J'écoute : "Séries Télé : l'Amérique en 24 épisodes", une histoire des séries télévisées américaines par Benoît Lagane et Eric Vérat, France Culture, du lundi au vendredi de 22h30 à 23h00
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Desperate Housewives"
Je lis : John Giorno, "Il faut brûler pour briller" (Al Dante, 2003)
Je cite : «Oh, je vole à droite et à gauche. Tant et si bien que ça devient original. L'allure de Wisteria Lane vient directement d'"Edward aux mains d'argent". "Sunset Boulevard" m'a donné l'idée du narrateur mort. En télé, je me suis inspiré de "Sex and the City" et "Six Feet Under" et de tout le travail de son créateur Alan Ball », Marc Cherry à propos de "Desperate Housewives", Libération (08/09/05)
(mis à jour dimanche 24 août 2008 à 09:57)

05/05/2005

05/05/05 - 22:42

Claude Bardouil et moi

Ce soir-là, il y a peu de monde dans le hall du théâtre Sorano. Claude Bardouil me serre la main. Il me dit qu’il a un peu peur. Dehors, le grand parking délimité par les allées Jules-Guesde est fermé, des hommes s’affairent autour de voitures de sport. Il fait une chaleur estivale, je transpire. L’attente se prolonge, je suis impatient. Les créations collectives de Claude Bardouil ont changé mon regard sur le théâtre. Il y a trois ans, j’étais sorti euphorique des "Innocents". Je me souviens en avoir parlé à tout le monde pendant plusieurs jours. J’avais pris une claque. Cela ne ressemblait à rien de ce que j’avais vu jusque-là, mais je n’avais pas vu grand-chose, alors. Enfin, il invite tout le monde à entrer dans la salle. Il prend la parole pour demander de ne pas applaudir à la fin de ce filage d’"Electre", de Sophocle. Le dernier spectacle que j’ai vu est "Le Sang des Atrides", adapté de l’"Orestie" d’Eschyle par Jean-Michel Rabeux, sur cette même scène. Ce sont les mêmes personnages racontés par deux auteurs grecs, mis en scène par deux artistes aux univers très personnels et extrêmes. Les techniciens son et lumière sont installés au milieu de la salle. Quand la lumière éclaire la scène, Fabrice Cazenave se tient au milieu. Il est devant un micro, torse nu. Ses poils sont taillés. Sa nuque est un peu rouge, il sort sans doute de chez le coiffeur. Son dos fraîchement épilé est encore parsemé de pigments rouges qui contrastent avec la blancheur de sa peau. Il porte un pantalon blanc. En guise de décor, le plateau est délimité par une toile blanche. Tous les comédiens sont habillés de blanc. Au fur et à mesure que se déploie la pièce, cette blancheur se tâche de rouge. Le sang gicle sur les visages et les corps qui se heurtent. Les comédiens entrent en crise, pleurent, hurlent, s’enlacent. Je suis bouleversé. Quand la lumière revient dans la salle, la scène est déjà vide. Dans le hall, les boissons ne sont pas fraîches. Je rentre chez moi en traversant le centre-ville par les places Sainte-Scarbes, Saint-Etienne et Saint-Georges. Les terrasses des cafés sont pleines.



commentaires

05/05/05 - 22:48

Je ne sais pas (au juste) ce que tu fais dans la vie mais tu sembles vraiment introduit dans un univers culturel riche et, semble-t-il, avant-gardiste. Quelle chance tu as !
Peux-tu en dire un peu plus sur ce metteur et surtout sur la pièce: t'a-til parlé de son projet, de ses intentions de mise en scène? Et ce sang: d'ou vient-il et comment fait-il pour souiller toute cette blancheur ?

05/05/05 - 22:53

"introduit", je le suis "vraiment", comme tu dis...
en cliquant sur le lien "Sorano", en première ligne, tu accèdes à un texte du metteur en scène sur son travail sur ce texte. Je t'envoie le dossier si tu le souhaites

05/05/05 - 23:03

M'enfin, Jérôme, il n'y avait pas un gramme de sous-entendu scabreux dans mon propos. Vraiment!
Quant à mes questions sur le réalisateur et sur la mise en scène, je vais d'abord cliquer sur le lien que tu m'indiques.

06/05/05 - 00:07

Puisqu'il y en a que cela intéresse, le dossier de presse et d'autres infos sur ce spectacle sont en ligne à cet autre adresse : http://...

