Pub



J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Le Coeur a ses raisons"
Je lis : Copi, "Une langouste pour deux" (Christian Bourgois, 1978/1999)
Je cite : «Je pense que Madonna est une grande imposture. C'est une fausse idole. Vous voyez l'épisode du Veau d'or, dans la Bible ? Et bien le Veau d'or, c'est Madonna.», Rufus Wainwright (Têtu, février 2007)
(mis à jour mardi 20 mai 2008 à 05:30)

30/01/2005

30/01/05 - 15:33

Bruno Agati et moi

Dans la salle d’Odyssud-Blagnac, B. n’arrête pas de s’extasier devant le spectacle de ce Zapping musical kitsch et camp de Bruno Agati. Le plus jeune et le plus sexy des chanteurs provoque certains effets sur sa libido fort malmenée ces derniers temps. J’ai moi-même quelques difficultés à ne pas rester insensible à ses charmes, surtout quand sa quasi nudité laisse largement le loisir d’observer l’énorme tatouage sur sa fesse droite. Lorsque vient son tour de saluer à la fin du spectacle, B. se met à pousser un cri en sautant sur son siège. Autour de nous, il y a beaucoup de vielles personnes, et quelques homos. Je n’aime pas le public de cette salle de banlieue bourgeoise. Quand je viens ici, j’ai au moins l’impression d’être jeune et frais.



30/01/05 - 04:36

Lionel Baier et moi

J’hésite entre aller voir "Quand je serai star", de Patrick Mimouni, et "Garçon stupide", de Lionel Baier. Les deux films ont pour points communs d’être sortis le même jour, d’avoir été couverts d’éloges par Gérard Lefort dans Libé, et de ne pas être à l’affiche des cinémas toulousains à ce jour. L’acteur principal de "Garçon stupide" est craquant et bien monté. Il se dévoile avec beaucoup de naturel et d’audace. J’ai cru que le film était autobiographique. La lecture d’un entretien avec le réalisateur parue dans Illico m’apprend que je faisais fausse route. J’ai toujours eu beaucoup de tendresse pour les histoires d’apprentissage. Je vois des Antoine Doinel partout.



28/01/2005

28/01/05 - 21:29

Pascal et moi (2)

Pascal m’héberge toujours à l’occasion de mes séjours parisiens. Il me raconte comment il meuble son temps libre. Entre deux moments de recueillement à la paroisse des Blancs-manteaux, il va sucer derrière les glory-holes du Dépôt. Parfois, il est invité chez un hôte qui organise régulièrement des partouzes du côté de Nation. Pascal raffole du chocolat et des partouzes. Lorsqu’il reçoit par texto une invitation à la débauche et à la luxure, il prend le RER. Arrivé à destination, il paye une PAF de deux euros qui sert à abreuver les invités de boissons gazeuses et de bières. Son hôte lui remet un sac poubelle dans lequel il range ses vêtements. Pascal écrit son nom sur une étiquette qu’il colle sur le sac. Nu comme un ver, il stocke son sac avec les autres dans la baignoire, puis il va rejoindre les convives qui forniquent dans la cuisine. Le salon est interdit de toute activité sexuelle car le parquet dont il est pourvu est très bruyant. Un jour, les voisins excédés se sont plaints et l’hôte de Pascal a frôlé l’expulsion. Depuis, le salon ne sert plus qu’aux invités qui souhaitent se désaltérer et profiter du sofa pour reprendre des forces. Pascal fait toujours en sorte de rester jusqu’à la fin des festivités. Pour cela, il retarde indéfiniment ses éjaculations. Il tient à profiter au maximum des multiples talents de ses camarades.

20/01/2005

20/01/05 - 21:38

Jean-Louis Hourdin et moi

Je n’avais encore rien vu de Büchner mais la mise en scène de Jean-Louis Hourdin a échoué à me captiver. Jeudi, au TNT, j’ai eu l’impression d’assister à un ersatz de spectacle, un truc aseptisé avec lampions et trompette. Le type qui jouait Woyzeck m’horripilait. Je n’aime pas les comédiens qui déclament. Le seul intérêt que j’y ai trouvé fut de mater le petit trompettiste, et aussi un des jeunes comédiens. Du deuxième rang, il aurait été dommage de se priver de ce genre de plaisirs simples. Le petit trompettiste n’arrêtait pas de regarder les spectateurs des premiers rangs. Son regard a croisé maintes fois le mien. Alors que la salle applaudissait, Bruno exprimait son ravissement. Avec un sourire béat, il insinuait lourdement que le petit trompettiste m’avait tapé dans l’œil. Pour se calmer, on est allé se finir au Grand Cirque.


