J'écoute : "Séries Télé : l'Amérique en 24 épisodes", une histoire des séries télévisées américaines par Benoît Lagane et Eric Vérat, France Culture, du lundi au vendredi de 22h30 à 23h00
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Desperate Housewives"
Je lis : John Giorno, "Il faut brûler pour briller" (Al Dante, 2003)
Je cite : «Oh, je vole à droite et à gauche. Tant et si bien que ça devient original. L'allure de Wisteria Lane vient directement d'"Edward aux mains d'argent". "Sunset Boulevard" m'a donné l'idée du narrateur mort. En télé, je me suis inspiré de "Sex and the City" et "Six Feet Under" et de tout le travail de son créateur Alan Ball », Marc Cherry à propos de "Desperate Housewives", Libération (08/09/05)
(mis à jour dimanche 24 août 2008 à 09:57)

06/12/2005

06/12/05 - 02:39

Alain Béhar et moi

Sous la Tente du Théâtre Garonne, après "Pentatonique (performance pour cinq interprètes)" de Georges Appaix, Bruno frétille de jalousie devant les fameuses lunettes à montures blanches, siglées Christian Dior, arborées par Simone Dompeyre. Pendant le spectacle suivant, "Des Fins (épilogues de Molière)" d’Alain Béhar, il ne tient plus en place lorsqu’un jeune blondinet tombe le pantalon, et tout le reste. Tour à tour, chacun des comédiens du sexe fort fait de même à un moment ou un autre du spectacle. A chaque fois, la salle remplie de lycéens bruisse d’un brouhaha de consternation. A l’aide d’une note détaillée récupérée à l’accueil, je me guide dans le déroulé des fins de chacune des 33 pièces de Molière présentées dans un ordre rigoureusement chronologique. Je me réjouis d’assister à un joyeux bazar organisé par un metteur en scène qui s’emploie méthodiquement à montrer tout ce qu’on ne voit jamais dans une mise en scène d’une œuvre de Molière. Certains comédiens sont en costume, d’autres ne le sont pas. Le blondinet débarque dans une robe d’époque non ficelé, laissant ainsi découvrir son dos jusqu’à la naissance des fesses, puis jusqu’aux cuisses lorsque la robe glisse de ses épaules. Peu à peu, des spectateurs quittent la salle. Le petit chat mort de "L’Ecole des femmes" est un morceau de viande rouge exhibé du bout des doigts. La salle continue de se vider au fur et à mesure que les fins s’enchaînent sans fin. A la fin du "Malade imaginaire", il ne reste plus que les premiers rangs pour acclamer la troupe. Bruno s’agite frénétiquement en sautillant sur son siège. Dans sa voiture, il m’explique que le spectacle n’aurait eu aucun intérêt si les comédiens ne s’étaient pas déshabillés.



commentaires

06/12/05 - 11:01

merci, grace à ce post je viens d'avoir des nouvelles de Julien, le jeune blondinet en question!

08/12/05 - 02:12

c'est trop mignon !

15/12/05 - 22:08

C'est rock'n roll, dites-moi, le théâtre, à Toulouse ! ^^

24/12/05 - 14:38

C'est vrai que c'était très agréable, tous ces charmants comédiens à poil, mais tu exagères peut-être un peu en disant que c'était le seul intérêt du spectacle hmm.

27/12/05 - 23:36

merci pour vos commentaires les gars

fanchwann, attention ce n'est pas moi qui dit cela : je rapporte les propos de mon interlocuteur et cela n'a rien à voir avec mon avis...

30/12/05 - 16:50

Pardon j'avais mal lu! et quel est ton avis? ça m'intéresse!

31/12/05 - 13:11

J'ai beaucoup aimé, à la folie. J'ai pas vraiment compris la réaction des gens qui quittaient la salle les uns après les autres (peut-être s'attendaient ils à voir une pièce de Molière, du début jusqu'à sa fin...). J'ai trouvé ce spectacle vraiment jubilatoire, plein de fantaisie, pas prétentieux mais ludique. J'ai vu cela comme un jeu, et je me suis beaucoup amusé, même si parfois le temps est un peu long...

