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J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Le Coeur a ses raisons"
Je lis : Copi, "Une langouste pour deux" (Christian Bourgois, 1978/1999)
Je cite : «Je pense que Madonna est une grande imposture. C'est une fausse idole. Vous voyez l'épisode du Veau d'or, dans la Bible ? Et bien le Veau d'or, c'est Madonna.», Rufus Wainwright (Têtu, février 2007)
(mis à jour mardi 20 mai 2008 à 05:30)

30/11/2004

30/11/04 - 21:12

Spike Lee et moi

Avec « Get on the bus », Spike Lee avait tenté un première approche cinématographique du gay. Dans « She hate me », il met en scène une armée de lesbiennes occupées à se faire inséminer par un bel et jeune étalon noir dont les études et la réussite professionnelle influent beaucoup sur son pouvoir d’attraction. Ce dernier, devenu persona non grata d’un système industriel et boursier qu’il s’évertue à dénoncer, a besoin d’argent pour conserver un train de vie bourgeois. Voilà donc nos amies lesbiennes prêtes à monnayer au prix fort le sperme de cet homme apparemment parfait. Spike Lee met le doigt bien profond dans le cul du libéralisme. Tout s’achète au pays de l’argent Roi, sauf l’honneur et la morale. Mais le cinéaste croit encore en l’humanité et ses films les moins cyniques et les plus amoureux sont aussi ceux que j’aime le plus.


29/11/2004

29/11/04 - 00:04

Le sida et moi

Je ne le connaissais pas. Il me reçoit dans son bureau. Il est cadre dans un grand groupe agro-alimentaire. Il me dit que Télérama a publié son témoignage, il y a onze ans. L’année suivante, il a de nouveau témoigné au moment de la création de son association. J’ai finit par remettre la main sur ces deux numéros conservés chez mes parents. En m’y replongeant, je me suis souvenu les avoir lu à l’époque, et que le premier article avait bouleversé beaucoup de monde. Les pages consacrées au courrier des lecteurs en faisaient largement écho. Je relis ces deux témoignages. Tout a changé : c’était avant les trithérapies, j’étais séronégatif. Je réalise que tout cela me paraissait bien exotique et irréel. Aujourd’hui, ce type me parle, il touche en plein dans le mille. C’est étrange. Je me revoie, étudiant, lisant ces lignes parmi tant d’autres lues. Dix ans après, je confronte son expérience à la mienne : le récit du dernier test, la découverte du résultat, le premier traitement, les effets secondaires, la fatigue, l’usure physique, le corps qui vieillit trop vite, la mort apprivoisée au quotidien, la vie malgré tout, l’urgence de vivre, la jouissance de vivre, le temps qu’il reste à vivre, tout ce que les séronégatifs ne peuvent pas comprendre, la chance d’être séropositif et vivant.
Le jour de notre rencontre, je ne lui ai pas dit que j’étais séropositif. J’étais pressé, il était en plein travail. Je me demande s’il s’en est rendu compte. On se reconnaît parfois entre séropos, de la même manière qu’on se reconnaît entre pédés quand on se croise dans la rue.

28/11/2004

28/11/04 - 19:48

Philippe Combes et moi

Dans "Magma", création du danseur et chorégraphe toulousain Philippe Combes, vu hier soir au TNT, il y a deux danseuses et trois danseurs, dont le chorégraphe. Je n’ai regardé que les hommes, dans leur costume gris. Je tentais de deviner ce qu’ils portaient sous leur pantalon. L’un d’entre eux portait une alliance. Je sais, pour l’avoir lu dans le journal, que Philippe Combes est en couple hétérosexuel. Ces deux là portaient des slips. Le troisième un string, je pense. Sa performance était enivrante, presque éprouvante. Du troisième rang, on percevait sa fatigue, à force de répéter inlassablement, jusqu’à cent fois, les mêmes gestes.

