J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city"
Je lis : Copi, "Une langouste pour deux" (Christian Bourgois, 1978/1999)
Je cite : «Je pense que Madonna est une grande imposture. C'est une fausse idole. Vous voyez l'épisode du Veau d'or, dans la Bible ? Et bien le Veau d'or, c'est Madonna.», Rufus Wainwright (Têtu, février 2007)
(mis à jour mercredi 2 avril 2008 à 18:54)

11/05/2008

11/05/08 - 19:42

Jean Gilles et moi

Le chœur les Eléments est installé dans l'entrée romane de la cathédrale Saint-Etienne avec l'orchestre baroque Les Passions dirigé par Jean-Marc Andrieu, je découvre le requiem de Jean Gilles qui fut maître de musique de cette cathédrale à la fin du XVIIIe siècle. Les applaudissements du public enthousiaste résonnent dans la nef, j'explique à M. après le concert que ce requiem fut créé ici lors des funérailles du compositeur en 1705.
"Big 3rd episode (Happy/End)" débute par les répétitions d'un concert de rock, je suis réveillé par le cri des guitares et le fracas de la batterie. Les musiciens parlent de cul, je vois la chanteuse débarquer telle une vamp moulée dans une robe rouge vif. Une vidéo prend le relais, je ne retiens pas grand-chose de ces images. La suite se déroule dans une salle de sport où des filles dénudées bavardent, je n'ai d'yeux que pour le garçon au torse nu. La scène est répétée une nouvelle fois comme ce fut le cas avec le tableau d'ouverture, je reconnais la musique d'Angelo Badalamenti tirée de la bande originale de "Mulholland drive". La même scène est rejouée une quatrième fois, je suis excédé par ce procédé lassant et sans intérêt. Un mur de carrés lumineux s'ébranle, je baille à m'en décrocher la mâchoire. Des jeunes gens font irruption sur le plateau du Théâtre Garonne en poussant des cris euphoriques sur fond de musique à danser, j'attends la fin de ce calvaire avec impatience. Le spectacle a duré une petite heure, je m'étonne de l'exaltation de M. à la sortie. Céline Nogueira me fait part de sa grande satisfaction au bar du théâtre, je l'écoute intrigué par tant d'enthousiasme.



"Big 3rd episode (Happy/End)" © Wolfgang Kircher

04/05/2008

04/05/08 - 05:09

Céline Nogueira et moi

Céline Nogueira s'adresse au public des curieux invités à découvrir son travail dans un atelier du Théâtre Garonne, je suis impatient d'assister au fruit de ce chantier issu d'une réflexion en cours autour de trois pièces de Shakespeare: "MacBeth", "Richard II" et "King Lear". Elle dépose une couronne sur la tête d'Haris Resic contre toute attente, j'assiste à la déception de Claude Bardouil en ce début de "Of Kings and men". Elle confie finalement à ce dernier le rôle du roi comme convenu en répétitions nous dit-elle, je l'observe interpréter le soulagement avant de se lancer dans quelques pitreries. Il grimpe en hauteur et se balance dans le vide, je ne comprends rien aux fragments de textes dits en anglais. Il finit par être dépossédé de sa couronne puis humilié, je trouve qu'il fait une drôle de tête. Sandrine Nogueira vide un seau d'eau sur sa tête et se roule par terre, je suis étourdit par tant d'énergie libérée en si peu de temps. A. est dans tous ses états après cette brève présentation, je l'interroge sur l'origine de son émoi. Il disparaît dans la foulée vers un prétendu rendez-vous sexuel, les autres m'entraînent à la table du Point d'Ogre. La conversation s'attarde sur "Nature morte dans un fossé" de Fausto Paradivino, j'argumente ma déception après avoir assisté à une représentation au TNT. Le collectif D.R.A.O. y revendique la colère de l'auteur, je n'ai pas compris pourquoi l'interprétation loufoque de Stéphane Facco désamorce en permanence cette colère. Claude Bardouil me présente la New-yorkaise Fay Simpson, j'écoute encore une fois au cours de la soirée l'étrange histoire de la dent de Bilbo. Ktoo finit par voir des mormons partout dans la salle du restaurant, je m'associe à l'hilarité générale jusqu'au milieu de la nuit.
Je somnole de fatigue le lendemain pendant "le Combat de Tancrède" à Odyssud, la musique de Claudio Monteverdi est interprétée par les Sacqueboutiers. Je suis frustré d'apprécier si peu d'instruments anciens, un duo de danseurs exécute une chorégraphie de très mauvais goût. La soirée se termine au Grand Cirque avec A. et R., je ne m'y éternise pas.



