31/03/2005Robyn Orlin et moiLa grande salle du TNT se remplit. C’est ma première incursion dans l’univers de Robyn Orlin. Je suis curieux et excité. Les artistes de "When I take off my skin and touch the sky with my nose, only then can I see little voices amuse themselves" sont déjà sur le plateau, devant un trépied, dans le noir. En fond de scène, leur bouche s’anime en noir et blanc sur six écrans. Ils commencent à chauffer leur voix, vocalisent de plus en plus fort, et rotent. Une ouvreuse fait l’annonce habituelle : elle souhaite la bienvenue aux spectateurs, leur demande d’éteindre leur téléphone portable et de «ne pas prendre de photo avec ou sans flash». Sa voix est couverte par les vocalises. Les chanteurs doivent interrompre leurs exercices. Ils sont six : trois chanteurs noirs torse nus, une chanteuse noire très en chair et deux blanches. Au bout d’un quart d’heure de spectacle, quelques personnes se lèvent pour quitter la salle. Ils sont aussitôt interpellés par une artiste qui geint : «Ne partez pas… Ne partez pas… Ne partez pas…». Ils sont partis. Le plateau est jonché de fils électriques. Chaque chanteur se déplace avec un trépied dans une main et une webcam dans l’autre. Au bout de chaque trépied se trouve une ampoule qui éclaire la scène. Chaque caméra restitue les images capturées sur les six écrans. Je sais pour l’avoir lu dans Le Monde que des spectateurs seront invités à monter sur scène. Je suis terrorisé à l’idée que cela puisse me tomber dessus. Je suis placé au bord d’une allée, pas très loin du petit escalier qui permet de relier la salle au plateau. Je suis rassuré que le strapontin collé à mon siège soit occupé. Je me sens protégé, j’espère que la personne qui l’occupe servira de fusible. La chanteuse blonde descend dans l’allée au bord de laquelle je suis assis. Elle prend le bras d’un jeune noir assis au troisième rang. Son siège est le dernier de la rangée, et comme le mien, il est collé à un strapontin occupé. Après avoir résisté, le type se laisse guider. La fille continue de scruter les visages au milieu du public. Je suis angoissé. Deux filles sont extraites des premiers rangs. Les trois spectateurs sont allongés sur la scène. Les chanteurs s’assoient sur chacun d’eux pendant que les autres s'activent autour d’un pseudo accouchement mimé par une des leurs en bord de scène. D’autres spectateurs s’en vont. Ils sont interpellés à leur tour. Pendant tout ce temps, des airs d’opéra connus sont entonnés entre deux accidents de parcours soigneusement mis en scène et ponctués de «Excusez-moi, monsieur Nichet…». Cela me fait beaucoup rire. Tous les chanteurs envahissent la salle. D’autres spectateurs sont de nouveau sollicités. L’un d’eux, jeune, mince et féminin, s’est planté devant moi. Pendant qu’il martyrise calmement une fille assise, je peux aisément authentifier ma première impression. Il ressemble beaucoup à Joël, sa silhouette mais aussi sa manière d’être.
Je remonte la rue de la Colombette. J’entends un type plutôt remonté : «Ils ont tout fait pour que le public applaudisse à la fin. Moi aussi je peux me mettre à poil dans la rue et on verra !».

