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J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Le Coeur a ses raisons"
Je lis : Copi, "Une langouste pour deux" (Christian Bourgois, 1978/1999)
Je cite : «Je pense que Madonna est une grande imposture. C'est une fausse idole. Vous voyez l'épisode du Veau d'or, dans la Bible ? Et bien le Veau d'or, c'est Madonna.», Rufus Wainwright (Têtu, février 2007)
(mis à jour mardi 20 mai 2008 à 05:30)

29/08/2005

29/08/05 - 01:41

Richard C. Sarafian et moi

Le soir de son anniversaire, Lola m’offre "Le Petit livre des méchancetés les plus drôles". Il me lance qu’il a tout de suite pensé que ce livre me plairait. Je ris aux éclats en l’écoutant lire cette phrase de Joan Rivers : « Madonna est tellement poilue que quand elle a levé les bras j’ai cru que Tina Turner s’était cachée sous son aisselle ». Il me montre sa grenouille. Je ne l’avais pas vue depuis trois semaines.
Le lendemain, je montre le bouquin à J.-P. en lui précisant qu’il n’a nullement besoin de ce genre de littérature pour être méchant et drôle. Nous finissons la soirée devant "L’Attaque de la moussaka géante".
Le soir suivant, je sors de la Cinémathèque déçu par "The Vanishing Point", de Richard C. Sarafian, glorifié par Libé huit jours plus tôt et annoncé comme « un film existentiel sur la vitesse ». J’ai surtout vu un type qui tripote interminablement son levier de vitesse à défaut de tripoter les blondes qui se baladent à poil sur sa route. Le tout est filmé avec un manque d’humour assommant, sauf quand il s’agit de ridiculiser deux homosexuels efféminés qui menacent le héros d’un revolver. Ce dernier n’aura aucun mal à les jeter hors de sa voiture sans même quitter le volant. Devant cette scène ahurissante, j’ai réalisé qu’elle ne m’était pas inconnue. J’avais dû la voir auparavant dans un documentaire consacré aux représentations de l’homosexualité au cinéma, peut-être dans "The Celluloïd Closet"…



21/08/2005

21/08/05 - 19:29

Renaud Capuçon et moi

Sur Europe 1, Renaud Capuçon répond aux questions espiègles de Daniel Schick. Il confirme que le Stradivarius avec lequel il joue est très ancien. Il refuse que l’animateur touche l’instrument au prétexte qu’il n’est pas à lui, puis il se rétracte. Il évoque la Victoire de la musique du Soliste instrumental qui lui a été remis cette année. Le mois dernier, à la Halle aux Grains avec l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, il avait interprété le Concerto n°2 de Mendelssohn avec une énergie foudroyante. Le public dense et bienheureux avait demandé un rappel. Bruno espérait voir le jeune chef, Tugan Sokhiev, qui a succédé à Michel Plasson à la tête de l’orchestre. Ce soir-là, il était dirigé par l’imposant Jaap van Zweden. Après l’entracte, "La Symphonie fantastique" de Berlioz avait terminé de nous sonner pour la soirée. Nous avions remonté la rue Riquet un peu hagards.
Je découvre un mail de Lola. Il m’écrit depuis son lieu de villégiature : « […] Par contre, si c'est tout ce que tu as à me dire en commentaire sur ton blog... Je dois manquer de mystère, c'est sûrement ça... Bon, je vais changer de coiffure et ouvrir un blog incognito, tiens... J'aurais l'air intéressante. Stéphanie. P.S. : Je rentre dimanche prochain - le soir. »



19/08/2005

19/08/05 - 02:39

George Romero et moi

A l’ABC, pendant la projection de "Land of the dead", de George Romero, B. ne manque pas de se rapprocher physiquement de E., lequel n’en demande pas moins pour se distraire. Je n’ai personne vers qui me blottir quand la frayeur franchit l’écran en un sursaut. Mon mal de crâne se réveille. Les zombies sont aussi monstrueux que dans "La Nuit des morts vivants", premier opus de la série. En sortant, je suis fébrile. E. nous dit qu’il n’a pas aimé. Il découvrait le genre avec ce film. B. s’est régalé. Il réalise qu’il possède le deuxième de la série, "Zombie", en dvd. Nous finissons affalés dans le patio du Grand Cirque, devant le va-et-vient de la chair affamée. Ses poches soigneusement bourrées de capotes et de doses de gel, E. met les voiles aussi sec. Pour la deuxième fois de la semaine, je me retrouve nez à nez devant la Maîtresse, un mort vivant notoire. Cette fois, il est affublé de son éternel acolyte dont les sourcils sont soigneusement épilés. Dégoûté par cette présence, B. disparaît dans les sous-sols. Je me réfugie auprès de Pierre, puis vers le chemin de la sortie. A l’entrée de l’avenue de la Gloire, je croise Rémi, un revenant. Avant de rejoindre le Grand Cirque, il me donne des nouvelles. Il promet de m’appeler à son retour de Saint-Tropez.