19/01/2005

19/01/05 - 00:59

Le sexe tarifé et moi (3)

Un après-midi de l’année dernière, un mec de mon âge m’a abordé place Wilson. Il cherchait un bar gay. Je lui ai montré le chemin pour aller au Quinquina. Il a voulu que je l’accompagne. Arrivé au bar, il m’a proposé d’entrer avec lui. À l’intérieur, il m’a raconté qu’il logeait à l’hôtel et qu’il débarquait de Limoges. Sa copine l’avait plaqué. Il respirait le sexe. Sa virilité m’excitait mais je restais sur mes gardes. Je voyais venir le moment où il allait me demander de l’héberger. Il m’a chauffé en me parlant de cul. Il m’a proposé un plan chez moi et j’ai accepté. Il s’est excité devant un porno pendant que j’étais sous la douche. Après le plan, il m’a dit qu’il ne faisait pas ça pour le plaisir, même s’il prenait parfois son pied comme ce fut le cas avec moi. Il m’a dit qu’il prenait habituellement cinquante euros, voire plus, mais que pour moi ce serait trente. Comme je n’étais pas vraiment d’accord, il est devenu agressif et j’ai cédé. J’étais furieux de m’être laissé piéger mais je n’allais pas risquer quoique ce soit pour trente euros. C’est à cet instant que je me suis aperçu que le billet de vingt euros qui était dans la poche de mon pantalon n’y était plus. Je l’ai accusé. Il m’a dit qu’il n’était pas un voleur. J’ai paniqué et j’ai décidé de me débarrasser de lui au plus vite en lui donnant ce qu’il réclamait. Il m’a suivi jusqu’au distributeur et m’a proposé d’aller boire un verre rue Bayard, près de son hôtel. J’ai accepté d’aller boire un verre mais au coin de ma rue. Il m’a raconté sa vie d’hétéro largué et de tapin pommé. Il a insisté pour que je dîne avec lui. Dans un restaurant PMU de la rue Bayard, il a invité une pute du quartier qu’il connaissait à notre table. Il a joué et a gagné avec l’argent qu’il m’avait extorqué. Je lui ai dit qu’il n’avait pas perdu sa journée. Il draguait la serveuse et tutoyait tout le monde. On le connaissait. J’étais gêné de m’afficher avec lui dans cet endroit. Il était comme un grand enfant mais ses yeux cachaient mal sa détresse et sa solitude. Il m’a demandé mon numéro de téléphone. Je lui ai donné parce que je ne me voyais pas le lui refuser. Je ne voulais pas qu’il pense que je puisse le fuir. Il m’a dit qu’il m’appellerait le lendemain. J’ai payé l’addition et je suis rentré chez moi, un peu furieux contre moi-même de m’être laissé piéger jusqu’au bout. Mais j’étais excité parce que des événements captivants avaient traversé cette journée déprimante. Il ne m’a pas rappelé le lendemain, ni les jours suivants. Je ne l’ai pas revu depuis.

16/01/2005

16/01/05 - 23:17

Le sexe tarifé et moi (2)