28/03/2005Clint Eastwood et moiUn jour, j’ai vu « Sur la route de Madison » à la télévision. Je me souviens avoir beaucoup pleuré. Je surveille de très près les films de Clint Eastwood depuis cet épisode qui me révéla la fibre fragile d’un personnage que j’avais catalogué à tord du côté des cow-boys hétéros et sales jouant les machos réactionnaires dans des films pas vraiment intéressants. A la vue de « Million Dollar Baby », je réalise que Eastwood joue toujours un peu le même personnage. Mais le temps des westerns crétins de série B est terminé. Le scénario de « Million Dollar Baby » est un peu facile, il tire de grosses ficelles un peu trop voyantes. Mais Eastwood n’en rajoute pas, il a l’art de filmer les temps morts avec une retenue qui installe le malaise. Le corps vieilli, le visage buriné, le regard désabusé qu’il prête au héros fatigué de son film imposent le respect. J’ai surtout pleuré pendant la première partie du film. La profonde affection qui s’installe entre la jeune boxeuse et son vieil entraîneur m’a davantage ému que le dénouement mélodramatique inattendu mais convenu.
J’ai pensé à ma vieille amie qui vit aujourd’hui dans une résidence de vieux. Je me suis dit qu’il faudrait que j’aille la voir plus souvent. J’ai failli l’appeler pour lui proposer d’aller voir le film avec moi. Je ne l’ai pas fait. Malgré l’admiration qu’elle porte à Clint Eastwood, il me semble que ce film est bien trop dur pour elle. Elle prend soin d’éviter d'être confrontée à des choses qui pourrait faire ressurgir des souvenirs douloureux. Je l’ai appelée après avoir vu le film. Je lui ai dit que je lui rendrai visite ce week-end. Elle veut que je lui fasse une démonstration d’internet. Elle est curieuse de voir à quoi cela ressemble.

26/03/2005Paul Verhoeven et moi (2)« Basic instinct » est projeté à la Cinémathèque dans le cadre d’une programmation hommage à Raymond Borde, son fondateur qui avait manifesté quelque intérêt pour ce film de Paul Verhoeven. J’arrive dans la salle dix minutes après le début du film. En général, je préfère renoncer quand je sais que je vais rater le début. Mais il s’agissait de voir enfin « Basic instinct » dont on avait déjà tout dit, en particulier au sujet d’un pic à glace et du fait que l’actrice ne porte pas de petite culotte. Ainsi, devant l’écran, j’ai l’impression étrange d’être devant un objet inconnu et déjà vu à la fois. Quand débute la scène de l’interrogatoire, je me repasse la scène parodique filmée par Les Nuls. Mon regard fixe les jambes de Sharon Stone. A deux reprises, ses cuisses s’ouvrent en gros plan sur une chatte parsemée de poils aux reflets blonds. A l’exception des scènes de sexe et de poursuite en voiture, je suis frappé par l’ombre d’Hitchcock qui plane sur chaque plan du film. Je suis surpris de voir que l’histoire se passe à San Francisco et que le pic à glace était en fait multiple. Joël me dit qu’à la sortie du film, il n’avait pas vu les poils pubiens de Sharon Stone dans cette scène.

25/03/2005Alexis HK et moiJe n’étais encore jamais allé au Café Rex. Au début des années quatre-vingt-dix, à l’époque où le Rex était une vielle salle de cinéma de quartier, j’y avais découvert « La Loi du désir » de Pedro Almódovar. Mercredi soir, Alexis HK entre en scène après une longue attente. Je ne connais de lui que « L’homme du moment », chanson douce et nostalgique entendu plusieurs fois sur Europe 1. Avec son look à la Chris Isaak et sa voix qui ressemble étrangement à celle de Joe Dassin, il a l’air d’un crooner sorti d’un film de David Lynch. D’emblée, je suis frappé par la qualité des textes de ses chansons, par sa capacité à installer un décor, une ambiance, et à raconter une histoire en quelques phrases. Entre les chansons, il se donne des airs de trentenaire flegmatique un peu à côté de ses pompes qui fait une fixation sur les années 80 et « La Quatrième dimension ». Ces inserts un peu loufoques contrastent avec l’énergie qu’il déploie en chantant. Sa chemise est trempée, les gouttes de sueur glissent sur son visage. Il reprend « Like a virgin » en français, seul avec sa guitare, à la manière de Brassens. Le public n’en revient pas. Je suis séduit.

