Théâtre Sorano des "Morts joviaux", de Jean-Jacques Mateu, me parait autrement plus lumineuse que celle vue dans les murs trop blancs de la Chapelle Casanova au printemps dernier. Le public est essentiellement constitué de lycéens enthousiastes qui applaudissent à tout rompre entre chaque texte de ce patchwork aussi malicieux que macabre. Je m'émerveille devant les costumes de Joël Viala étincelants de mille éclats. À la fin, je me régale au cours de la relecture de la Cène par Dario Fo qui imagine la Mort demandant son chemin à Judas.



Photo: "Les Morts joviaux"

14/12/2006

14/12/06 - 16:06

Bong Joon-ho et moi

Je traîne M. au théâtre Garonne où nous suivons le parcours imaginé par la Needcompany, "Just for Toulouse". Les chansons amoureuses du duo Maison Dahl Bonnema me transportent d'emblée vers des horizons musicaux langoureux. M. est séduit par la gracile chorégraphie du "Porcelain Project", de Grace Ellen Barkey et Lott Lemm. Je lui fais remarquer qu'il faut avoir un penchant pour les bibelots pour apprécier un tel ballet de tasses et de coupes. Sur la scène du théâtre, O.H.N.O.P.O.P.I.C.O.NO., installation rock et vidéo de Jan Lauwers et Maarten Seghers, me laisse songeur. Nous renonçons à visiter Viviane de Muynck qui reçoit dans sa loge. Je montre à M. la tête de la comédienne dans le film vidéo projeté au bar. Nous terminons la soirée devant "Pink Narcissus" sur PinkTV.
Le lendemain, je rejoins C. au cinéma Utopia où "The Host", de Bong Joon-ho, me comble d'effroi et de plaisir mêlés. Je me dis que le cinéaste est bien cruel avec ses concitoyens écrasés par une médiocrité implacable. En sortant, C. m'avoue son envie subite de soupe chinoise.



10/12/2006

10/12/06 - 20:17

Anne Teresa de Keersmaeker et moi

Au TNT dans "D'un soir un jour", la relecture par Anne Teresa de Keersmaeker du "Prélude à l'après-midi d'un faune" de Nijinski est un instant de grâce inouïe comme je n'en avais encore jamais connu à la scène. La projection d'un extrait de "Blow up", de Michelangelo Antonioni, m'envoûte car elle succède à la folle reconstitution d'une scène du film par les danseurs.
Le lendemain, j'aperçois Jacques Nichet et Maurice Sarrazin parmi le public du Théâtre du Grand-Rond. J'apprécie la présence de Corinne Mariotto dans "Eugène le Choisi, une histoire européenne", de François Fehner. Je suis charmé par Thierry de Chaunac. J.-P. est d'accord avec moi pour regretter que cette pièce belle et subtile, à la fois intimiste et épique, souffre parfois d'effets démonstratifs appuyés. J.-P. reluque le joli barman à la sortie de la salle. Il m'avoue que le personnage du fils simplet et sexuellement frustré est tout à fait son genre de mec. Nous terminons la soirée devant "L'âge d'or du X" sur Paris Première.



Photo: "D'un soir un jour"

09/12/2006

09/12/06 - 16:48

John Cameron Mitchell et moi

"Le Triomphe du temps" me captive moins que la précédente création de Marie Vialle d'après d'autres mots de Pascal Quignard. Écrit cette fois pour la scène, le texte est trop abstrait pour me passionner. Je quitte le théâtre Garonne pour me poser avec M. sur la terrasse du Quinquina. Quand J.-P. débarque, M. part se coucher. J.-P. commente bruyamment la plastique des candidats à l'élection de Mister Grand Cirque en rapportant moult ragots croustillants. B. s'affiche grossièrement au bras d'un garçon charmant qui m'est inconnu, avant de disparaître aussitôt avec lui. Plus tard au Chic, nous ne nous éternisons pas à la première soirée Baccara fort courue par les ados. Sur le chemin du retour, J.-P. refuse de faire un saut au Shanghai.
Au cinéma Utopia, "Shortbus" débute par une scène comme j'en trouve à la pelle sur pornotube.com. Je me dis qu'il faudrait peut-être que je tente un jour aussi l'expérience. Je m'amuse beaucoup pendant le film de John Cameron Mitchell. Je suis conquis par le charme angélique de Jay Brannan. Enthousiasmé par ce qu'il vient de voir, J.-P. ne tient plus en place à la sortie de la salle. Il m'entraîne au Grand Cirque. Lola m'écrit au sujet du film : «Je l'ai vu c'est trop bien à condition de quitter la salle avant le dernier quart d'heure. Où es tu entre le 22 décembre et le 7 janvier ?».



