J'écoute : "Séries Télé : l'Amérique en 24 épisodes", une histoire des séries télévisées américaines par Benoît Lagane et Eric Vérat, France Culture, du lundi au vendredi de 22h30 à 23h00
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Desperate Housewives"
Je lis : John Giorno, "Il faut brûler pour briller" (Al Dante, 2003)
Je cite : «Oh, je vole à droite et à gauche. Tant et si bien que ça devient original. L'allure de Wisteria Lane vient directement d'"Edward aux mains d'argent". "Sunset Boulevard" m'a donné l'idée du narrateur mort. En télé, je me suis inspiré de "Sex and the City" et "Six Feet Under" et de tout le travail de son créateur Alan Ball », Marc Cherry à propos de "Desperate Housewives", Libération (08/09/05)
(mis à jour dimanche 24 août 2008 à 09:57)

15/08/2005

15/08/05 - 23:42

Ziagen et moi

Dans ma boîte aux lettres, je trouve une carte postale du Québec signée par Arnaud et David. Ils sont rentrés trois jours plus tôt sans même s’y être mariés. Dans une seconde lettre, je trouve une page du Monde qui m’avait échappée. Il y est évoquée l’histoire d’un tube de l’été 1986 : "En rouge et noir", de Jeanne Mas. En parcourant ces lignes, j’oublie quelques instant le mal de crâne et la fatigue qui me terrassent depuis la veille. Une page blanche signée "C." accompagne la coupure. Je reconnais l’écriture de Christophe. J’appelle Joël pour lui expliquer que je ne suis pas en état d’aller le voir malgré son agonie digne des plus grands mélos hollywoodiens. Au téléphone, mon médecin du Smit me conseille d’arrêter la trithérapie débutée dix jours plus tôt. Elle m’envoie consulter un généraliste pour déterminer l’origine de ma fièvre. Je finis par trouver un médecin. Il diagnostique une angine semblant exclure tout risque d’allergie à Ziagen, une des molécules de ma trithérapie. Je repars avec un antibiotique sous le bras. Quelques Efferalgan alternés avec des comprimés de Nurofen me permettent d’évoluer sans aucune gêne. B., David, Arnaud, puis J.-P. et Franck me rejoignent chez moi. Nous dînons à la Pastasciutta. Je leur raconte qu’un homme de 60 ans a été assassiné d’un coup de table en bois sur la tête, puis détroussé (d’après La Dépêche du midi) par un type qu’il avait ramené chez lui après l’avoir approché au Grand Cirque. Je détaille mon curieux plan cul de la semaine dans le parc de l’île du Ramier. Arnaud explique que son chat est sous antibiotique. Il lui prend régulièrement la température. Franck lui demande s’il met le thermomètre dans « son trou ». Plus tard, J.-P. a du mal à retenir des gloussements lorsque Franck met la main à la pâte pour ingurgiter un gros morceau de pizza plié en deux. Je n’en crois pas mes yeux lorsqu’il emballe le reste dans deux serviettes et insère le tout dans sa petite sacoche. Nous retournons chez moi. B. nous quitte en direction du parc de l’île du Ramier. Franck me filme avec son téléphone portable pendant que je danse avec J.-P. sur "L’Amour c’est comme une cigarette". Il ne veut pas prendre la pose avec le paréo JPG-Têtu. A la Hot Pepper, je parle, et je parle encore. Je parle beaucoup de cul. Je finis par dire un peu n’importe quoi, en baillant.

commentaires

16/08/05 - 14:05

Il est préférable de prendre son ziagen avec une part de pizza pliée en deux en s'attendant à faire à peu près tous les symptômes d'allergie les uns après les autres, plutôt que deux en même temps de ceux listés sur la carte à porter sur soi en permanence. A San Francisco, j'ai connu un vieux sida comme nous qui avait la garde d'un chat diabetique - dont la pension et les frais médicaux étaient régulièrement versés par un lointain co-parent gai : chaque semaine, il allait chercher des kits d'injection stériles au centre communautaire d'échange de seringues de son quartier. Comme nous, Simon the cat continue d'aller bien.

16/08/05 - 14:24

Je viens juste de découvrir ton blog. Une perle. Merci.

16/08/05 - 19:22

Jusqu'à présent, votre blog avait une certaine tenue, cher Jérôme. Et je vous imaginais fin, cultivé, allant de cinémathèques en backrooms et de films undergrounds en pièces de théâtre avant-gardistes... Mais alors là, je suis navré: quoi, vous dansez sur "L'amour, c'est comme une cigarette" ?! Et en paréo JPG?! C'est absolument navrant ...
Par ailleurs, vous ne nous donnez pas la réponse: en définitive, comment Arnaud fait-il pour prendre la température de son chat? Hein? Hein?!

16/08/05 - 19:23

P.S. Ainsi donc, ce (cette?) Lola va à San Francisco pour voir des chats diabétiques ? Etonnant(e) Lola ! Décidément il (elle) aime les animaux - félins ou batraciens !

16/08/05 - 23:58

lola : "vieux sida" toi-même, eh oh !!!

Micka'elle : merci, à bientôt peut-être...

giffin : vous êtes aussi drôle sur votre blog que dans vos commentaires. Arnaud & David forment un couple fidèle et exclusif, mais il se lâchent en contrepartie sur ce pauvre chat dont l'anus est effectivement soit disant régulièrement irrité. Une autre question ? Ah, j'oubliais : il s'appelle Candy.

17/08/05 - 17:13

Non, GANDY. D'ailleurs, il va beaucoup mieux et nous ne lui prenons plus la température. Merci pour lui.

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ENTENDU

"Ca me dit l'après-midi", Alfredo Arias.
Par Frédéric Mitterrand,
France Culture, samedi 15 septembre 2007. (120 mn)

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008