24/03/2005Wajdi Mouawad et moiAu terme des trois heures de « Incendies », je repense à cette formule lue dans la Lettre du TNT qui annonçait Wajdi Mouawad, jeune auteur québécois d’origine libanaise, comme « l’un des auteurs de langue française d’aujourd’hui les plus talentueux ». La formule est justifiée. Le texte est d’une beauté antique mais la tragédie de la guerre est bien contemporaine. La mise en scène a finit par me convaincre malgré ce choix débile d’organiser les déplacements des comédiens hors champs en les faisant marcher comme des zombies pour signifier leur absence. La comédienne principale m’a insupporté jusqu’à la fin, heureusement que le comédien qui interprète son jeune frère était à croquer, surtout ses biceps.
Après toutes ces belles émotions, E. m’entraîne déguster un dessert Mc Donald’s à emporter, puis m’abandonne au bord du canal où je rencontre Jean-Pascal. Au Grand Cirque, il s’étale longuement sur sa dépression. Dans les sous-sols, il adresse la parole à des tas de gens à qui il n’a même pas été présenté. Un type se ballade complètement à poil, un cockring autour de la bite. Jean-Pascal a disparu. Je rentre chez moi.

21/03/2005Walter Salles et moiPlusieurs films de Walter Salles étaient au programme des Rencontres cinémas d’Amérique latine, en guise d’hommage. C’était l’occasion d’aller enfin voir « Carnets de voyage » à moindre frais. Mercredi soir à l’ABC, pendant qu’Arnaud se tripotait les dents, regardait sa montre et soupirait bruyamment entre deux bâillements, puis s’endormait, je constatais l’inégale qualité artistique du film qui hésite constamment entre mélo trop baveux et documentaire à l’austérité remarquable. Samedi, j’entraînais Christophe, B. et François à la Cinémathèque voir « Terre lointaine », autre road movie transfrontalier du même réalisateur. Le film, daté de 1995, possède les mêmes qualités documentaires mises au service d’une histoire mieux maîtrisée mais qui s’englue parfois dans le pathos.
Quelques verres de vodka plus tard, Joël nous rejoignait chez moi, puis Arnaud sortant du spectacle d’Arturo Brachetti à Odyssud où il s’était rendu avec son mari parti se coucher. Ce dernier aura échappé au récit du dernier fist-fucking pratiqué par B. sur un amant de passage au Colonial. On s’est retrouvé à quatre au Grand Cirque, où un célèbre transformiste italien fit une apparition incognito pendant que Christophe s’entêtait à nous parler une fois de plus de « Calvaire », le dernier film qu’il ait vu, et qu’Arnaud acceptait l’invitation de B. à passer un énième dimanche après-midi dans sa maison en banlieue.

19/03/2005Olivier Ducastel, Jacques Martineau et moi (2)A l’avant-première de « Crustacés et coquillages », je n’ai vu que quelques pédés isolées au milieu de vieux couples hétérosexuels et croulants. Le film est un vaudeville estival autour de l’homosexualité. C’est original, frais, léger et plutôt trivial. Il y a des scènes de drague dans la pinède qui sont à mourir de rire. On est loin de la poésie mortuaire des précédents films d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau. Jean-Marc Barr porte des tee-shirts moulants pendant tout le film, des blancs et des jaunes. Il a de gros bras et un torse impressionnant mais il est aussi bedonnant qu’un quadragénaire qui abuse de la bière. Un mec a commencé le flot des questions en leur demandant ce que ça faisait, avec un film pareil, d’être assuré d’avoir une bonne critique dans Télérama, et ce qu’ils pensaient du cinéma français qui se caricature tellement lui-même que ça donne envie de regarder des navets américains sur TF1. Le type a quitté la salle pendant qu’un deuxième spectateur prenait la parole.