Photo : "Shortbus"

07/12/2006

07/12/06 - 02:47

Pierre Matras et moi (2)

Le Moulin de Roques-sur-Garonne est investi par une nuée d'adolescents. Dans "La Cantatrice chauve", la mise en scène de Pierre Matras n'est pas assez débridée à mon goût. On y entend Lara Fabian chanter et une réplique de Brigitte Bardot tirée du "Mépris", mais cela ne comble pas ma soif d'irrévérence. Deux jours après la relecture des nouvelles de Copi par Alain Daffos, les mots de Ionesco me paraissent alors parfois désuets et anecdotiques. Dominique Lagier est toujours aussi incroyable à mon sens. Dans "La Leçon", je me délecte de l'art de jouer selon Denis Rey.
À la Halle aux grains le lendemain, le concert caritatif des Boudu les Cop's tarde à débuter. À leur entrée en scène, je relève aussitôt les platform boots de couleur turquoise de Bernadette. Je constate que le maire s'éclipse très vite. J'observe de temps à autre son premier adjoint, Françoise de Veyrinas, taper dans ses mains au rythme de la musique jusqu'à la fin de la soirée. Le jeune batteur m'excite terriblement derrière son masque et dans son pantalon et gilet de cuir noir qui laisse ses bras dénudés. J.-P. et M. désertent dès le spectacle terminé. Sorti du Grand Cirque, É. me raconte pendant une bonne partie de la nuit ses années 80 au Shanghai.



Photo : Boudu les Cop's

04/12/2006

04/12/06 - 02:40

Alain Daffos et moi

Coiffée d'une perruque austère, Aïda Sanchez interprète "Une langouste pour deux", courte nouvelle de Copi. Le soir de la première à la MJC Roguet, je ne sais pas trop si je dois rire ou plutôt m'apitoyer devant le tragique de la situation. Impassible, elle fixe de ses gros yeux le public silencieux. Je glousse de bonheur quand Alain Daffos et Jean Stéphane entrent en scène grimés en "Vieux travelos", blondes platines. Cette parodie de Copi qui détourne un conte africain par ailleurs utilisée dans le film "Azur et Asmar" de Michel Ocelot, me foudroie d'une jouissance inattendue. Je contiens mes rires pour ne pas gêner l'auditoire qui me semble bien sage. Pendant la lecture de "L'Autoportrait de Goya", j'éclate de rire alors que les quelques spectateurs présents commencent enfin à se dérider. Le potentiel comique d'Aïda Sanchez m'explose à la figure. "La déification de Jean-Rémy de la Salle" termine la soirée. Le texte me paraît fort savoureux malgré sa longueur. La mise en scène d'Alain Daffos m'enchante à force de trouvailles et de légèreté. En sortant, je raconte à É. que j'avais été séduit par son premier spectacle, "Madame l'abbé de Choisy", d'après les véritables "Mémoires de l'abbé de Choisy habillé en femme", repris à la Cave Poésie il y a deux ans.
Le lendemain à la Cinémathèque, je découvre pour la première fois "The Matrix". Je me pâme à n'en plus finir devant Keanu Reeves, plus excitant que jamais. Je réalise que mon vigile préféré n'est pas reparu ici depuis la fin du mois de juillet.



Photo : "The Matrix"

01/12/2006

01/12/06 - 18:44

Pascale Ferran et moi

Au cinéma Utopia, je m'abreuve des images de Pascale Ferran qui filme la nature avec une incroyable sensualité dans "Lady Chatterley". Je réalise que je suis aussi oisif que l'héroïne quand je m'exile à la campagne où j'aime flâner dans les bois. Les plans de Lady Chatterley parcourant la lande en solitaire m'émeuvent. Quand le garde-chasse apparaît, je ne m'identifie plus parce que je ne tombe pas amoureux de lui. Il n'est pas du tout le genre d'homme qui m'attire. Cela ne m'empêche pas de m'attacher avec ferveur à cette douce et passionnée histoire d'amour.
Le lendemain sur le chemin de la Halle aux grains, j'explique à D. que le dernier film de Woody Allen est un remake anglais de "Manhattan murder mystery", un de mes films préférés. "Scoop" m'a donc paru moins captivant que ce dernier, peu drôle et moins impressionnant que "Match Point", sa précédente oeuvre anglaise. Je décroche vite pendant le concert de Cesaria Evora. Elle chante les bras ballants, d'une manière si détachée que je m'en étonne, puis m'en désintéresse. À mi-concert, je la regarde fumer une cigarette assise à une table au centre de la scène, alors que ses musiciens meublent. D. semble ravi de la prestation. Je lui fais écouter quelques chansons de "Valérie Lemercier chante" dont il ignorait l'existence.



 

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

ENTENDU

"Minuit/Dix", Olivier Ducastel & Jacques Martineau. Par Laurent Goumarre, France Culture, 3 juin 2008. (50 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008