16/06/2005La gay pride et moi (2)Samedi, je suis épuisé. Je rentre de la campagne où j’ai à peine eu le temps de récupérer de tant de nuits trop courtes. J’y serais bien resté dormir tout le week-end. C’est le jour de la gay pride, mais je n’ai pas envie de voir qui que ce soit. Bruno et Joël cherchent à me joindre depuis la veille pour planifier la soirée. Echaudé par les deux éditions précédentes qui furent des fiascos, je me force pour aller voir ce qui se passe en ville.
Je rejoins la marche à l’entrée de la rue Alsace-Lorraine. Alain et Ronald sont les premières connaissances que je croise. Domi est venu avec son frère. Jean-Christophe a mobilisé une armée de pom-pom-boys affublés de tee-shirts à l’effigie de son commerce. Place du Capitole, je papote un long moment avec Michel. Il est venu de Biarritz où il dit s’ennuyer beaucoup l’hiver. Depuis la décapotable Hot Pepper, Olivier nous tend une cannette d’energy drink ciglée de la fameuse soirée. Du char du Bear’s, des gadgets jaillissent vers la foule comme dans une caravane du Tour de France. Pendant les discours des organisateurs, de toute façon inaudibles, les agitateurs gays du collectif Q continuent de hurler dans leur misérable porte-voix. A l’heure de la minute de silence à la mémoire des victimes de l’épidémie de sida, ils foutent le bordel, sans complexe. Je prends soin d’expliquer à tous mes interlocuteurs que ces gens ont mis la gay pride locale au plus bas l’année passée. La marche se remet en branle. Sur le char de tête, à la montpelliéraine, Stéphane Corbin est un poil trop hystérique à mon goût. Sur un trottoir de la rue d’Alsace, un vieux passant crie au fascisme. Arnaud, David et Bruno font une brève apparition. Bruno a chaussé une paire de lunettes de star hollywoodienne ménopausée. Sur les quais de la Garonne, Joël surgit de nulle part. Place de la Daurade, Arnaud, David et Bruno sont déjà attablés à la terrasse d’un limonadier. J.-P. et son acolyte font le tour des stands. Comme Bruno, il flashe sur un peignoir Men-eXpress très coloré. Au stand d’Act up, je me fournis en documentation médicale en écoutant Guy Molinier me parler du démantèlement de l’hôpital de la Grave. Deux tentes plus loin, Christian le Bars souhaite connaître mon avis sur sa mise en scène de textes de Walter Benjamin lus par René Gouzenne et Anne-Marie Camus, à la MJC Roguet la semaine dernière. Je n’ose pas lui dire que j’en suis sorti assommé par l’ennui et par l’absence de climatisation. Il me demande si je n’ai pas trouvé cela trop long, comme certains le lui ont fait remarqué. Je lui confirme la chose. J’évite soigneusement l’étal de Mec’s Magazine. Au stand de l’Auberginal, un dessinateur du Tarn-et-Garonne me confie son premier album de bande dessinée gay. Didier Genty me dit que Hussein Bourgi a compté plus de 2000 personnes dans la manifestation.
Je quitte les lieux avec Hervé. Nous prenons l’apéritif à l’Almodo’bar. Il me raconte son séjour à Singapour où il s’est tapé 14 personnes, dont un travlo et une fille, en 20 jours. Il me dit que les blonds aux yeux bleus et à la peau blanche y sont l’idéal masculin. Il veut y retourner dès qu’il le pourra. Je rentre chez moi rassasié, heureux de mon après-midi et du succès de la marche. Tous les sourires croisés m’ont donné la pêche, mais j’ai besoin de faire une pause. Je dédaigne les propositions de dîners au restaurant. Je prends une douche et j’ingurgite un énorme plat de pâtes pendant que Jeanne Mas chante " En rouge et noir " sur TF1.
Je pars retrouver Joël à l’Almodo’bar. Sur le chemin, je croise B. qui me propose de m’y accompagner après avoir reconduit sa cour les uns après les autres chez eux. Arrivés sur place, Joël n’est plus là. Je le retrouve devant la porte des chiottes de la Hot Pepper, au Kléo. Il y fait une chaleur étouffante. La foule se densifie à chaque minute. Comme de coutume, B. me lâche vite pour aller s’encanailler ailleurs, sur l’île. Je papote longuement avec Alain et Ronald au frais, sur le sable blanc en bord de Garonne. Je remarque que Sicklysweet est dans la place. Je me fais déposer devant le Grand Cirque. A l’entrée, je félicite Philippe pour son char. Je lui certifie que c’était le plus beau de tous.

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| ENTENDU
"Ca me dit l'après-midi", Alfredo Arias.
Par Frédéric Mitterrand,
France Culture, samedi 15 septembre 2007. (120 mn)
LU
Jarman en son jardin
Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise
Par Gérard Lefort
Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»
Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr
(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.
Libération,
mercredi 26 mars 2008
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16/06/05 - 19:55
Tu n' as pas abordé Sicklysweet ?
Je t ' ai déjà dit que ton ecriture me rappelle Candace Bushnell? (la journaliste dont les editos ont servis d ebase pour sex and the city )
pheel