07/05/05 - 00:52

Je ne suis allé qu'une seule fois au Sorano, il y a longtemps, pour un mauvais Ruy Blas. Mais la programmation semble plus intéressante maintenant. Ils prennent plus de risques apparemment.

08/05/05 - 14:15

Cher Cadence, ce spectacle est en fait programmé dans le cadre de la saison du théâtre de la Digue, hors les murs pour travaux. Idem pour "Le Sang des Atrides", hors les murs du Théâtre Garonne. Quant au Sorano, la direction a changé plusieurs fois ces dernières années, c'est une programmation plus populaire mais néanmoins débridée et inventive.

10/05/05 - 03:54

(Aparté: Ambiance étrange, j'aimerais pouvoir te la piquer, mais je n'arrive pas a la saisir totalement)

15/05/05 - 15:49

je suis bien content de voir que tu as aimé le spectacle..................

15/05/05 - 20:45

merci Fabrice pour ton message. Es-tu le comédien de ce spectacle ?

16/05/05 - 15:31

oui....

16/05/05 - 17:34

alors BRAVO ! J'ai appris récemment que tu étais aussi photographe, etc. N'hésite pas à me communiquer par mail (via ma page portrait) les infos sur tes prochaines expos, performances...

21/05/05 - 14:07

qui etes vous? est ce que vous connaissez fabrice cazenave et claude?

21/05/05 - 15:45

mélodie, il me semble qu'en lisant attentivement cet article et les commentaires qui l'accompagnent on trouve aisément les réponses à votre dernière question. Quant à la première question...

21/05/05 - 19:04

pardon... j'ai été assez heu... frappé par ce que vous avez écrit j'ai lu le reste aprés avoir envoyé mon message et donc trouvé les réponses après avoir posé les questions...
j'ai beaucoup aimé la 1e scène d'electre.. non c'est meme plus que ça.. la façon dont vous décrivez... enfin bref j'ai du mal à m'exprimer...

22/05/05 - 16:58

Merci pour vos commentaires. Avez-vous vu ce spectacle et connaissez-vous les artistes ?

27/05/05 - 19:39

oui j'ai vu le spectacle c'était un dimanche après midi du coup le public était pas très chaud et moi j'étais tellement scotché que j'ai pas pu faire une ovassion... il y a pas eu de rappel
et je connais un peu claude bardouil pcq j'ai fais un atelier de théâtre avec lui j'aime la façon qu'il a de mettre les émotions les sentiments sur scène

28/05/05 - 01:54

vous êtes comédienne ?

28/05/05 - 20:25

non mais j'aime beaucoup le théâtre en fait je suis lycéenne et en obtion théâtre

29/05/05 - 06:05

à Castelsarazin ?

29/05/05 - 16:08

non à toulouse

29/05/05 - 19:49

ok parce que Bardouil a passé 3 mois en résidence dans un lycée de Castelsarazin...

03/06/05 - 21:02

il nous en a parlé aparament il a fait de la vidéo ac eux..
en fait on a fait une pièce ac lui l'an dernier à la digue ça s'appelait "je m'appelle pas shéhérazade". vous le connaissez bien?

04/06/05 - 12:13

je le rencontre pasfois dans le cadre de mes activités professionnelles

18/06/05 - 16:30

bonjour... suis tombé par hasard sur votre site... je cherchais des renseignements sur fabrice cazenave...
en avez vous d'autres?.... ou peut-on lui écrire par exemple?
merci...

19/06/05 - 15:05

je vous invite à cliquer sur le lien inséré dans le 4ème commentaire sous cet article, puis à consulter le dossier de presse dans lequel figure une courte bio de l'artiste. Pour plus d'infos contactez le théâtre de la Digue directement...

27/06/05 - 20:35

Mélodie??? Tu a joué dans "je m'appelle pas shéhérazde" de N.de pontcharra, non?

05/08/05 - 11:28

oui

05/08/05 - 11:30

c'est indiscret de demander qui est -:o ?

13/08/05 - 00:32

bonjour, je suis le costumier et meilleur ami de claude bardouil, et je suis tombé sur ton blog totalement par hasard; je suis tres touché que des gens puissent etre touchés par notre travail.Les retours sincères sont toujours assez difficiles à avoir... Merci!! A tres bientot, peut etre à La Digue la saison prochaine...

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ENTENDU

"Le Rendez-Vous" :
Christophe Honoré, Alex Beaupain et Gilles Taurand.
Par Laurent Goumarre,
France Culture, mercredi 17 septembre 2008.
(45 mn)

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
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Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008