17/03/2005Didier Carette et moi (2)Je me souviens avoir déjà vu dans ce théâtre un "Homme pour homme" de Brecht, à l’époque où c’était ici une scène nationale. Je suis curieux de comparer ce texte avec "L’Enfant d’éléphant, homme pour homme", première mouture du même auteur. J’aime ce que Didier Carette a fait du Théâtre Sorano. J’aime la manière dont il s’est approprié cette vieille institution menacée de sombrer dans un académisme provincial et pépère. Il a mis de la couleur sur les murs du hall, accroché une boule disco dans la salle, et rajeuni le public. On y entend des chansons à l’heure de l’apéro, on y mange au coin du bar, ça bouillonne avant le spectacle et la vie ne s’y arrête pas après. Le personnage de Didier Carette me fascine : il y a sa troublante ressemblance avec son frère, il y a son allure de dandy bon vivant, et cette félicité à jeter son regard noir et perçant sur les gens, à se régaler de la vie qui grouille autour de lui.
Avant le début de la représentation, Didier Carette contrôle les tickets à l’entrée de la salle. Pendant que les spectateurs s’installent, derrière le rideau agité, des voix entonnent des chants, des bruits de pas de danse s’échappent. Le rideau s’ouvre sur une scène de cabaret. Un bel homme au crâne rasé, nu dans une robe longue pastel, est accoudé au piano. Ses bras sont musclés, sont visage est fin. Je me dis que c’est un très beau début. Pendant l’entracte, au bar, deux comédiennes assurent le service. Au début de la pièce, j’avais la migraine. Deux heures et demi plus tard, j’en ressors sans m’être ennuyé une seule seconde, avec une pêche folle et beaucoup d’énergie malgré la fatigue. Après sa "Reine Margot" crépusculaire et ruisselante, Carette propose une mise en scène d’une légèreté à toute épreuve et en chansons, des années vingt à Bollywood en passant par le disco. Je réalise que c’est le spectacle de Carette auquel j’ai pris le plus de plaisir depuis "L’Illusion comique" de Corneille.

15/03/2005Anahí Berneri et moiAu troisième jour des Rencontres cinémas d’Amérique latine, j’entraîne E. et Joël à l’ABC. Il y a peu de monde dans la salle, beaucoup de pédés. J’ai lu un vague synopsis de « Un año sin amor », film argentin d’Anahí Berneri. En cherchant une photo sur Google, j’apprends que le film a reçu le Teddy Award du meilleur film gay au dernier festival de Berlin. Je suis très agréablement surpris par la façon dont le film aborde le sida, le sexe entre hommes, l’amour et la création artistique. C’est une œuvre clinique sur la vie quotidienne d’un malade du sida. Les images fascinantes des errances nocturnes à Buenos Aires et des ébats sexuels SM sont d’une poèsie sombre et fiévreuse, voire insoutenable sans qu’on y voie la moindre goûte de sang. Surtout, le film formule avec une justesse impitoyable les doutes d’un artiste confronté à la pression sociale et familiale. Il y a un comédien d’une beauté à se rouler par terre par un soir de pluie dans le parc de l’île du Ramier. Après la séance, Joël a tenu salon devant le cinéma avec trois connaissances que je me suis appliqué à éviter. E. n’a pas été convaincu par le film. Le lendemain, il me rappelle pour me parler du film porno de Titof qu’il a vu le matin même et que je ne suis pas arrivé à lire sur mon ordinateur portable.
14/03/2005Árpád Schilling et moiSamedi soir, au deuxième rang des gradins de la petite salle du TNT, je suis en bord de scène à la hauteur des comédiens de « Liliom », la pièce du hongrois Ferenc Mólnar mise en scène par Árpád Schilling. Les surtitres défilent sur un décor blanc immaculé. Les comédiens ont tous le visage enduit de maquillage blanc. Je remarque tout de suite celui qui interprète le rôle de Liliom, personnage de petite frappe hongroise et séducteur en puissance. Il porte un pantalon court de toile blanche qui laisse voir de beaux mollets robustes. La plupart du temps, les comédiens jouent en fixant les spectateurs des premiers rangs dans les yeux. Lorsque Liliom baisse un peu son pantalon pour flirter avec sa belle sur un banc, je commence à défaillir. Il le remonte et son sexe, caché derrière un caleçon de soie blanche, se pose dans l’entrebaillement de la braguette encore ouverte. Tué d’un coup de couteau, le sang de Liliom symbolisé par de l’eau se répand sur son corps. Les vêtements collent à sa peau. De ma place, je peux voir les poils hérissés en chair de poule de ses mollets. Au purgatoire, Liliom refuse de se repentir. Une voix off lui ordonne de se déshabiller. Il s’exécute le plus naturellement du monde. Il place ses deux mains puis ses vêtements roulés en boule devant son sexe. Quand il quitte la scène avec son petit sourrire charmeur et malicieux, je découvre un fessier aussi rebondi qu’un ballon de football et je me liquéfie sur mon fauteuil. Pendant le salut au public, j’évite de croiser son regard. Je pense à George Vidanov, une pornstar hongroise qui me fait triquer.