27/11/2004

27/11/04 - 19:20

Didier Carette et moi

Avec Claude Bardouil, Didier Carette est le metteur en scène toulousain qui m’interpelle le plus. Je l’ai découvert avec "Karamazov" d’après Dostoïevski. C’était au cours de la première saison du TNT, en 2000, je crois. L’année suivante, j’avais été subjugué par sa mise en scène baroque et échevelée d’une pièce méconnue de Corneille, "L’Illusion comique ». A la tête du théâtre Sorano, après "Satyricon" d’après Petrone, il s’est à nouveau intéressé à un grand classique de la littérature pour en livrer une relecture théâtrale foisonnante : il met en scène une adaptation de "La Reine Margot" d’Alexandre Dumas. Trois heures de spectacle, sans qu’on ne ressente le moindre temps mort. Ambiance gothique, musique lancinante, excès de lyrisme assumé sont les ingrédients de cette mise en abîme théâtrale décryptée par le personnage du juif errant, tel un narrateur facétieux et ricanant. Et puis, je n’avais encore vu un duc d’Anjou (futur Henri III) aussi folle et hystérique, ni un finale aussi improbable. David a aimé et Arnaud ne s’est pas endormi, c’est dire…
L’an passé, après la représentation de "Peer Gynt", alors que les comédiens chantaient du Piaf et du Dalida dans le hall du théâtre où ils avaient entraîné les spectateurs, j’observais Carette. Fume-cigarette aux lèvres et doigts ornés de bagues, il scrutait les réactions de l’assistance. Je me suis dit qu’il ressemblait beaucoup à son frère.

26/11/2004

26/11/04 - 01:32

Gérard Lefort et moi

Pour la troisième semaine consécutive, Gérard Lefort signe une critique de film conséquente dans Libération. Je suis comblé. J’étais en manque, depuis trop longtemps. Il est le seul à m’émouvoir autant que les films sur lesquels il écrit. Je me souviens l’avoir découvert à la lecture de sa critique de "J’embrasse pas", d’André Téchiné, en 1991. J’étais sorti du film bouleversé. J’avais acheté Libé. Dans la foulée, je me suis mis à l’écouter sur France Inter. Quand son émission est devenue quotidienne, ses textes se sont raréfiés. Pas si grave, son duo radiophonique avec Marie Colmant était à la fois passionnant, déroutant et drôle. Lors de notre rencontre à Pau, en 2000, il avait évoqué Jean-Louis Bory qu’il écoutait au Masque et la Plume dans les années soixante-dix. Il y a deux ans, lorsque Marie Colmant a rejoint Télérama, il a préféré quitter France Inter, mais sans reprendre la plume régulièrement. Jusqu’à ce mois-ci. Sur ces conseils, la semaine prochaine, j’irais voir "Tarnation", de Jonathan Caouette.




23/11/2004

23/11/04 - 23:33

Bertrand Tavernier et moi

Dans une salle remplie de spectateurs invités par Télérama à l’avant-première de "Holy Lola", de Bertrand Tavernier, une réplique du film me perturbe. Dans une scène, un couple explique qu’il a acheté ce même magazine pour le mettre en évidence lors d’une visite à domicile des services chargés de délivrer les autorisations d’adoption. La présence de Télérama était censée être un signe de « bonne moralité »… J’ai décidé de ne pas renouveler mon abonnement et de me lancer dès aujourd’hui dans la lecture de "Perversions hebdo" et de "Mauvais esprit mag".




22/11/2004

22/11/04 - 18:53

Pascal et moi

Au téléphone, Pascal me raconte une après-midi de shopping à Paris. Dans une boutique de la rue Etienne Marcel, un vendeur noir, musclé et bogosse, à force de voir se retourner mon ami dans tous les sens et dans toutes sortes de pantalons avantageux, a laissé apparaître une bosse sans cesse croissante au niveau de son entrejambes. Pour être sûr que son client se rende bien compte du trouble qu’il provoquait sur sa libido, il lui demande si le pantalon qu’il porte lui-même est à son goût… L’histoire s’arrête là. Sainte-Nitouche jusqu’au bout des ongles, Pascal a quitté les lieux sans laisser d’adresse, de téléphone, ni même avoir marqué son territoire !?!
A suivre…