Pour me rendre derrière l’église Saint-Aubin depuis chez moi, il me suffit de traverser le canal. Quand j’allais draguer la nuit, j’y croisais souvent des potes rencontrés à l’époque où je fréquentais un groupe d’homos à la fac du Mirail. Il y avait rarement du monde. Je n’avais pas de voiture pour aller sur l’île du Ramier où tout se passe encore aujourd’hui. En 1996, un mec qu’A. surnommait Fantasia, à cause de son embonpoint, traînait là-bas depuis quelques jours. Je le connaissais parce qu’il travaillait comme portier dans un sex-club, le Garage. Un soir, il m’a dit qu’il tapinait et m’a cité le nom d’un de ses clients notoire. Faute d’amateurs, il a très vite déserté les bords du canal.
En 1997, j’étais au Rmi. Une nuit d’été, un type gros et moche tournait en voiture autour de l’église. Il ralentissait à chaque fois qu’il passait devant moi. J’étais assis sur une marche, à l’entrée d’un immeuble. Au troisième passage, il a agité un billet. J’ai réfléchi et je me suis avancé. Au quatrième tour, il s’est arrêté et m’a proposé 200 francs pour me sucer. J’ai accepté. Je suis monté dans la voiture. Il m’a emmené dans un coin tranquille, du côté de la fac de Rangueil. Il s’est mis à genou et m’a sucé. Ça me faisait bander de me faire payer et de le dominer. A sa demande, j’ai joui dans sa bouche. Il voulait que je lui pisse dans la bouche mais ma vessie était vide. Il m’a déposé où il m’avait trouvé. Je suis rentré chez moi. Je me suis senti sale parce que j’avais trouvé le plan glauque. Mais j’étais tout excité à l’idée d’avoir à raconter ma nouvelle expérience à mes amis.
Quelques mois plus tard, sur le réseau, un type m’a proposé de me branler et de me tripoter le cul pour 200 francs. J’ai accepté. Je l’ai reçu chez moi. J’ai trouvé que c’était bien payé pour se faire caresser.
Après ça, je ne me suis plus jamais fait payer pour du sexe, mais j’ai donné du fric à un petit jeune rencontré sur un réseau désert au milieu de la nuit. J’avais une envie dingue de sexe comme cela m’arrive souvent les nuits de pleine lune. Il m’a réclamé cinquante francs pour une pipe. Je l’ai sucé dehors, au fond d’une impasse, entre le canal et la voix ferrée, derrière une salle de sport du boulevard de la Gare. Il était brun, mignon et timide.

15/01/2005

15/01/05 - 19:23

Le sexe tarifé et moi

Mercredi, je rentre du théâtre à 22 heures. Un fourgon se gare au fond de l’impasse, sous mes fenêtres. Depuis le premier étage, je vois le conducteur enlever son pantalon et son slip, et se glisser vers la place du passager. Je change de fenêtre pour voir la plaque d’immatriculation. C’est un véhicule portugais. Lorsque je reviens à mon premier point de vue, j’aperçois un pied dans une chaussette, près du volant. Le fourgon commence à bouger. Très vite, le conducteur se rassied et nettoie sa bite avec un kleenex. Il se rhabille. Le fourgon disparaît en marche arrière. Je suis subjugué par la courte durée des accouplements en milieu hétérosexuels.
Vendredi, je rentre du Grand Cirque à 2 heures. Une voiture se gare sous mes fenêtres. Le conducteur, d’une trentaine d’années, descend pour se placer à l’arrière. La passagère se place à ses côtés. Elle doit avoir le même âge que lui. Elle a de longs cheveux châtains et bouclés. Il sort des billets de sa poche et lui tend une somme. Il enlève son jean et son boxer gris. Elle le suce. Alors qu’il s’allonge sur elle, je vois deux grains de beauté sur sa fesse gauche. Elle s’assied sur sa bite. La voiture bouge. Il jouit. Elle se dégage. Il enlève son préservatif. Il se nettoie avec un kleenex. Il frotte le siège de la voiture. Il reprend sa place au volant. Elle s’accroupie sur le trottoir pour uriner. Il frotte de nouveau le siège souillé. Elle monte dans la voiture qui disparaît en marche arrière dans le brouillard.
Quand je rentre chez moi la nuit, je me fais souvent racoler par une grosse prostituée noire qui tapine au bord du canal, à l’angle du boulevard de la Gare et de l’avenue du Cimetière. Cet été, elle m’a fait des gestes obscènes pour mimer la fellation avec sa bouche et sa main droite parce qu’elle ne maîtrise pas le français. J’ai dû lui dire que j’étais gay pour qu’elle arrête. Elle ne comprenait pas le mot « homosexuel ». Elle s’était mise à rire aux éclats et m’avait tapé dans la main.