Photo: "Of Kings and men"

27/04/2008

27/04/08 - 07:39

Joel et Ethan Cohen et moi

"Hollywood vixens" débute par une énorme fête dans une villa, je pense à "The Party" de Blake Edwards. Russ Meyer filme les aventures d'un groupe de filles libérées qui jouent de la musique pop, je m'étonne de ne pas croiser les énormes poitrines peuplant ses oeuvres les plus connues. La comédie musicale vire au conflit entre les sexes, je retrouve là les obsessions habituelles du cinéaste. Les acteurs sont jeunes et beaux, je suis enthousiaste face à l'irruption du cauchemar final. M. s'extasie à la sortie de la Cinémathèque, je n'avais pas découvert une telle perle au festival Extrême Cinéma depuis longtemps.
La plus petite salle de l'ABC affiche complet, je ne m'en m'étonne même pas. Je n'aime pas cet endroit exigu, c'est la dernière projection de "No country for old man" avant la fermeture du cinéma pour travaux. Je renifle par intermittence la mauvaise halène du type assis près de moi, Javier Bardem hante le film de Joel et Ethan Cohen avec sa coiffure improbable et son mutisme de gardien de prison. Je suis terrifié par ce personnage déterminé, il semble être capable du pire à tout moment. Je m'attache au cow-boy solitaire incarné par Josh Brolin. Tommy Lee Jones joue un vieux flic rusé, il me rappelle Frances McDormand en femme flic dans "Fargo". C'est le premier film des frères Cohen adapté d'une œuvre littéraire en l'occurrence d'un roman de Cormac McCarthy, j'aime cette noire mélancolie inédite dans leur oeuvre.



18/04/2008

18/04/08 - 01:39

Paul Thomas Anderson et moi

Je me passionne pour l'itinéraire du héros de "There will be blood", Daniel Day Lewis incarne ce chercheur d'or noir dans l'Amérique du XXe siècle naissant. Je suis impressionné par l'ambiguïté de ce personnage restituée avec brio par l'acteur, il acquiert une terrible épaisseur dans sa route vers la fortune. Je m'attache à la manière dont il combat le pouvoir religieux, les aléas du scénario révèlent sa monstruosité enfouie. Je décroche au bout de deux heures, le film de Paul Thomas Anderson se termine en portrait de l'entrepreneur enrichi et vieillissant. Je suis finalement las des grosses grimaces de Daniel Day Lewis derrière l'épaisse couche de maquillage, il devient très démonstratif pour illustrer la misanthropie de son personnage muré dans la folie. Je me souviens de l'ennui ressenti cet hiver au cours des trois heures de "Magnolia" revu à la Cinémathèque pour la troisième fois.
La salle de la Cinémathèque n'est pas loin d'afficher complet, je suis frappé par l'inhabituelle diversité des publics dans une séance d'Extrême cinéma. Les organisateurs du festival présentent longuement le programme de la soirée, je m'étonne du succès d'un film dont même Jackie Kennedy a vu les images à sa sortie en salles. On nous annonce des scènes de pure comédie, je suis impatient de découvrir cet objet. "Gorge Profonde" s'intéresse particulièrement à l'orgasme clitoridien, j'ai rarement été confronté sur grand écran à des vulves aussi poilues. Un homosexuel s'est glissé dans la foule des personnages masculins, je ne trouve qu'un seul mec à mon goût parmi eux. J.-P. s'amuse des scènes burlesques, je suis surpris de ne pas m'ennuyer.