20/11/2004

20/11/04 - 16:05

Le Grand Cirque et moi

Hier soir, Bruno m’entraîne au Grand Cirque. Il salue un garçon. Je venais juste de lire le blog de ce mec et celui de son pote sur GA… Toulouse est un village. Je vois beaucoup de visages familiers. Je vais vers Pierre. Il me dit qu’il a lu mon blog. Eric est là, avec un ami. Rémi est remonté des sous-sols. On le croyait à Marseille, il était sous poppers. Il m’affirme ne plus pouvoir sucer avant d’avoir inhalé son flacon, puis il disparaît aussi vite qu’il était apparu. Je croise Domi qui, telle Cendrillon avant les douze coups de minuit, se précipite vers la sortie. Au bout d’une heure, Bruno s’en va. Une heure plus tard, je rentre la queue basse…

18/11/2004

18/11/04 - 22:07

Le sexe et moi

Retour de la campagne. Je suis reposé, mais en manque de sexe. Depuis mon retour, je suis scotché sur le net. Deux nuits consécutives, le chat de caramail n’a rien donné. Le premier soir, un bogosse de 27 ans s’est montré via msn. Il m’a envoyé sa photo. Il me dit qu’il est bi et marié. Le deuxième soir, on s’est tous les deux fait branché par un troisième mec qui pouvait nous recevoir dans son garage, en banlieue. On lui a proposé un plan à trois. Je sentais pas le truc, l’autre non plus, ça n’a rien donné. Ce que je lui propose lui convient, mais j’ai pas envie de le recevoir. Je n’aime pas le sexe en chambre. Je n’aime que le plein air, debout, la nuit, dans les parcs, les entrées de parkings, les chantiers, les zones industrielles, les terrains vagues… Il me dit qu’il n’a eu que trois expériences homosexuelles. Il ne semble pas préparé à baiser dehors, il est pas rassuré. Si je devais avoir peur, ce serait plutôt de recevoir chez moi un mec du chat, qui plus est soi-disant hétéro. Ce serait pas le premier, bien au contraire, mais j’ai plus envie de ça. Le sex-club près chez moi, je crois que j’en ai fait le tour. Aller chez les gens : bof. J'en ai marre des baiseurs sur canapé, des mecs qui vivent loin du centre-ville, dans des résidences grillagées avec confort petit bourgeois, des mecs déjà allongés avant d’être à poil. Je veux du sexe en liberté et inventif, pas aseptisé. Les pédés sont devenus conformistes. Quel ennui… Je suis en manque. Je vais aller draguer dehors, tard, sous la lune.




11/11/2004

11/11/04 - 15:24

Jérôme Deschamps, Macha Makeïeff et moi

Donc, « Les Etourdis », par la Compagnie Deschamps et Makeïeff , triomphe actuellement au Théâtre national de Toulouse – Midi-Pyrénées, et ce, jusqu’à ce soir. La représentation de ce mardi fut couronnée de cinq rappels. Dans la salle, je suis frappé de voir que toutes les générations sont représentées, sauf peut-être le 4e âge qui, à cette heure-ci, attendait sans doute avec impatience que TF1 dévoile le nom de la femme la plus belle du « monde »... De la troupe de comédiens qui fit les beaux soirs de Canal + (avec les Deschiens), il ne reste presque plus personne dans ce spectacle. La plupart sont de nouvelles têtes et cela fonctionne tout autant. La magie opère, l’émotion affleure, les rires éclatent. Peu de répits. La télé a popularisé la griffe Deschamps & Makeïeff, et c’est tant mieux. Ce spectacle repose tout entier sur les épaules de Patrice Thibaud, qui fait parfois de sublimes apparitions dans l’émission de Stéphane Bern, toujours sur Canal +. Il joue les patrons d’entreprise, tyrannisant le petit personnel autant que le chat de son imposante dulcinée. Tout en nervosité, il revisite le de Funès de « La Zizanie ». Spectacles après spectacles, je ne suis jamais déçu par Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff, ni par les comédiens qu’ils ont le talent de dénicher et de mettre en scène comme personne. _SnoopDog_ me dit que son frère est de cette troupe… Je crois savoir lequel de la bande. Sont-ils tous ouf dans cette famille ?




