J'écoute : "Séries Télé : l'Amérique en 24 épisodes", une histoire des séries télévisées américaines par Benoît Lagane et Eric Vérat, France Culture, du lundi au vendredi de 22h30 à 23h00
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Desperate Housewives"
Je lis : John Giorno, "Il faut brûler pour briller" (Al Dante, 2003)
Je cite : «Oh, je vole à droite et à gauche. Tant et si bien que ça devient original. L'allure de Wisteria Lane vient directement d'"Edward aux mains d'argent". "Sunset Boulevard" m'a donné l'idée du narrateur mort. En télé, je me suis inspiré de "Sex and the City" et "Six Feet Under" et de tout le travail de son créateur Alan Ball », Marc Cherry à propos de "Desperate Housewives", Libération (08/09/05)
(mis à jour dimanche 24 août 2008 à 09:57)

29/06/2005

29/06/05 - 20:05

Romain Duris et moi

Filmer Romain Duris comme le fait Jacques Audiard dans " De battre mon cœur s’est arrêté " me laisse songeur. Je ne l’ai jamais vu aussi beau à l’écran. Au début du film, mon regard fixe une poignée de poils noirs émergeant de sa chemise blanche entrouverte. J’ai très envie d’en voir davantage. Plus loin, son torse dénudé et velu révèle un corps massif et sculpté par le sport. Dans une autre scène, il est nu, de dos, assis devant un piano dont il tire quelques notes sous une lumière ocre et diffuse.
Dans " Les Poupées russes ", Romain Duris perd tout son potentiel érotique. Il est aussi palot ici qu’il est sexué chez Audiard. Son personnage est désespérant et je m’emmerde dès que l’action quitte Paris. Il n’y a là que des trentenaires qui ne pensent qu’à s’accoupler, convoler en juste noce, puis pondre des mômes. Je sors écoeuré par tant de clichés superficiels et béats, sans parler des effets de mises en scène horripilants. Ces derniers temps, j’en ai un peu marre de voir au cinéma autant de trentenaires pleurnichards, des caricatures de petits bourgeois largués qui n’aspirent qu’à un conformisme ennuyeux. Je suis déjà effrayé à l’idée qu’une suite nous soit livrée dans un lustre ou deux.
Quelques jours plus tard, je ne résiste pas à la tentation de revoir Romain Duris interpréter " La chanson de Lola " dans " 17 fois Cécile Cassard " à la télévision. En pleine nature quelque part au bord de la Garonne, le slip rentré dans les fesses, il chante et danse sous le regard amusé de Béatrice Dalle. Dans le film, elle arpente les allées ombragées du cimetière de Terre-Cabade que je traverse aussi, été comme hiver, assidûment. Filmée par Christophe Honoré, Toulouse n’a jamais été aussi belle et douloureuse au cinéma, saignée à vif au matin du 21 septembre 2001. Les ravages de l’explosion éclaboussent l’écran. Reconnaître Julien Collet dans les bras de Romain Duris me réconforte. Encore étudiant, je m’étais identifié à lui dans " L’histoire du garçon qui voulait qu’on l’embrasse ", de Philippe Harel.
Je découvre enfin " L’Auberge espagnole ". Je suis vite horripilé par la voix-off qui décrit inlassablement ce que l’on voit déjà à l’écran. L’accent catalan me refile une grosse nostalgie de l’Espagne où je n’ai pas mis les pieds depuis un an. Je trouve cet épisode moins catastrophique que sa suite. Je suis même plutôt amusé quand il emprunte les codes de la comédie burlesque. Mais je me demande encore où est passé le Klapisch du " Péril jeune " et de " Chacun cherche son chat ".



commentaires

29/06/05 - 20:11

Je n'ai pas vu « 17 fois Cécile Cassard », même si, depuis la puberté, j'aime la bouche de Béatrice Dalle. Pour le reste, j'adhère totalement à votre propos et à vos ressentis, mon cher Jérome.
Une remarque, en prolongement: vous écrivez "Ces derniers temps, j’en ai un peu marre de voir au cinéma autant de trentenaires pleurnichards, des caricatures de petits bourgeois largués qui n’aspirent qu’à un conformisme ennuyeux. ": j'ai l'impression que l'on retrouve cette même tendance dans d'autres arts, notamment dans la chanson française et dans la publicité.

29/06/05 - 20:14

Je suis à la fois d'accord et pas d'accord: d'accord avec les constatations, pas d'accord avec les conclusions. Le conformisme idéologique des "Poupées russes" ne me gêne pas et je trouve le film infiniment plus inventif et tonique (filmiquement parlant) que "L'Auberge espagnole", trop typique film d'ados. Il est vrai que Duris est bcp plus érotisé dans le film d'Audiard, mais je trouve ce regard un rien complaisant. Bref, nous sommes gênés par des maniérismes différents...

30/06/05 - 23:38

Pas vu ces films à l'exception de l'auberge espagnole que j'ai trouvée gentillet, sans plus.
On dirait que si Duris ne montre pas son potentiel érotique le film est ennuyeux...Je sais que ça compte, le sex appeal, mais je me demande si Duris doit tourner que des films où l'on voit ses poils...
D'autre part, à partir de 30 ans il est courant que les hétéros envisagent de faire des enfants et donc de se caser. Presque tous mes amis hétéros l'ont fait, même si c'est pour se séparer 10 ans après. ça ne nous parle pas, ça nous rejette, ça nous indiffère, mais c'est une réalité.

01/07/05 - 15:05

Griffin, et la bouche d'Emmanuelle Béart, vous en pensez quoi ?
Pour la chanson, vous pensez à qui en particulier ?

hugoindigo, pour info, on voit la (grosse) bite et le cul de Duris dans "Les Poupées..." et son cul aussi d'ailleurs dans "L'Auberge..." mais son personnage est tellement pas intéressant que cela ne suffit pas pour le rendre désirable à mes yeux. C'est une question de regard sur un personnage par un cinéaste auquel je suis sensible ou pas, mais aussi d'histoire et de scénario, de mise en scène : en bref, une alchimie, un univers dans lequel interfèrent beaucoup de facteurs.

01/07/05 - 22:54

Chez Audiard, la dimension psychologique du personnage qu'incarne R. Duris est à mon avis nettement plus dense que chez Klapisch. Ses désirs et ses angoisses y sont définis et travaillés. Cela lui donne alors une personnalité d'envergure. Dans les poupées russes, le personnage apparait certes sympathique mais finalement bien ordinaire.

02/07/05 - 00:28

Et c'est peut-être en partie pour cela qu'il récolte en général la sympathie des spectateurs (la salle était conquise!)

02/07/05 - 00:31

Comme quoi, mieux vaut se taire quand on n'a pas vu les films dont on parle;-)

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ENTENDU

"Le Rendez-Vous" :
Christophe Honoré, Alex Beaupain et Gilles Taurand.
Par Laurent Goumarre,
France Culture, mercredi 17 septembre 2008.
(45 mn)

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
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La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
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La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008