Photo: "There will be blood"

12/04/2008

12/04/08 - 03:11

Thierry de Peretti et moi

Je lis un message à mon intention : «Vu le "Hamlet etc..." de Koltès, euh pardon, de Peretti, au Garonne... Indigence affligeante, le frangin de Koltès s'en fout plein les fouilles avec les brouillons de son grand frère... C'est comme si toi, moi, ou d'autres, donnaient à entendre leur belles rédac de 3ème... J'aime sans doute trop Koltès, mais ce texte, et cette mise en scène digne des premiers balbutiements d'un couillon prétentieusement voué à la scène, me laissent abasourdi, ébaubi, méchamment étourdi... Si jamais c'est dans ton agenda, évite!».
Un projecteur s'écrase bruyamment à l'avant scène au début du "Jour des meurtres dans l'histoire d'Hamlet", je réagis à peine malgré la proximité et le bruit sourd provoqué par l'incident. Un acteur sursaute aussitôt et se vautre à terre au pied de ce cadavre de métal, je ne suis dupe à aucun moment. Pascal Tagnati en Hamlet se déshabille entièrement, la pure blancheur de son corps m'hypnotise. La mise en scène du texte de Bernard-Marie Koltès par Thierry de Peretti ne cesse de me surprendre, je m'emballe devant la performance de Pascal Tagnati. Les personnages ouvrent les portes du théâtre Garonne, je suis éberlué de voir le plateau déboucher ainsi sur la rue où un passant tourne la tête au loin. M. est très enthousiaste, je ne me souviens pas l'avoir déjà vu dans un tel état à la fin d'un spectacle.



"Le Jour des meurtres dans ..." © Pierre Grosbois

05/04/2008

05/04/08 - 02:26

Agathe Mélinand et moi

J'admire les effets spéciaux mis en scène par Laurent Pelly dans "les Aventures d'Alice au pays des merveilles", Christiane Millet porte seule le texte de Lewis Carroll dans le petit théâtre du TNT. L'adaptation d'Agathe Mélinand n'adopte aucun point de vue, je m'endors peu à peu devant cette copie approximative du film de Walt Disney. Les adolescents et les enfants ont l'air ravis de leur soirée au théâtre, je ne comprends pas l'intérêt de cette proposition. Agathe Mélinand proclame dans le programme que ce «spectacle n'est pas jeune public», je suis persuadé du contraire en quittant les lieux. J'ai l'impression de m'être fait arnaqué par une telle affirmation destinée à remplir la salle, J.-P. ramasse des cartes à jouer tombées en pluie à l'avant-scène au milieu des gamins.
"La Sorcellerie à travers les âges" ouvre le dixième festival Extrême Cinéma à la Cinémathèque de Toulouse, je revois avec intérêt le film hybride de Benjamin Christensen accompagné par un mix de GDZ. J.-P. s'agite près de moi, je trouve la musique électro un peu envahissante. M. rapplique pour le cocktail après la projection, j'ingurgite des babas au rhum, des éclairs au chocolat, des macarons, des cannelés, et beaucoup de petits gâteaux à la crème. Je fais une halte au Bear's avec J.-P., je bois un Coca Cola et j'ai envie de gerber.



"Les Aventures d'Alice au pays des merveilles" © Guy Delahaye

04/04/2008

04/04/08 - 00:44

Didier Carette et moi (8)

Régis Goudot m'arrête dans le hall du théâtre Sorano, j'ai appris la veille son remplacement dans la distribution de "La Cerisaie" en raison du plâtre qui immobilise son pied. Je savoure enfin la présence de Didier Carette sur scène, une foule de comédiens s'agite autour de lui. Il balance deux ou trois anachronismes, je me demande quel rôle il tenait dans cette pièce quinze ans plus tôt aux côtés de Marie-Christine Barrault sur la même scène. Il me fait rire, je suis très déçu par le reste de la distribution. Je finis par m'ennuyer, Cécile Brochard ne cesse de faire du bruit en extirpant de leur emballage les bonbons qu'elle ingurgite frénétiquement près de moi. Des tableaux de pure mise en scène me réveillent entre chaque acte, je prends alors un vrai plaisir à retrouver ce dont je raffole chez Carette. Les comédiens reviennent au texte de Tchekhov, je suis de nouveau accablé par l'ennui. Georges Gaillard apparaît seul dans la dernière scène, je suis frustré de ne pas avoir eu le loisir de l'apprécier plus longtemps. J'évite de croiser Didier Carette après le spectacle, il est heureusement fort sollicité en ce soir de première.
La salle du Théâtre du Pavé est bondée, je lis le texte d'introduction d'"Andromaque" déroulé à la manière du générique de "Star wars" sur le rideau de scène. La mise en scène de Francis Azéma installe un climat de science-fiction, le décor et les costumes me laissent perplexe. Jean-Baptiste Azéma est fringué comme s'il posait pour Pierre & Gilles, je suis séduit par son interprétation fragile d'Oreste. Il s'approche très près de son meilleur ami Pylade joué par Grégory Bourrut, je m'amuse de l'ambiguïté de leur étreinte. Corinne Mariotto incarne Andromaque, je suis comme d'habitude ému par son travail d'une belle justesse. Je croise Coraline Lamaison au bar, elle me raconte qu'elle n'était pas de la distribution dans la mise en scène de la pièce par Claude Bardouil en 1999. J'apprends qu'elle interprétait Andromaque dans une scène du "Bal des anges", une création collective antérieure de la compagnie Parlez-moi d'amour.



