Pub



J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Le Coeur a ses raisons"
Je lis : Copi, "Une langouste pour deux" (Christian Bourgois, 1978/1999)
Je cite : «Je pense que Madonna est une grande imposture. C'est une fausse idole. Vous voyez l'épisode du Veau d'or, dans la Bible ? Et bien le Veau d'or, c'est Madonna.», Rufus Wainwright (Têtu, février 2007)
(mis à jour mardi 20 mai 2008 à 05:30)

29/11/2006

29/11/06 - 23:47

Christoph Marthaler et moi

Je rejoins C. déjà installée dans la salle du théâtre Garonne. Dès le début de "Enter the Ghost", de Marie-José Malis, je ne comprends pas que le vautrage d'un comédien fait partie de la pièce. Les ricanements de la troupe me gênent. Les comédiens fixent le public peu nombreux. Au premier rang, je me sens très inconfortablement installé. Les citations et les réflexions philosophiques se succèdent trop vite. Le propos me dépasse. Je me désintéresse du spectacle. Mes paupières s'alourdissent. J'attends avec impatience la fin. C. tripote son téléphone portable. Elle me quitte vite pour aller rejoindre son boy-friend.
Le lendemain, je m'amuse comme un fou avec M. au cours de la première représentation de "Winch only", de Christoph Marthaler. Parce que je n'avais pas lu le programme, je m'attendais à un spectacle musical et sérieux, construit autour d'extraits d'oeuvres lyriques. Je me retrouve devant une famille déjantée, quelque part entre l'univers des Monty Python et des Deschiens. Le père sort sa bite dès le début. La mère ne quitte jamais son sac en main. Les filles montre leur culotte. Au son d'une chanson de son idole, le fils exhibe en détail sa collection de 45 tours de Mireille Mathieu. Des spectateurs quittent la grande salle du TNT sans discontinuer. Les autres font un triomphe au spectacle. Au Grand Cirque, les garçons sexy pullulent. Je suis un peu hystérique à cause de la caféine des Coca Cola que je bois depuis la veille.


Photo : "Winch Only"

28/11/2006

28/11/06 - 04:05

Aki Kaurismäki et moi

Au cinéma Utopia, je suis bouleversé par Janne Hyytiäinen, acteur principal des "Lumières du faubourg" d'Aki Kaurismäki. Ses grands yeux bleus et ses lèvres charnues me séduisent. Le mutisme, la détermination, la vulnérabilité de son personnage me font frémir. La tragédie vers laquelle il glisse me bouleverse.
Le lendemain à Odyssud, "Tartuffe" de Molière, mis en scène par Marcel Bozonnet avec les comédiens de la Comédie française, me replonge dans les années de l'adolescence. Comme souvent avec les pièces incontournables de Molière, je m'étonne de la familiarité que j'éprouve à entendre certaines tirades, comme si je les avais lues la veille. Pendant la représentation, je reconnais Pierre-Louis Calixte, qui interprète le rôle de Cléante, pour l'avoir apprécié dans le brillant film d'Alain Guiraudie, "Ce vieux rêve qui bouge", puis la dernière oeuvre du cinéaste, "Voici venu le temps".



17/11/2006

17/11/06 - 19:01

Anne Fontaine et moi

Au TNT, le premier acte des "Barbares" de Maxime Gorki, mis en scène par Éric Lacascade, me paraît bien sage et propre. Je réveille J.-P. quand le spectacle décolle enfin à mi-parcours dans une scène magistrale de ripaille. Mon intérêt rechute au cours du dernier acte face à la pauvreté du texte.
Le lendemain, M. m'entraîne au théâtre Jules-Julien où les comédiens et les mots de "Manque", de Sarah Kane mis en scène par Monique Demay, me happent sans faillir pendant plus d'une heure. Au Bear's, S. me réclame des nouvelles de Lola. Jean-Christophe Dardenne affiche fièrement ses origines gersoises face à M. qui n'avait jamais entendu parlé de la chose. J'ingurgite des rondelles de saucisse sèche pendant que les deux anglais font connaissance. À l'ABC, je suis aux anges dès les premières scènes de "Nouvelle chance", d'Anne Fontaine. Je suis en joie quand je réalise que ce film est la suite d'"Augustin roi du kung-fu" que je revois toujours avec bonheur. Le personnage d'Augustin me fait mourir de rire. Je trouve Danielle Darrieux radieuse. Je m'amuse de voir Arielle Dombasle interpréter son propre rôle. J'explose de rire quand Jack Lang débarque à l'écran !