10/11/2004

10/11/04 - 22:36

Lady Oscar et moi

D’un coup de zappette, je tombe par hasard sur « Lady Oscar », la série que rediffuse actuellement France 5, depuis une dizaine de jours, aux alentours de 13 heures… Quel bonheur ! Il y a quelques temps, à cette heure-là, on avait vu « Tom Sawyer » et « Les Mystérieuses cités d’or ». Totalement régressif, je sais. Mais c’est ma dure condition de trentenaire perdu dans ce nouveau millénaire, en mal de souvenirs émus. Je repense au film de Jacques Demy tiré du même manga japonais, « Rose de Versailles ». Il n’avait jamais été distribué en France, Arte l’a diffusé il n’y a pas si longtemps…




08/11/2004

08/11/04 - 22:51

Têtu et moi

Je suis frappé ici et là par le dénigrement systématique exercé à l’encontre du magazine Têtu, à tel point qu’il semble que cela soit devenu un sport très prisé des gays francophones - et pas uniquement de la part des adhérents de GayLib ou de la gauche alternative. Pourquoi tant de haine ? C’est vrai, je ne lis plus vraiment Têtu depuis des années, bien que le facteur daigne bien le déposer encore dans ma boîte aux lettres. En fait, il y a bien longtemps que son contenu m’indiffère, à quelques exceptions près. Ces derniers temps, ces exceptions sont certes plus nombreuses : les chroniques de Christine Angot et Didier Eribon me réjouissent, la série de photos « Les Pisseurs » de Christophe Honoré m’a emballé, le dossier TF1 m’a intrigué, celui sur PinkTV m’a amusé, la parole donnée aux anti-mariages m’a enchanté, mais à part ça… De là, à chier sur Têtu pour me la péter grave en société, il n’y a qu’un pas que je ne franchirais pas. Il y a tellement de torchons immondes sur lesquels j’ai plutôt envie de déverser ma bile.
Têtu, c’est comme le milieu gay, j’en ai eu besoin dans mon parcours d’homosexuel en mal de reconnaissance. Je l’ai fréquenté assidûment, jusqu’au jour où j’ai réalisé que j’en avais fait le tour. Et je suis passé à autre chose. Parfois, j’y retourne par habitude.

07/11/2004

07/11/04 - 23:54

Bruno et moi

Sur le carton d’invitation : «Marilyn-Bruno A. vous invite à la BLONDE PARTY. Le 6 novembre 2004, retrouvez tout l’univers de Marilyn-Bruno A.***PASS V.I.P. pour la Blonde Party*** (Blondes only accepted)».
Le bilan de la soirée est sans appel : Bruno est beaucoup plus naturel avec les fringues de sa mère qu’en tenue civile ! Quelle élégance, quel maintien et quel savoir vivre ! Seule faute de goût : le string noir qu’il portait sous sa robe à paillettes de couleur ocre… Mais était-ce vraiment involontaire, comme il l’a laissé croire à ses invité(e)s ? De retour chez moi après une soirée haute en couleur, de sa voix synthétique et féminine, mon répondeur me signale : « Vous avez 1 nouveau message. Message 1, samedi, 21h59 ». Puis, ces mots : « Jérôme G. fixe, bonsoir, c’est Joël C. qui t’appelle. J’étais en compagnie d’Ernest. Il est très beau en ce moment. Il a de très beaux cheveux noirs, une petite coupe avec une teinture, ça lui va très très bien ! Bon, ben j’appelais pour laisser un message futile et inutile. Voilà, maintenant que c’est fait, je vais raccrocher… Allez bye ! »

06/11/2004

06/11/04 - 17:09

Lola et moi

Lola était hystérique hier après-midi. Via messenger, il m’explique qu’il est énervé rapport à un mail d’une amie qui lui proposait d’aller distribuer des tracts sur un marché de la banlieue toulousaine avec d’autres amis écolos s’étant donnés pour mission de sensibiliser les banlieusards à l’environnement. Elle précisait qu’il pouvait venir avec ses propres tracts contre l’homophobie. Comme il ne voyait pas trop le rapport, et comme il a tendance à penser qu’on en fait des tonnes quand on parle de recrudescence homophobe ces temps-ci (sûrement pour faire passer le suppositoire d’un projet de loi contre les propos homophobes au Parlement), à la fin de la réponse à sa copine, qu’il me communique, il ajoute cette note :
« nb. Quant à l'homophobie, je travaille sur la mise au point d'une crème de jour anti-homophobe à base de millepertuis et de calendula, aux vertus autobronzantes, en collaboration avec une secte lesbienne macrobiote d'Orlu (09) ; bientôt en vente à Leclerc Blagnac ». Lola me fait rire.