Photo: Didier Carette dans "La Cerisaie"

30/03/2008

30/03/08 - 08:49

Pippo Delbono et moi (3)

Je tombe sur Claude Bardouil dans le hall du TNT, il s'apprête à assister une seconde fois au spectacle de Pippo Delbono. Je lui rappelle qu'il n'avait pas aimé "Urlo" vu précédemment dans la même salle. Je l'écoute justifier son enthousiasme, il avoue son admiration devant la mise à nu radicale du metteur en scène dans cette dernière création. Les corps mutilés ou sacrifiés par la maladie et la mort ouvrent "Cette obscurité féroce", j'examine le corps musclé quasiment dénudé de Pepe Robledo. Le défilé infini des créatures majestueuses m'émerveille, je suis toujours impressionné par l'aisance naturelle avec laquelle Bobo évolue sur le plateau. Le metteur en scène ménage ses effets dans un décor d'une blancheur nue, je ne suis pas submergé par l'émotion comme trois ans plus tôt dans "Urlo". Il termine par une performance en solo, je trouve sa démarche courageuse.
Pippo Delbono parle de son enfance aux spectateurs de la grande salle du TNT encore baignée de lumière, je me demande si je vais réussir à m'intéresser à cet exercice pendant une heure et demie. "Récits de juin" se poursuit avec le récit de la mort de son premier amour, je suis saisi par cette histoire que je connais pourtant déjà pour l'avoir lu dans la presse. Il enchaîne avec un extrait du "Temps des assassins" relatant ce drame, je revois avec plaisir ce moment d'infime délicatesse. Il revient en détails sur son cheminement dans les rues de Gênes juste après l'annonce de sa séropositivité, je chancelle à cet instant sur mon siège comme si j'étais au bord d'un précipice. Pippo poursuit son récit avec beaucoup d'humour, je suis attentif à d'autres extraits de créations antérieures qui me sont inconnues. Il s'attarde sur la personnalité de Bobo, je suis très ému quand ce dernier vient saluer l'audience avec lui. Après le spectacle, je croise Cécile Brochard dans le hall du théâtre avec son homme. Je suis curieux de connaître leur avis sur "Alice au pays des merveilles" à l'affiche de la petite salle dans la mise en scène de Laurent Pelly, il dit s'y être ennuyé.