13/03/2005Pippo Delbono et moiVendredi soir au TNT, la profondeur du plateau presque nu de la grande salle est telle que mon regard se perd dans un vide inquiétant. Le metteur en scène, Pippo Delbono, apparaît sur le côté de la scène. Je le reconnais pour avoir vu une photo de lui dans Têtu. La salle n’est pas encore dans l’obscurité. Il regarde silencieusement le public. Il s’installe à une table de travail. Le noir est fait. Un long cri plaintif n’en finit pas de raisonner. « Urlo » est déjà commencé. Un tapis rouge est déroulé. Des silhouettes atypiques défilent dans une série de tableaux saturés de musiques et de couleurs. Les fantômes de Fellini et de Pasolini planent. Ce décor de cabanes en tôles sorties du sable est celui d’ « Accatone ». Ces figures étranges et surréalistes auraient pu être celles de « Fellini Roma » ou du « Satyricon ».Des apparitions christiques fascinantes chassent des scènes de plage vulgaires et triviales. Les moments purs et paisibles succèdent aux trop pleins baroques. Pippo Delbono dit ses textes pendant que ses visions hallucinantes se font chair en scène. Il se lève, va et vient dans la salle. Soudain, il hurle plus fort que la musique assourdissante. J’ai l’impression d’être étouffé par la profusion des émotions qui me saisissent. Une sorte de transe religieuse me submerge. La salle entière est à l’unisson, attentive et silencieuse. Elle se lève au moment des saluts des comédiens, des musiciens et des chanteurs.
Samedi après-midi, dans le studio du TNT, après la projection de « Guerra », son documentaire construit autour d’une tournée en Israël et en Palestine, Pippo Delbono s’assoit face au public. Il parle de son travail. Il dit qu’il considère qu’un spectacle est réussi quand le spectateur est en état de crise. Il parle des comédiens de sa troupe. Certains sont présents dans la salle. Il parle de Pepe Robledo, son vieux complice. Il s’attarde sur Bobò, sourd-muet et analphabète, qu’il a tiré de l’asile où il vivait depuis 45 années. Il parle du film qu’il vient de tourner sur Bobò. Bobò s’avance. Il porte un maillot de joueur de foot. Les gens l’applaudissent. Bobò lève les bras, un grand sourire aux lèvres et parle. Pippo Delbono dit qu’il ne comprend pas les sons que Bobò prononce mais qu’il en comprend le sens.