14/01/2005

14/01/05 - 01:35

Jacques Nichet et moi

Un soir de première au TNT, tout le staff du théâtre est sur les rangs. Les comédiens, chanteurs et musiciens en formation de l’Atelier Volant interprètent "L’Augmentation", de Georges Perec. Dans l’après-midi, devant le théâtre, j’ai assisté à la pose sur la façade vitrée des gros caractères de : « Comment, quelles que soient les conditions sanitaires, psychologiques, climatiques, économiques ou autres, mettre le maximum de chances de son côté en demandant à votre chef de service un réajustement de votre salaire ». Je ne savais pas que George Perec avait écrit une pièce. Au guichet des invitations, le metteur en scène, Jacques Nichet, salue une connaissance. Dans la Lettre du TNT, sur une photo, j’ai repéré le physique attachant d’un des jeunes comédiens. Il est le premier à entrer sur scène. Il joue de l’accordéon. Il apparaît peu dans le spectacle. Lorsqu’un des comédiens se retrouve nu, je regrette que ce soit le plus moche des quatre. Les autres sont habillés en rouge et noir. Le texte, d’abord un peu austère, vire au rocambolesque. La mise en scène aussi. A la fin, Jacques Nichet salue avec les comédiens.

12/01/2005

12/01/05 - 22:22

Sustiva et moi (2)

Au téléphone, Lola m’a suggéré de demander à mon médecin qu’il m’accorde deux mois de vacances thérapeutiques supplémentaires. Ce week-end, en triant mes médicaments, je suis tombé sur un petit dépliant, sorte de mode d’emploi consacré à Sustiva. Depuis l’arrêt du traitement, il y a dix jours, je réalise que je ne me réveille plus le matin fatigué et que la vie est belle. Je suis opérationnel dès que je pose le pied par terre. Je n’ai plus besoin de me recoucher, épuisé après avoir ingurgité mes oligo-éléments et mes vitamines. La nuit, à peine endormi, je ne me réveille plus en sursaut avec la certitude qu’un intrus s’est infiltré dans ma chambre pour me trucider dans mon sommeil. Je n’ai plus de crise d’hystérie. Le soir du réveillon chez Bruno, lorsqu’un pauvre alcoolique m’a agressé, foutant ainsi ma soirée en l’air, je suis resté calme. A la surprise générale, je l’ai ignoré. Je l’ai laissé s’engluer dans sa propre misère, s’enfoncer plus profond devant tout le monde.

11/01/2005

11/01/05 - 01:12

Gaël Morel et moi

"Le Clan" sort enfin à Toulouse, sept mois après Paris. La petite salle du Cratère est pleine de pédés. La veille, à la projection de "My beautiful laundrette" à la Cinémathèque, il y avait aussi beaucoup de pédés mais pas seulement. A la caisse, j’entendais des discussions en anglais. Dans la salle, j’étais assis à côté d’un vieux pakistanais. Le générique du "Clan" m’apprend que Christophe Honoré a co-signé le scénario. Le premier quart d’heure, je suis atterré pas ce que je vois : une succession de fantasmes dignes d’un porno soft pour sex-club de province. Gaël Morel filme la caillera dans une jack-off party sur canapé devant un porno hétéro, une séance de musculation tous torses exhibés, un pitbull, des histoires de came. Il charge un peu la barque à mon goût. Au vu du casting, il kiffe grave les jeunes keums musclés secs et lookés hétéros. Les guest-stars ont à peine le temps de défendre leur personnage. Quand je vois Vincent Martinez, j’ai juste le temps de penser qu’il est le beauf de Kylie Minogue qu’il a déjà disparu de l’écran. Les personnages prennent très vite de l’épaisseur et je commence à prendre mon pied. Gaël Morel n’est pas encore un excellent directeur d’acteurs, mais il a un sens singulier de la mise en scène. Quand, une nuit, un des personnages se fixe du regard sans un mot dans le miroir de sa salle de bain, je repense à cette scène des "Roseaux sauvages" où Gaël Morel martèle plusieurs fois « Je suis un pédé ! » en se regardant dans une glace du dortoir d’un pensionnat endormi. J’ai toujours pensé que Téchiné citait alors "Baisers volés", de Truffaut. Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) s’y regarde dans un miroir en répétant inlassablement son nom et celui de Fabienne Tabard (Delphine Seyrig) dont il est secrètement amoureux. Je quitte la salle heureux, à la nuit tombée.
Je rentre à pied par la rue Sainte-Catherine, les allées Jules-Guesde et la rue Riquet. Place Dupuy, je croise Pierre. Il me parle de "La Chute". En passant derrière l’église Saint-Aubin, trois filles tapinent. Je repense à toutes ces nuits passées ici à draguer sous les érables, au bord du canal. Je suis nostalgique parce qu’il y a bien longtemps que les pédés, chassés par la prostitution hétérosexuelle, ne viennent plus draguer la nuit. La semaine dernière, Lola m’a raconté qu’il lui était arrivé de baiser sur le parvis de l’Eglise, derrière un pilier du porche aujourd’hui fermé par des grilles. J’ai trouvé ça too much. En longeant le canal, je croise deux mecs qui se dirigent vers le Grand Cirque. Tout à l’heure, deux autres en sortaient avec leur sac gavé de matos, Après-midi Hard oblige.