"Cette obscurité féroce" © Gianluigi di Napoli

24/03/2008

24/03/08 - 15:14

Manuela Agnesini et moi

Le petit atelier du théâtre Garonne baigne dans la pénombre, j'entends Manuela Agnesini lire des extraits du "Carnet de bal d'une courtisane" de Grisélidis Réal. L'auteur énonce la liste des prestations sexuelles prodiguées à chaque client accompagnées du montant en francs perçu en échange, je suis intrigué par cet exercice de style. Ce texte me rappelle le carnet sur lequel je dressais la liste de mes contacts sexuels péchés sur les réseaux téléphoniques, pour éviter de tomber plusieurs fois sur un plan cul foireux. Quatre écrans vidéo déroulent des images de Jane Fonda ou Cindy Crawford en plein exercice de gymnastique, je regarde le mammouth juché sur une petite locomotive avançant lentement sur les rails autour de l'installation. D'autres animaux en peluche sont disposés ça et là, je distingue peu à peu la silhouette de Manuela Agnesini qui se redresse derrière une imposante perruque. "Au commencement était la chair…" se poursuit avec les images interminables d'une caméra s'enfonçant dans un vagin, la diction trop lente de l'artiste m'empêche de saisir le texte philosophique lu. L'image blanche renvoyée par les écrans vidéo se tâche lentement de rouge, je sors de la salle un peu soulagé par la fin de cette installation chorégraphique un poil trop longue. Manuela Agnesini me raconte comment elle a filmé l'intérieur de son sexe, je m'amuse de l'entendre annoncer la venue de sa gynécologue lors de la représentation du lendemain.
Les quatre interprètes de "Quatorze" sont quasiment nus dans la pénombre du studio du CDC, la chorégraphie de David Wampach me divertit follement. La fête s'installe après ce dernier spectacle en clôture du festival C'est de la danse contemporaine, j'y croise Coraline Lamaison avec Claude Bardouil. Ce dernier me détaille son emballement pour l'installation de Manuela Agnesini, j'évoque l'insolite et saugrenu "About you" de Sylvain Prunenec vu la veille à l'église Saint-Pierre-des-Cuisines. Christophe Bergon mange beaucoup de fromage, je lui explique les raisons pour lesquelles "D'un jour à l'autre" de Patricia Ferrara est le seul spectacle qui m'a déplu dans la programmation du festival. David Wampach danse avec ses béquilles et son pied dans le plâtre, je m'empiffre de bonbons. M. exhibe des signes de fatigue, je quitte les lieux avec lui avant le début du karaoké. Je retrouve Lola sortant du Beaucoup, nous prenons avec J.-P. le chemin du Grand Cirque où l'ambiance se révèle détestable.



Photo: "Quatorze"

17/03/2008

17/03/08 - 17:47

Merce Cunningham et moi

J'ai n'ai aucun papier sur moi pour emprunter un ipod dans le hall du TNT, B. y dépose son permis de conduire et me confie l'objet obtenu en échange. La musique de John Cage est interprétée live par Joan La Barbara pendant "XOVER", les cris de mouette dépressive qu'elle pousse perturbent ma perception de la chorégraphie de Merce Cunningham. Ktoo s'installe près de moi après l'entracte, je mets en route mon ipod pour apprécier "eyeSpace". Je finis par en régler le son au minimum pour me concentrer sur la chorégraphie, la création sonore restituant pour la scène un environnement de transports en commun en devient plus perceptible. Les gazouillis des ipod raisonnent comme des cigales dans la grande salle du TNT, je ne suis pas davantage convaincu par la chorégraphie de Cunningham. Je restitue le gadget à B. pendant le second entracte, elle affiche une certaine déception après les deux pièces présentées. J'en profite pour étaler mon profond ennui ressenti lors du " Roi Lear" vu la semaine précédente dans la même salle dans une mise en scène de Jean-François Sivadier. Le programme s'achève avec "Sounddance", cette pièce de 1975 me bluffe finalement. J'échange mes impressions après la représentation autour d'un verre et quelques sucreries, je note que mon avis est largement partagé.
R. m'entraîne à la Halle aux Grains où les Victoires de la musique classique sont retransmises en direct sur France 3, je vois pour la première fois Tugan Sokhiev diriger l'Orchestre national du Capitole de Toulouse. La salle est éclairée sous un jour splendide encore inédit à mes yeux, j'observe attentivement le hors champs de l'émission de télévision. Jean-François Zygel décrypte l'écriture du "Boléro" de Ravel avec les musiciens de l'orchestre, je me réjouis de cette leçon de musique fort pédagogique. Les Sacqueboutiers prennent place, les instruments de cet ensemble de cuivres anciens de Toulouse attisent ma curiosité et leur musique m'enchante.