15/11/2006

15/11/06 - 02:45

Claude Degliame et moi

À Odyssud, "Anna Karenine" m'en met plein les yeux. Le ballet de Boris Elfman, d'après Tolstoï sur des musiques de Tchaïkovski, est tellement baroque et magistral que j'en suis ébloui. Les changements de costumes sont si fréquents que cela en devient kitsch, mais j'adore ! M. exprime sa perplexité face à certaines acrobaties qui n'ont, selon lui, rien à voir avec de la danse.
Le lendemain, les lumières de la salle de l'atelier du théâtre Garonne ne sont pas éteintes lorsque Claude Degliame apparaît. Elle grimpe sur la passerelle qui sépare les deux gradins de spectateurs face à face. Elle est vêtue de noir, porte des lunettes noires sur les yeux. Dès les premiers mots de "Emmène-moi au bout du monde !...", de Blaise Cendrars, adapté et mis en scène par Jean-Michel Rabeux, je savoure son jeu. J'attends beaucoup de ce spectacle pour en avoir lu maints éloges dans la presse. Le récit des frasques sexuelles du personnage de vieille comédienne qu'elle interprète me réjouit d'emblée. J.-P. glousse. Il sursaute quand la passerelle bascule. La comédienne rayonne. Je l'applaudis vivement. Débarrassée de son personnage, elle semble embarrassée de saluer le public qui la rappelle.


Photo : "Emmène-moi au bout du monde !..."

12/11/2006

12/11/06 - 16:04

Hayao Miyazaki et moi (2)

Sur le quai de la Daurade, je m'installe avec M. au bord de la Garonne face au coucher du soleil. Derrière le dôme de la chapelle de l'hôpital La Grave, nous observons la lumière décliner dans le ciel qui passe du mauve à l'orange. Je m'attarde sur la silhouette des passants qui arpentent le pont des catalans à contre-jour. Plus loin quand la nuit est tombée, M. se pose des questions au sujet d'un genre de phallus géants et lumineux érigés vers le ciel au cœur de la prairie des Filtres. Au cinéma Utopia, "Nausicaä de la vallée du vent" me fait frémir, un peu comme si j'étais devant Dune ou bien un épisode de Star Wars. L'esthétique et la musique du film de Hayao Miyazaki me paraissent être le pur produit du début des années quatre-vingt. L'histoire m'attrape et je retombe en enfance. De retour chez moi épuisé et heureux après tant de belles émotions, je m'effondre sur mon lit et m'endors sans tarder.



09/11/2006

09/11/06 - 01:55

Katerine et moi

Le soir d'Halloween au Bear's, D. réalise qu'un bar gay du nom de Zanzibar existait là naguère. A. découvre à la fois l'endroit, puis le clip, la musique et le chanteur de "Louxor j'adore" qui le laissent perplexe. À s'en rompre les cordes vocales, B. donne de la voix sur la chanson de Katerine. Après l'erreur de casting du Chic envahi d'adolescents hétérosexuels, B. me traîne au Shanghai où je n'ai pas mis les pieds depuis au moins quatre ou cinq ans. J'y croise avec joie les mêmes folles tordues que naguère. J'y apprécie les nouvelles toilettes où uriner le nez devant un film porno est inévitable. Dans la salle vidéo, le nouvel écran 16/9e déforme et élargit les bites des acteurs de pornos.
Sous le chapiteau de la Grainerie de Balma, "Le Palais Nibo et ses pensionnaires" débute par un strip-tease cycliste et viril fort alléchant. La compagnie des Têtes en l'air cultive l'art des temps morts et je reconnais la figure de M. Hulot derrière le grand dadais qui jongle avec un escargot. Pendant la projection d'un sketch peu convaincant à mes yeux, J.-P. est tout excité de reconnaître à l'image La Poste de Saverdun, en Ariège. Un rock velu, durant lequel une danseuse ingurgite nerveusement une pomme, me réjouit. Un défilé déjanté de créatures préhistoriques portant des fourrures termine de me rendre euphorique. J.-P. a du mal à garder son calme après un tel spectacle.



 

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

ENTENDU

"Minuit/Dix", Olivier Ducastel & Jacques Martineau. Par Laurent Goumarre, France Culture, 3 juin 2008. (50 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008