06/01/2005

06/01/05 - 02:55

Arnaud Desplechin et moi

Le dimanche qui suivait Noël, Michel Ciment interrogeait Arnaud Desplechin à propos de son nouveau film. L’interviewé parlait lentement et très bas. J’ai trouvé ça chiant, comme souvent sur France Culture. Je n’avais pas encore vu le film, je ne savais pas de quoi il parlait, je n’arrivais pas à m’intéresser à ce qu’il disait. Quelques jours auparavant, sur France Inter, un journaliste lui avait posé une question sur le contentieux qui l’oppose à Marianne Denicourt, son ex. Il avait refusé de répondre, prétextant que, le livre de cette dernière n’étant pas encore publié, le public ne pourrait pas juger de quoi il retournait.
Le hall du cinéma est bondé dès 20 heures. Cela me stresse. Je préfère voir les films le plus tard possible et en début de semaine, pour éviter la foule. J’aperçois un de mes anciens collègues. Je fais en sorte qu’il ne me voit pas. Je sors exceptionnellement avant la fin du générique de « Rois et reine » pour l’éviter. Une femme discute avec une jeune fille en train de détacher son vélo. La femme m’interpelle. Elle veut savoir ce que j’ai pensé du film. Elle me suit en me donnant ses impressions. Elle me saoule. Je me méfie de ce genre de bonnes femmes qui parlent à des inconnus dans la rue. Je me demande si elle est à moitié folle ou nymphomane. Elle remarque ma gêne et me rassure sur ses intentions. A part deux banalités, je ne sais pas quoi lui dire. Je poursuis mon chemin de mon côté. Je n’aime pas dire ce que je pense d’un film en sortant de la salle, à chaud. C’est la raison pour laquelle je vais très souvent seul au cinéma. De toute façon, je n’ai pas assez d’amis pour m’accompagner chaque fois que je me fais une toile, deux à cinq fois par semaine. Et je ne connais rien de meilleur que de rentrer chez soi, dans la nuit, seul et apaisé, avec les images et les émotions du film qui se bousculent dans la tête. Ce soir là, malgré le froid, j’aurais pu traverser la ville entière à pied.




03/01/2005

03/01/05 - 00:56

Le vigile de la cinémathèque et moi

Je l’aperçois au moins chaque semaine. Dans son costume bleu et sa cravate pas sexy du tout, il me rend amoureux, bien plus que tous ces clones bodybuildés et en marcel que je croise au Grand Cirque de la chair facile et offerte. Il a le regard bleu triste, les cheveux noir éclatant et le teint mat triomphant. Il doit avoir 28 ans. A la fin du film, il tient parfois la porte de la salle aux spectateurs qui en sortent. Si le film ne m’a pas satisfait, je pars toujours comblé d’avoir vu son visage. J’ai souvent fixé effrontément son regard en lui disant au revoir. J’ai dû l’effrayer. Depuis peu, quand il me voit arriver, il regarde ses pieds ou se cache derrière la porte. Il me fuit. Les jours où il n’est pas là, je me satisfais du sourire innocent de son petit collègue. Il lui ressemble un peu, à tel point que je les confondais au début. Pourquoi l’avoir provoqué de la sorte ? Je ne drague jamais personne depuis bien longtemps, j’ai perdu le mode d’emploi et cela ne m’intéresse plus. Si je me suis mis à le désirer du regard, à lui dire furtivement mon envie de lui, les yeux dans les yeux, le temps d’un au revoir, c’est parce que je savais que rien ne pourrait arriver. Je sais que je suis incapable d’aller plus loin, que je ne lui plais pas, et que de toute façon ce garçon est hétérosexuel.

 

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

ENTENDU

"Minuit/Dix", Olivier Ducastel & Jacques Martineau. Par Laurent Goumarre, France Culture, 3 juin 2008. (50 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008