Photo: "eyeSpace"

13/03/2008

13/03/08 - 03:13

Marco Berrettini et moi

Je retrouve C. dans le hall du théâtre Garonne, Annie Bozzini et Laurent Goumarre y échangent quelques banalités. Je suis éberlué face à l'excitation de C. lors de l'apparition de Mathieu Amalric dans la file d'attente, elle l'invite à s'asseoir près d'elle dans le public. "L'Opérette sans sou, si..." de Marco Berrettini débute par un numéro visuel un peu désuet, je me prends vite au jeu de l'enchaînement des scènes musicales borderline. Jérôme Brabant est grimé en Luis Mariano, je me régale de ce numéro loufoque. J'apprends plus tard la cause de la présence de Mathieu Amalric ce soir, ce dernier est un ami et grand admirateur de Marco Berrettini. Je me cale comme chaque soir sur France Culture une fois rentré chez moi, Laurent Goumarre interroge Olivier Assayas au sujet de sa carte blanche à l'invitation du festival Zoom Arrière. Je l'écoute parler de "Basquiat" de Julian Schnabel, Berrettini lui succède au micro en direct de la Cinémathèque de Toulouse.
Les cameras d'OC-TV sont posées aux abords de la scène du Théâtre Garonne, Marco Berrettini invite en vain les spectateurs retardataires à rejoindre la table de jeu installée au centre de la scène. "*MELK PROD. goes to New Orleans" déroule un catalogue de clichés sur l'Amérique profonde, je m'abreuve de ces tableaux décalés. Je quitte C. à l'entrée de la rue d'Aubuisson, je me rends compte que la permanence électorale du Modem est installée dans les murs d'un ancien sauna gay devenu plus tard un sex-club puis un gay store. Je m'engage dans la rue Saint-Aubin, Laurent Pelly pédale sur un vélo de location sponsorisé par une banque.



"L'Opérette sans sou, si..." © Raoul Gilibert

08/03/2008

08/03/08 - 18:02

Alain Buffard et moi

J.-P. m'écrit: «10h30 l'interphone sonne ! "Monsieur un paquet pour vous !", je ne pensais pas recevoir aussi rapidement le popper's commandé à l'étranger, c'est super bien emballé et la marchandise arrive en recommandé à la maison. Le gars du sex-shop en ville m'a expliqué qu'ils avaient une tolérance pour vendre du popper's en attendant l'épuisement des stocks du fournisseur... Par contre faut voir à quel prix ! De 7,90 la fiole est passée à 15 euros... J'ai fini le week-end en beauté en me reconnectant sur tchatche.com, un jeune homme de 22 ans bien propret est venu me voir vers 1 heure du matin, m'expliquant qu'il avait pas l'habitude de ce genre de trucs... Il s'est très bien débrouillé, je vais avoir du mal à m'asseoir à mon bureau cet après midi... ».
Le théâtre Garonne est bondé, j'attends beaucoup de "(Not) a Love Song" d'Alain Buffard après les échos élogieux venus de Claude Bardouil. Miguel Gutierrez et Vincent Ségal sont déjà sur scène, je découvre ensuite l'incroyable talent de performeuses de Vera Mantero et Claudia Triozzi. Les numéros de divas déchues se succèdent, je lis la traduction surtitrée des dialogues portés par les trois acteurs et celle des paroles des chansons réarrangées par le musicien. Les scènes de films jouées s'enchaînent à des chorégraphies tirées de films, je n'arrive pas à identifier vraiment toutes ces citations pourtant familières. Je me perds un peu à tenter de recoller ces morceaux épars, quelques chansons me sont inconnues. Je suis impressionné par les prouesses des interprètes à la fois danseurs et chanteurs, je reconnais à la fin du spectacle une scène tirée de "Femmes" de George Cukor revu dernièrement à la Cinémathèque.
Le titre de la pièce de Jean-Paul Sartre s'affiche en lettres rouges au dessus de la scène du théâtre Sorano, la vieille lesbienne de "Huis clos" incarnée par Marief Guittier me rappelle la marquise de Merteuil des "Liaisons dangereuses. Le jeu de Christian Drillaud me rebute par son côté XXe siècle, je sors de la salle finalement satisfait. A. prend à peine le temps de me saluer dans le hall avant de s'éclipser.