Dans quelle ville as-tu vu le spectacle ? (et quel soir si c'était à Toulouse ?) Comment la salle a réagi ? Tu en as pensé quoi ?

02/01/06 - 14:57

Ben moi je l'ai vu à Marseille, où la salle était beaucoup plus calme que dans certaines autres villes, si j'ai bien compris le truc. A Marseille, la pièce a eu un bon accueil je crois. Le soir où j'y étais, peu de gens sont partis! Et le public avait l'air content... Et fatigué par autant de bordel ininterrompu! Enfin moi en tout cas j'étais un peu étourdie... Moi j'adore aussi, j'ai déjà vu d'autres trucs que faisait Alain Béhar et je suis à fond! Pour les gens qui s'en vont, ça dépend des publics: je crois qu'il y en a qui s'attendent comme tu dis à voir une pièce de Molière et là... A mon avis, y'a aussi que si t'accroches pas, c'est dur de tenir jusqu'au bout. Certaines personnes ne supportent pas de ne pas trop comprendre, peut-être. Enfin moi j'ai trouvé que des fois c'était un peu acide, ça me mangeait un peu le cerveau mais c'est ça qui est bon: je me suis bien marrée. Il y avait aussi des vagues très agréables, ça faisait un peu comme un espèce de ballet rock'n'roll. Et puis les comédiens étaient chouettes franchement.

03/01/06 - 22:46

en fait, dans le public, le soir où j'étais présent, il y avait beaucoup de lycéens visiblement pas prêts ni préparés à ce qu'ils allaient voir. Ils étaient très bruyants, d'ailleurs !

19/01/06 - 18:47

Merci à ce post qui m'a moi aussi permis d'avoir des nouvelles de benjamin!
Merci pour tous ces petis commentaires fort sympathiques aussi bien sûr.
Pour information et histoire de faire un peu de pub nous jouons encore le 20 à Clermont l'herault, du 23 au 25 à Montpellier et le 27 à Perpignan.
Par ailleurs - hormis le côté émoustillant que je peux comprendre, je dois avouer que toute l'équipe et moi même d'ailleurs sommes surpris de l'importance que prend la nudité dans les retours des spectateurs et/ ou des journalistes, alors qu'en tout et pour tout sur 2h3O de spectacle il y a peut être 5 minutes où l'on peut effectivement voir des corps nus. Elle n'est posée que comme un signe passager, parmi beaucoup d'autres, et qui ne mérite pas je crois l'importance qu'on lui donne. D'autant que si on devait la considérer autrement alors il faudrait dire que c'est un peu un thème éculé dans le théâtre et l'art contemporain en général et qu'elle y est certainement mieux traité ailleurs pour elle même- esthétiquement parlant j'entends!
D'autre part c'est vrai que dans l'idéal nous aurions aimé atteindre une durée frolant plus les 2h10 - 15 que les 2h30 mais bon les choses sont ainsi et je crois que la longueur et donc le décrochage qu'il peut impliquer font partie intégrante du spectacle: le principe même de représenter toutes les fins de Molière implique un e donnée répétitive incompressible. Ceci dit il était prévu de laisser toutes les portes ouvertes avec le bar du theatre de facon à ce que les spectateurs puissent s'ils le souhaitaient sortir et revenir à leur guise... mais les directeurs de théâtre et les contraintes d'espace notamment n'ont pas rendu la chose vraiment réalisable.
Voilà alors - à part peut être pour Bruno qui a vécu le spectacle autrement, merci à tous d'avoir été réceptifs à cette proposition et d'avoir été assez ouverts pour pouvoir en goûter la saveur.

bises à tous

21/01/06 - 04:09

merci Julien, et bonne route...

25/01/06 - 13:49

les propos du dit Bruno ont semble-t-il été "in"volontairement résumés et réduits .... et, cela aidant, le fond de sa pensée un peu galvaudé !
il n'en reste pas moins que ce dernier restera marqué à jamais par la croupe insolente et la démarche ingénue du "jeune blondinet" : Julien pour ne le point oublier ...

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ENTENDU

"Le Rendez-Vous" :
Christophe Honoré, Alex Beaupain et Gilles Taurand.
Par Laurent Goumarre,
France Culture, mercredi 17 septembre 2008.
(45 mn)

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

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La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008