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J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Le Coeur a ses raisons"
Je lis : Copi, "Une langouste pour deux" (Christian Bourgois, 1978/1999)
Je cite : «Je pense que Madonna est une grande imposture. C'est une fausse idole. Vous voyez l'épisode du Veau d'or, dans la Bible ? Et bien le Veau d'or, c'est Madonna.», Rufus Wainwright (Têtu, février 2007)
(mis à jour mardi 20 mai 2008 à 05:30)

30/11/2005

30/11/05 - 01:15

Hou Hsiao-hsien et moi (2)

Durant "Le Temps des amours" à l'ABC, la première période du film de Hou Hsiao-hsien, "Three times", je me laisse séduire par la sensuelle histoire d’un amour naissant au cœur des années soixante. L’ambiance et l’esthétique m’évoquent le style du Wong Kar-wai de "In the mood for love". La deuxième époque, "Le Temps de la liberté", est située en 1911. Cela me renvoie aux "Fleurs de Shanghai", de Hou Hsiao-hsien. Je suis surpris par le choix du cinéaste d’en avoir fait un épisode muet dont les dialogues sont imprimés sur des intertitres. Je suis un peu gêné par ce dispositif qui m’empêche d’entrer complètement dans le récit de cet amour contrarié. Je suis encore moins ému face à la troisième partie, "Le Temps de la jeunesse" qui met en scène les années 2000 à la manière de "Millenium Mambo", du même cinéaste. Je n’y comprends pas grand-chose à l’affaire. Je finis par m’en désintéresser.



28/11/2005

28/11/05 - 23:38

Didier Carette et moi (3)

Dans le hall du théâtre Sorano, j’explique à François que "Dogs’ Opera" est une transposition de "L’Opéra de Quat’sous", de Brecht, dans les Balkans d’aujourd’hui, la musique de Kurt Weill en moins. Derrière le bar, deux comédiennes donnent de la voix. Comme à son habitude, le metteur en scène, Didier Carette, contrôle les billets à l’entrée. Déjà en tenue, les comédiens placent les spectateurs dans la salle. Marie-Christine Colomb nous indique les nôtres. Une fois installé, je cherche partout Reynald Rivart, en vain. Le rideau est toujours baissé, la salle est encore éclairée, les comédiens dansent et chantent dans les allées. Le rideau s’ouvre enfin, Reynald Rivart apparaît coiffé d’un béret. Dès les premières minutes, il se retrouve torse nu. Je me décompose à la vue de ses épaules immenses et de ses pectoraux légèrement velus dont les poils semblent être taillés. Je n’avais encore jamais eu le plaisir de la voir aussi peu vêtu. Pendant la pièce, il reste nu sous une grosse veste entrouverte. Je peux admirer à loisir son magnifique nombril. A la fin, le public est conquis. Sur le chemin du retour, je dis à François que j’ai trouvé le spectacle un peu trop long. Je précise que c’est parfois le cas des créations de Didier Carette. Je lui parle de "Homme pour homme, l’enfant d’éléphant" et de "La Reine Margot" que j’ai préférées.



24/11/2005

24/11/05 - 14:56

David Cronenberg et moi

Devant "A history of violence", de David Cronenberg, je suis bluffé par la prestation de Viggo Mortensen au point que je ne me doute de rien. Je me retrouve exactement à la place du personnage de la femme qui, une fois la messe dite, découvre l’autre personnalité de son mari. Quand le film change d’univers, je suis subjugué un instant par la violence, mais perplexe de revoir une fois de plus à l’écran ce que le cinéma américain nous a déjà maintes fois exhibé. Je suis un peu déçu de ressentir le côté film de commande. En sortant d’Utopia pour rentrer chez moi, je me dis que le film aurait pu tout aussi bien s’appeler "A history of cinema" ou "A history of America". Je repense aux propos de Christophe Honoré dans "Le Cinéma l’après-midi", sur France Culture. Selon lui, la mise en scène de la violence par Cronenberg est la bonne réponse à celle que propose Tarantino qu’il exècre.



23/11/2005

23/11/05 - 01:59

Hervé Pierre et moi

A la vue des tenues arborées par les bourgeoises, largement représentées dans le public du petit théâtre du TNT, J.-P. regrette d’être venu aussi mal accoutré. La poésie terre-à-terre et élégante de "Caeiro !", d’Hervé Pierre d’après Fernando Pessoa, et la mise en scène aussi simple qu’inventive finissent par m’embarquer dans le rêve. Après la représentation, J.-P. me montre un de ses anciens amants qui traverse le hall du théâtre. Chez lui, je lui parle encore une fois du vigile de la cinémathèque. En vain, il tente de me convaincre de le laisser aborder le garçon à ma place. Il irait le voir, il lui dirait que j’aimerais beaucoup lui parler. J’interromps tout net le scénario au prétexte qu’il n’est pas question que je parle. J’explique que je veux juste le sucer au fond de la salle, ou dans un coin tranquille, pendant la projection d’un navet soporifique, comme dans le film de Jacques Nolot.



20/11/2005

20/11/05 - 05:12

Moby et moi

Dans le hall du Zénith, quelqu’un tend un tract à E.. En haut de la page, il est écrit en gras : « Moby / Pourquoi je suis végétalien ». E. ne veut pas s’approcher de la scène, il veut rester au fond du parterre. Je l’en dissuade au prétexte que le mec est tellement petit qu’on ne le verrait pas. E. me demande des précisions sur le physique de Moby. Je lui explique qu’il est taillé comme une crevette. Après une première partie décoiffante, lorsqu’il apparaît, E. me crie à l’oreille : « Il est moche ! ». Je suis aveuglé par les lumières. Je pense au titre d’un article que je n’ai pas lu dans Le Monde du jour : « Moby en tournée, une surenchère techno-rock ». Pendant le concert, à trois reprises, Moby répète en anglais ou en français que Bush est dangereux, idiot, ignorant... Je m’exécute lorsqu’il demande au public de faire un doigt au président américain en hurlant des insanités. Il prend les gens en photo plusieurs fois en miaulant des trucs, du genre : « Vous êtes tous formidables, beaux et sexy ». Devant moi, une armée de téléphones portables est braquée vers la scène. Dehors, longtemps après la fin du concert, mes oreilles bourdonnent encore.