"(Not) a Love Song" © Marc Domage

02/03/2008

02/03/08 - 03:43

Michèle Anne De Mey et moi

Je découvre un message d'André Le Hir: «Je sors du théâtre du Pavé, je viens de voir mon ami Denis Rey dans un inouï monologue de Valletti, malgré toute la fatigue qui m'étreint méchamment après une tournée magnifique et parfois misérable, voir et sentir un acteur qui a la foutue audace de ne pas faire un numéro d'acteur, mais de donner avec finesse, générosité, tendresse, et tellement de drôlerie, me comble infiniment... Je te le conseille vivement. Amicalement, ...». Je savoure la "Sinfonia Eroica" selon Michèle Anne De Mey sur le plateau nu de la grande salle du TNT, la troupe des jeunes et beaux danseurs se déploie avec fougue et classicisme dans l'immensité de cet espace. J'observe l'un d'eux triturer la commande du son de la chaîne stéréo installée sur un côté de la scène, la troisième symphonie de Beethoven se tait aussitôt. La chorégraphie se poursuit dans le silence et sur d'autres notes avant le retour de la "Symphonie Héroïque", je me laisse presque malgré moi embarquer par un mouvement d'euphorie légère. Le spectacle se termine en ballet quasi aquatique quand les danseurs glissent sur des nappes d'eau répandues sur le plateau, je profite allègrement de cette vague de fraîcheur. Ktoo m'offre un verre de vin au bar du théâtre à l'occasion de mon anniversaire, Claude Bardouil m'annonce son entrée en résidence de création avec la chorégraphe Rita Cioffi. Je rejoins J.-P. chez lui où il me sert des crêpes, nous terminons la nuit en commérages au Grand Cirque.
Je retrouve C. dans la grande salle du cinéma Utopia, la noirceur de "Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street" me fait d'emblée penser à celle de "Batman". La manière dont Johnny Depp en barbier manie le rasoir me rappelle irrésistiblement son rôle dans "Edward aux mains d'argent" du même Tim Burton, son talent de chanteur me parait bien douteux. "Sweeney Todd" se termine dans un bain de sang qui me laisse perplexe, je suis effrayé par la cruauté de cette comédie musicale mise en image par Tim Burton. J'accompagne C. chez elle, je rentre plus tard en longeant le Canal du midi à trois heures du matin sous la pluie.



Photo: "Sinfonia Eroica"

28/02/2008

28/02/08 - 01:43

Damiaan De Schrijver et moi (3)

Cécile Brochard m'écrit: «Je suis admirative face à ta frénésie de danse contemporaine, je t'avoue que moi en règle générale, ça m'emmerde prodigieusement! On ne se refait pas et ma culture comporte ainsi des pans entiers de vide intersidéral que je me refuse à dépoussiérer... bouh, c'est mal! Je ne connais pas non plus le film de Resnais dont tu me parles, mais je me promets de combler cette lacune très vite sur tes conseils, ça sonne joliment bien "Pas sur la bouche" et j'aime beaucoup Resnais... [...] À signaler aussi "les Monologues du pénis" au Théâtre de Saint-Orens, un endroit où je n'ai jamais mis les pieds : en voyant le titre, j'ai cru ne pas m'arrêter de rire (je suis d'un prévisible pipi caca, c'en est affligeant!). Peut-être pourrions-nous y faire une virée en groupe copains-copines un soir de grande disette où l'on aurait pris du poppers? Surtout que je n'ai même pas vu "les Monologues" de leur homologue (vaginal)... [...]».
Les trois acteurs du collectif tg STAN sont déjà sur scène alors que les spectateurs s'installent dans la salle du théâtre Garonne, je m'amuse de voir Damiaan De Schrijver se précipiter sur les retardataires. "«Sauve qui peut» pas mal comme titre" est une succession de quelques "Dramuscules" de Thomas Bernhard, l'interprétation outrancière me laisse d'abord perplexe. Le champagne coule à flot et les coupes débordent, je suis très mal à l'aise devant cette débauche de rires baveux sur un texte présentant une poignée de bourgeois racistes et odieux. Damiaan De Schrijver en fait des tonnes, je ne suis pas surpris de ma déception pour avoir lu des critiques peu réjouissantes parues dans la presse nationale à l'occasion des représentations parisiennes au Théâtre de la Bastille. Damiaan De Schrijver se casse presque la gueule sur une chaise fatiguée qui lâche, je suis parfois captivé par l'interprétation des derniers "dramuscules" choisis. Sur la terrasse du bar, je tente de convaincre M. de la brûlante actualité de ce spectacle ici comme ailleurs.