12/03/2005Lola et moi (6)Le soleil brille de tout son éclat sur la Ville rose. Lola me conduit sur l’île du Ramier comme il l’avait fait pour ma première incursion nocturne dans le parc de l’île en 1996. C’est la toute première fois que je me retrouve là en plein jour. Le parc est investi par des ouvriers. Ils réhabilitent les ruines. Les pédés se livraient à la débauche entre ces murs qui semblaient menacer de s’écrouler à tout moment. La journée, ces derniers se sont repliés sur un terrain vague, à l’emplacement de l’ancienne école de chimie dévastée par l’explosion de l’usine AZF. La friche est délimitée par les clôtures de la SNPE, par les deux bras de la Garonne, et par une digue avec vue sur le parc. Au dessus de nous, un morceau de rocade est juché sur un pont. Un sous-bois encercle l’emplacement de l’ancienne école, jusqu’à la pointe de ce morceau d’île séparé du parc par un canal. L’endroit est destiné par la municipalité à accueillir un casino. En attendant, c’est un no man’s land sorti d’un film de Tarkovski, où les hommes s’affairent. Seuls, avec leur chien où leur vélo, ils grouillent, tournent en rond, se matent, s’approchent, se touchent parfois. Au milieu de cette parade du désir, sous une poignée d’arbres, cinq ou six campements de fortune abritent la misère du monde. Entre deux allées goudronnées, les vestiges de deux cours de tennis attendent leur fin annoncée.

10/03/2005Solange Oswald et moiIl y a quelques jours, un jeune metteur en scène toulousain m’a dit qu’il appréciait le travail de Solange Oswald. La semaine dernière, Lola m’a proposé d’aller voir "Les Présidentes", de l’autrichien Werner Schwab, dans une mise en scène de Solange Oswald au Pavillon Mazar, un lieu qui m'était jusque là inconnu. Renseignement pris, l’endroit est destiné à accueillir les spectacles du Groupe Merci. Sur place, derrière une grille de la rue du Prieuré, au centre d’une cour intérieure, des gens attendent devant un vieux bâtiment. Une résidente en colère chasse tout le monde au prétexte que la cour est un lieu privé. Les portes de cette ancienne halle aux grains s’ouvrent. En l’absence de chauffage, des bouillottes rangées dans un grand carton sont à la disposition des spectateurs. Sur scène, trois hommes grimés en femmes assises sur une cuvette échangent des réflexions religieuses, sexuelles et fécales. La vieille bigote se signe pendant que sa copine nymphomane s’enfonce un saucisson sous plastique entre les fesses en hurlant de plaisir comme une truie qu’on égorge. La troisième fouille joyeusement à main nue dans la cuvette bouchée à la recherche de quelques trésors comestibles qu’elle s’empressera d’ingurgiter goulûment. La pièce se termine dans une fosse sceptique. J’hallucine de partout.

09/03/2005Woody Allen et moiLe cinéma Utopia de Toulouse est pourri. J’étais mal assis, sur un siège cassé et mal placé dans une salle minuscule, vétuste et bondée. Pendant la projection de "Melinda et Melinda", je me suis assoupi. J’ai dormi pendant un épisode tragique du film. Je n’ai pas vraiment adhéré. J’ai préféré la version comédie de l’histoire. Je me suis dit que le film était à moitié réussi. Finalement, j’ose croire que la vie Woody Allen ne vaut la peine d’être vécue qu’à la condition de ne pas en faire un drame. La comédie de la vie ne peut s’apprécier qu’en contrepoint de la tragédie. Il décrypte habilement les mécanismes de l’écriture d’un scénario et révèle la place primordiale qu’y prend l’imagination : c’est une belle leçon de dramaturgie. Un artiste qui pratique la mise en abîme, je trouve cela passionnant. Cela me rappelle d’autres films récents : Pedro Almodóvar filmant un cinéaste en tournage dans "La Mauvaise éducation", Tim Burton mettant en scène un raconteur d’histoires où se mêlent fiction et réalité dans "Big Fish". D’autres films de Woody Allen, dans lesquels la fiction vient brouiller davantage les pistes de la réalité du film, me reviennent à l’esprit : "La Rose pourpre du Caire" avec ces personnages traversant l’écran pour entrer et sortir d’un film, "Harry dans sous ses états" avec ce romancier se racontant si cruellement dans ses livres que les femmes de sa vie le quittent les unes après les autres. Nul autre film que "Melinda et Melinda" ne révèle mieux combien, sous ses apparences hystériques et légères, le cinéma de Woody Allen cache les failles profondes et douloureuses d’un artiste qui crée pour survivre.