17/11/2005

17/11/05 - 02:36

Woody Allen et moi (2)

Sur France Culture, dans "Le Cinéma l’après-midi", Christophe Honoré s’emporte contre "Match Point". Il parle d’un « film réactionnaire sur ce qu’il dit du cinéma, un cinéma de décor et de scénario contre lequel je me bats ». Quelques jours plus tôt, dans un fauteuil de l’ABC, je ressentais un trouble comme jamais devant un film de Woody Allen. J’étais surpris de ce trouble, comme je l’étais par la présence au générique d’un acteur aussi sexuellement attirant que Jonathan Rhys Meyers. Je n’avais jamais éprouvé la moindre attirance pour un acteur filmé par Woody Allen. Dans sa filmographie, je ne me souvenais pas avoir vu un truc aussi torride que la scène d’amour dans un champ de blé, sous la pluie. Quand les amants se retrouvent par hasard au musée, des images de "Manhattan" ont traversé mes pensées.



12/11/2005

12/11/05 - 17:55

François Tanguy et moi

Dans le hall de la Tente du Théâtre Garonne, Lola me parle de "Barcelona Bound", le porno que je lui ai prêté l’avant-veille. Nous évoquons l’un et l’autre l’acteur que nous préférons. Il en pince pour Lucas Foz, ma préférence va à Raphael Carreras. Je me surprends à prononcer le mot « bite » assez fort pour qu’une femme me jette un regard effrayé. Pendant la représentation de "Coda", de François Tanguy, je suis tour à tour circonspect, étonné, amusé, fasciné, puis ébloui. Tout le spectacle est à contre-jour. Je dois parfois protéger mes yeux de la lumière frontale en me cachant derrière la tête de la spectatrice placée devant moi. Les textes qui sont déclamés occasionnellement par les comédiens me sont inconnus. Je relève des noms qui me sont connus comme Agamemnon, Ulysse... Devant ce ballet de va-et-vient incessants, je me dis que le metteur en scène a peut-être voulu exhiber les coulisses d’un théâtre en pleine effervescence, ou d’un tournage en cours. Quand le noir tombe trop vite sur l’immense espace de la scène, personne n’applaudit. Tout le monde attend que le rêve se poursuive. Dans la nuit, pendant que Lola urine longuement contre un arbre, j’entends la conversation de deux spectatrices qui quittent l’enceinte des arènes romaine où est dressée la Tente. L’une s’exclame : « Vraiment ! Vraiment ! Je ne comprends pas… ». L’autre enchaîne : « Il me reste des images en tête, mais je n’ai pas compris ! ».



09/11/2005

09/11/05 - 00:20

Michael Haneke et moi

"Caché", de Michael Haneke, se poursuit pendant le générique de fin. Je suis attentif parce que je sais que cette scène contient la clé du récit. Je sors de la salle déçu parce que je n’avais pas envie d’avoir cette clé. Je me perds en tentatives d’explications alternatives. Je nage en pleine confusion. Je refuse de croire que le cinéaste ait voulu donner une réponse dans ce plan de fin. Lola me convainc du contraire. Il veut revoir le film pour y chercher d’autres indices cachés. En me remémorant les oeuvres autrichiennes de Haneke, j’accepte finalement cette idée. Je réalise que, dans les années quatre-vingt-dix, le cinéaste a souvent mis en scène des adolescents en proie à leurs démons et en rupture totale avec la génération de leurs parents.



06/11/2005

06/11/05 - 21:30

Tim Burton et moi (2)

Dans la grande salle du cinéma Utopia du centre-ville, je ne vois pas E.. Une fois installé, je l’aperçois de l’autre côté de la salle mais je ne bouge pas. A son tour, il finit par me voir. Dans le générique des "Noces funèbres" de Tim Burton, je lis le nom de Johana Lumley. Je jubile déjà à l’idée de l’entendre prêter sa voix à un des personnages en version originale. La silhouette longiligne du héros m’évoque étrangement celle de François qui m’écrivait, alors que je lui demandais son sentiment sur le film : « J'ai pas accroché ! Me frappe pas ! Je te dirai ça en vrai aussi parce que c'est la 10e fois qu'on me demande si j'ai aimé ! J'ai été déçu. Et pourtant j'attendais pas énorme de ce film ».



03/11/2005

03/11/05 - 00:15

Terry Gilliam et moi

Peu de temps après avoir découvert et fort apprécié "Last Vegas Parano" à la cinémathèque, j’entre impatient dans une salle de l’ABC. Je sorts un peu essoufflé des "Frères Grimm", de Terry Gilliam. J’ai l’impression de ne pas avoir eu la moindre seconde de répit. J’ai vu tellement de péripéties se succéder que je me suis presque lassé. Devant l’écran, j’ai souvent pensé au Terry Gilliam des années quatre-vingt. J’ai constaté que Matt Damon est bien parti pour vieillir aussi mal que Mark Wahlberg, à moins que ce ne soit le maquillage.



 

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

ENTENDU

"Minuit/Dix", Olivier Ducastel & Jacques Martineau. Par Laurent Goumarre, France Culture, 3 juin 2008. (50 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008