05/11/2004

05/11/04 - 17:29

Jacques Tati et moi

A la Cinémathèque, la rétrospective Jacques Tati a pris fin avant-hier. J’ai revu "Jour de fête" et "Trafic". Vu aussi au théâtre Garonne, un hommage théâtral et musical, tendre et drôle, de la Compagnie Deschamps et Makeïeff à Tati, coincé entre les illustrations sonores (un peu envahissantes) de l’orchestre La Friture moderne, et la projection de deux courts métrages : "Soigne ton gauche" de René Clément avec Tati et "L’Ecole des facteurs" annonçant déjà ce chef d’œuvre champêtre et indémodable qu’est "Jour de fête".
Aujourd’hui même, c’est le 12e anniversaire de la mort de Jacques Tati, nous dit-on sur Canal +…


Photo Robert Doisneau

04/11/2004

04/11/04 - 01:02

Wong Kar-Wai et moi



J’apprends sur France Culture que « 2046 » est le dernier volet d’une trilogie de Wong Kar-Wai consacrée à Hongkong : « Nos années Sauvages » est filmé principalement en plans larges, « In the mood for love » en plans américains, et « 2046 » en gros plans. On ne dira jamais assez à quel point l’écoute de France Culture peut parfois se révéler plus enrichissante que celle de Skyrock...



J’ai découvert Wong Kar-Wai en 1997, à l’époque de la présentation de « Happy together » au festival de Cannes. Je n’ai vu le film que plus tard, à sa sortie en salles. Je me souviens avoir croisé les acteurs du film et le réalisateur au Palais du festival, à Cannes. Avec le jury du Prix de la Jeunesse, dont j’étais, nous étions conviés à un cocktail. Ils étaient là, filmés par France 2 sur le balcon du salon où se trouvaient aussi quelques VIP égarées : Danièle Gilbert (avant son coming-out fermier), Laurent Gerra (avant son coming-out beauf) et Henri Chapier (avant son coming-out technophile). Un de mes collègues jurés était allé saluer Laurent Gerra en lui disant qu’il était dans le même lycée que lui auparavant et que sa prof d’histoire géo avait été la sienne.



J'ai peu de souvenirs de « Nos années Sauvages ». Quant à « In the mood for love », je le considère comme le meilleur film du cinéaste, le plus fluide, le plus linéaire, d’une subtilité éblouissante. Tellement subtil que j’y trouve quelque chose de nouveau à chaque fois que je le revois. « 2046 » débute comme se terminait « In the mood for love » : par l’évocation de ce trou sur lequel on pose ses lèvres pour y dire un secret, avant de le fermer pour que le secret soit bien gardé. Les deux films se reflètent constamment l’un dans l’autre, ils suivent le même personnage, interprété par le même acteur. Mais il est aussi complexe dans sa construction que le précédent est limpide.



01/11/2004

01/11/04 - 17:48

Valérie Lemercier et moi

Le soir d'Halloween, j’ai expliqué en plein repas à mes amis qu’une fois sorti du cabinet de mon proctologue, je me suis arrêté dans la rue sur un étalage de dvd à prix cassés. Rentré chez moi, quelque peu irrité, j’ai réalisé que je venais d’acheter "Le Derrière", de Valérie Lemercier. Au milieu de la nuit, dans les bas-fonds du Grand Cirque, j’ai dû repousser les avances d’un Dracula peu ragoûtant, puis de la créature de Frankenstein, sans masque ni maquillage, celui-là ! Ils semblaient visiblement réjouis des exhibitions d’un garçon portant collants et jupette à la romaine, je n’ai pas compris le rapport de la tenue avec le thème de la soirée. Dans la cabine équipée d’une vitre sans teint, j'ai pu constater au travers que ce dernier portait un string là dessous.



 

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

ENTENDU

"Minuit/Dix", Olivier Ducastel & Jacques Martineau. Par Laurent Goumarre, France Culture, 3 juin 2008. (50 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008