08/03/2005Joël et moiJe dîne chez Joël. Il est connecté à internet via l’Adsl depuis le début de l’hiver. Il tente de faire des rencontres sur tous les chats gay où traînent des toulousains. Il me raconte qu’il a discuté avec un mec qui cherchait à se faire dominer. Joël n’a rien d’un dominateur, mais c’est le garçon le plus curieux que je connaisse. Le soumis a finit par lui expliquer qu’il aimerait plus que tout se faire sodomiser par le chien du mec qui le dominerait. Joël m’avoue qu’il commence sérieusement à se lasser du chat.
07/03/2005Guillaume Delaveau et moiDe Guillaume Delaveau, jeune metteur en scène toulousain, j’avais apprécié sans réserve son "Philoctète", de Sophocle, au TNT. La saison dernière, j’avais raté "La Vie est un songe", d’après Calderón, repris cette semaine au TNT. C’est en interrogeant récemment le metteur en scène que j’ai eu vent du succès critique et public du spectacle lors de sa création. Dans le hall du théâtre, des photocopies des critiques parues dans Le Monde, Libération et Le Figaro sont affichées sur un mur. Sur la scène, le personnage principal est attaché à une grue. Au bout de deux heures, j’attends toujours de voir ce qui justifie les multiples succès de cette mise en scène que je trouve un peu monotone. Je lui reconnais une belle originalité visuelle et une maîtrise incontestable de l’espace. Guillaume Delaveau a une formation de plasticien et une solide expérience de scénographe pour les derniers spectacles de Jacques Nichet, cela se voit. Mais lorsque débute la seconde partie du spectacle, je commence à me demander si la présence de cette grue n’est pas un simple signe de prétention. Je suis en train de me dire que toute cette machinerie ne véhicule que de la froideur dénuée d’émotion, lorsqu’un hard rock assourdissant retentit m’évitant de tomber dans un demi sommeil éveillé. Mouvements, lumière et couleurs soulignent le spectacle de la révolte. C’est un peu facile mais la débauche excessive d’effets baroqueux, ça me fait jouir à tous les coups. Je savoure cet instant en lisant les tracts lâchés en pluie sur le public : « Quand une loi n’est pas juste, nul n’est tenu de lui obéir. (Pedro Calderón de la Barca) », « La vie n’est pas un songe. Alerte. Alerte. Alerte. (Federico Garcia Lorca) », « Les comédiens de ce spectacle (8), le metteur en scène, l’assistante à la mise en scène, la scénographe, la créatrice lumière, la créatrice costumes, le créateur son, la maquilleuse-perruquière, le régisseur général, le machiniste, le cintrier, l’habilleuse, les constructeurs du décor (8), les couturières (8) et les peintres (2) sont tous intermittents du spectacle. (Compagnie X-Ici) ».
Lola, qui a vu la pièce avec son mari, m’écrit aujourd’hui par mail : « Nous, on a trouvé le spectacle que tu as vu hier soir vraiment pas terrible. Beaucoup de tapage pour pas grand chose. De la daube qui se la pète transgression à deux balles pour faire mouiller son public et alimenter les ragots de presse culturelle locale aux vieux relents de cassoulet. Heureusement qu'il y avait le texte. Je t'expliquerai pour que tu fasses ta bourgeoise prétentieuse qui n'a pas le même avis que la masse. (…) Fais-moi signe salope, tu me manques. Qu’est-ce que ça sera quand tu seras en couple. Adieu. Lola. »