15/08/2005

15/08/05 - 23:42

Ziagen et moi

Dans ma boîte aux lettres, je trouve une carte postale du Québec signée par Arnaud et David. Ils sont rentrés trois jours plus tôt sans même s’y être mariés. Dans une seconde lettre, je trouve une page du Monde qui m’avait échappée. Il y est évoquée l’histoire d’un tube de l’été 1986 : "En rouge et noir", de Jeanne Mas. En parcourant ces lignes, j’oublie quelques instant le mal de crâne et la fatigue qui me terrassent depuis la veille. Une page blanche signée "C." accompagne la coupure. Je reconnais l’écriture de Christophe. J’appelle Joël pour lui expliquer que je ne suis pas en état d’aller le voir malgré son agonie digne des plus grands mélos hollywoodiens. Au téléphone, mon médecin du Smit me conseille d’arrêter la trithérapie débutée dix jours plus tôt. Elle m’envoie consulter un généraliste pour déterminer l’origine de ma fièvre. Je finis par trouver un médecin. Il diagnostique une angine semblant exclure tout risque d’allergie à Ziagen, une des molécules de ma trithérapie. Je repars avec un antibiotique sous le bras. Quelques Efferalgan alternés avec des comprimés de Nurofen me permettent d’évoluer sans aucune gêne. B., David, Arnaud, puis J.-P. et Franck me rejoignent chez moi. Nous dînons à la Pastasciutta. Je leur raconte qu’un homme de 60 ans a été assassiné d’un coup de table en bois sur la tête, puis détroussé (d’après La Dépêche du midi) par un type qu’il avait ramené chez lui après l’avoir approché au Grand Cirque. Je détaille mon curieux plan cul de la semaine dans le parc de l’île du Ramier. Arnaud explique que son chat est sous antibiotique. Il lui prend régulièrement la température. Franck lui demande s’il met le thermomètre dans « son trou ». Plus tard, J.-P. a du mal à retenir des gloussements lorsque Franck met la main à la pâte pour ingurgiter un gros morceau de pizza plié en deux. Je n’en crois pas mes yeux lorsqu’il emballe le reste dans deux serviettes et insère le tout dans sa petite sacoche. Nous retournons chez moi. B. nous quitte en direction du parc de l’île du Ramier. Franck me filme avec son téléphone portable pendant que je danse avec J.-P. sur "L’Amour c’est comme une cigarette". Il ne veut pas prendre la pose avec le paréo JPG-Têtu. A la Hot Pepper, je parle, et je parle encore. Je parle beaucoup de cul. Je finis par dire un peu n’importe quoi, en baillant.

10/08/2005

10/08/05 - 18:10

Gus Van Sant et moi (2)

A la Cinémathèque, à l’occasion d’un cycle estival dédié au road movie, je découvre "My own private Idaho" pour la première fois sur grand écran. A la lumière des films suivants de Gus Van Sant, celui-ci s’éclaire de multiples angles que je n’avais pas perçus lors des premiers passages à la télévision. Je vois aujourd’hui beaucoup de choses qui ne m’avaient pas frappé alors. Beaucoup des thèmes que Gus Van Sant explorera ensuite sont déjà présents dans son deuxième film. Je reconnais bien son style plastique, son travail sur les grands espaces désertiques, la manière dont il filme le ciel et les nuages. Je pense à ses dernières oeuvres, les dernières que j’ai vues, "Gerry" et "Elephant" en particulier. Pendant les scènes tournées dans les immenses pièces du squat, je revois la maison habitée par les personnages de "Last days". Je ne me souvenais pas de la théâtralité assumée lors des confrontations de Scott avec son pygmalion. Quand le torse nu et éclatant de Keanu Reeves jaillit sur l’écran, se réveille l’effet que l’acteur produisait à l’époque sur ma libido. Je constate que la longue cicatrice qui traverse verticalement son abdomen, jusqu’au nombril, me fascine toujours autant. Je regrette de ne pas avoir vu la trilogie "Matrix".



07/08/2005

07/08/05 - 16:21

Alain Guiraudie et moi

Sur l’autoroute, j’écoute "Le Masque et la plume". Quand les vieux de la veille critique évoquent "Voici venu le temps" d’Alain Guiraudie, je suis atterré par ce que j’entends. Certains parlent de "film ridicule", un autre de "cinéma rural". La plus jeune et la moins parisienne d’entre eux, Sophie Avon du quotidien Sud-Ouest, intervient après ses collègues. Comme ils n’ont rien compris au film, elle leur explique brièvement et simplement ce qu’il en est. Elle a tout compris, ils en restent muets.
Je regrette de ne pas avoir pu entrer dans la salle quand le réalisateur est venu présenter son film à l’ABC. Il n’y avait déjà plus de place au moment où je me suis présenté au guichet. Alain Guiraudie est entré dans le hall du cinéma quand j’en sortais. De retour chez moi, j’ai appelé J.-P. qui m’a invité à faire un saut chez lui. F. m’a raconté sa visite du Grand Cirque avec J.-P. Il n’y était jamais allé. Il m’a dit qu’il avait trouvé l’agencement des sous-sols rigolo et que cela lui avait fait penser à Fort Boyard.
Quelques jours plus tard, je suis allé voir "Voici venu le temps" avec Lola, son mari et une de leurs amies. Après la projection, sur la terrasse du Saint-Sernin, nous avons passé en revue les nombreuses scènes qui nous ont fait rire. Lola était fasciné par la galerie des termes inventés par Guiraudie, son mari ne savait trop quoi penser de cet objet filmique non identifié. J’ai retrouvé quelque chose de la beauté plastique de "Ce vieux rêve qui bouge" et de la poésie verdoyante de "Pas de repos pour les braves". Je n’ai pas réussi à me souvenir dans quel film j’avais déjà aperçu Lucia Sanchez qui interprète la patronne de la discothèque. Une semaine plus tard, en revoyant par hasard "Une robe d’été", un court métrage de François Ozon dont je raffole, je l’ai reconnu dans le rôle de la fille qui dépucelle le jeune héros.



 

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

ENTENDU

"Minuit/Dix", Olivier Ducastel & Jacques Martineau. Par Laurent Goumarre, France Culture, 3 juin 2008. (50 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008