05/03/2005Mes amis et moi (3)Sur un rythme de guitares latines, Ava Gardner danse les pieds nus dans la terre avec une grâce inoubliable. Dans ce déhanché divin qu’on lui connaît, Rita Hayworth chante « Put the blame on mame » sur la scène d’un casino argentin. Le mois de mars s’annonce glamour à la Cinémathèque.
Hier, B. m’y accompagne voir « Règlement de comptes », de Fritz Lang. Nous rejoignons ensuite Arnaud chez lui. Il est au téléphone avec Pascal. Je prends le combiné. Pascal me raconte qu’il a vu « Love, valour, compassion » au théâtre et qu’il a un chlamydia. Au restaurant, Arnaud nous annonce qu’il siège désormais au conseil syndical de son immeuble, et qu’il a rasé le cul de son chat parce que ce dernier se salit les poils quand il a la chiasse. Il ne nous suit pas au Grand Cirque parce que son mari jaloux le lui a reproché la dernière fois et parce qu’il s’endort à table devant nous. Lola m’a dit l’avant-veille qu’il me verrait très bien en couple, que cela me tomberait dessus très vite. J’ai trouvé cette remarque extravagante. Au restaurant, B. me fait remarquer que je suis un peu nerveux. Il me parle de mon blog. Il veut que je parle de son prof de chant qui se produit au Confluent, à Portet-sur-Garonne, samedi prochain. J’ai trouvé le flyer à la Fnac. Je trouve son nom pas du tout glamour. Il aurait dû prendre un pseudo.
Au Grand Cirque, je ne reconnais pas Rémi. Il me dit qu’il a pris 6 kilos cet hiver. Au moment de payer ses consommations, il fait un sketch au mec qui l’accompagne parce qu’ils sont tous les deux incapables de se souvenir du nombre de demis que chacun a bu. B. a disparu dans les sous-sols. Je m’endors sur mon siège. Je rentre chez moi. Je me passe les bonus de « L’Ultima Récital » acheté en promo à la Fnac. Je ne peux pas m’empêcher de regarder le début du spectacle et je m’endors avec des souvenirs de trois représentations.

03/03/2005Hayao Miyazaki et moiLe débat d’Attac sur la Constitution européenne s’éternise. « Le Château ambulant » commencera avec du retard. J’attends dehors, seul dans le froid. J’ai trop chaud dans le hall du cinéma Il s’y dégage une déplaisante odeur de chiottes. Les gens sortent de la salle : des jeunes, des vieux, des pédés et des lesbiennes en couple. C’est le public habituel d’Utopia à Toulouse. Le château du film s’anime comme une image de Terry Guilliam pour les Monthy Pythons. La sorcière des Landes semble tout droit sortie des « Triplettes de Belleville ». La prairie fleurie qui embrasse un lac paisible et isolé me rappelle le petit coin de paradis perché dans la montagne qu’affectionne « Heidi » (revu cet hiver sur France 5). Je suis un peu déçu par le film. Sans répit, j’ai tenté de recoller les morceaux d’une intrigue complexe et volontairement énigmatique. J’en ai oublié d’être ému. J’ai l’impression que Miyazaki a laissé de côté sa fibre contemplative pour privilégier les rebondissements. C’est une cascade ininterrompue et échevelée d’aventures extraordinaires. Il y a trop de personnages pour qu’on ait le temps de les apprivoiser. D’ailleurs, presque tous changent d’apparence au cours du film. C’est un thème récurrent dans l’univers du cinéaste, mais ici c’est une démarche systématique : masque, sortilèges, et magie travestissent les figures à souhait. Je réalise que de tous les films de Miyazaki que j’ai vus (c'est-à-dire tous à l’exception de « Porco Rosso »), c’est celui qui m’a le moins convaincu. Je rentre chez moi un peu frustré, mais je garde le souvenir d’un éloge chaleureux de la famille d’élection, celle qui se construit avec le coeur.

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Jarman en son jardin
Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise
Par Gérard Lefort
Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»
Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr
(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.
Libération,
mercredi 26 mars 2008
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