15/02/2008

15/02/08 - 07:42

Robyn Orlin et moi (2)

Le programme annonce "le Cauchemar de Darwin" comme point de départ de l'écriture de "Import/Export", je n'ai pas vu le documentaire de Hubert Sauper mais j'en ai largement entendu parler. La musique baroque résonne sur la scène du théâtre des Mazades comme anachronique, je suis vite séduit par la chorégraphie de Koen Augustijnen des Ballets C. de la B. en ouverture du festival C'est de la Danse contemporaine. Un tableau burlesque succède à une longue mise en scène de l'impuissance, je pense aux pièces de Jérôme Deschamps et Macha Makeieff.
Les danseurs sud-africains de Via Katlehong Dance sont dépourvus pour la plupart de leurs bottes de caoutchouc ferrées, j'aime la manière dont le chorégraphe Christian Rizzo s'approprie leur corps dans cette première partie de "Imbizo e Mazweni (une rencontre en dehors du pays". Une tendre fraternité s'installe entre les interprètes, je suis ému par cette écriture inattendue. Une odeur de plastique brûlé inonde la salle du théâtre des Mazades, je sors m'aérer pendant l'entracte. Une ouvreuse me tend une petite bouteille d'eau en plastique pour les besoins du spectacle, je m'en débarrasse aussitôt au profit de mes voisins. Je ne suis pas emballé à l'idée de participer à ce spectacle de Robyn Orlin écrit pour les danseurs de Via Katlehong Dance. Je me souviens de ces spectateurs de "When I take off my skin and touch the sky with my nose, only then can I see little voices amuse themselves", la précédente chorégraphie de Robyn Orlin, entraînés sur la scène du TNT où ils s'étaient retrouvés à quatre pattes. Le rideau se lève sur un décor de tissus jaunes, je me réjouis des tenues toutes aussi colorées des danseurs. Ils se jettent dans la salle avec un verre dans une main à la recherche d'eau, je suis rassuré de les voir retourner vite sur le plateau pour s'échanger le précieux liquide. Ils roulent leur derrière avant de se grimer en canard, je reconnais bien l'univers cocasse de Robyn Orlin. Ils reviennent dans la salle avec une petite caméra dont les images sont projetées sur un écran installé sur le plateau, je suis ravi de ne pas les croiser de mon côté. Ils entraînent dans la danse deux ou trois spectateurs un peu gênés mais ravis de cette contribution finale, je suis charmé par cette radieuse création.



Photo: "still life with homeless heaven and urban wounds ... (even bananas have bones)" de Robyn Orlin

08/02/2008

08/02/08 - 02:47

Clémence Massart et moi

Clémence Massart fait le tour d'une chaise dans sa robe rouge et blanche, je retrouve l'empreinte de Philippe Caubère dans cette manière de changer de personnage. Elle incarne des femmes se confessant au courrier des lectrices de la presse féminine, je m'amuse de l'entendre parler de sexe. Elle se glisse aussi aisément dans la peau de jeunes filles que dans celles de grand-mères malicieuses, je suis comblé par tant d'histoires de fesses. J'entends Pierre Izard, président du Conseil général, rire pas très loin de moi quand elle suggère la sodomie d'un geste. Elle chante parfois avec son accordéon dans ce "Que je t'aime !", je jubile à l'écoute de sa reprise de la chanson de Johnny Hallyday. Philippe Caubère signe la mise en scène de ce spectacle, je sourie à la fin de la voir saluer le public à la manière de ce dernier. Dans le hall du théâtre Sorano, je déconseille vivement à K. d'aller voir "le Roi nu" au TNT.
Jean-Pierre Tailhade incarne les auteurs de lettres écrites à des soldats jamais revenus du front de la Première guerre mondiale, je retrouve le plaisir ressenti au spectacle de ses improvisations longtemps jouées en solitaire dans cette même salle de la Cave Poésie. Je suis très sensible à ses interprétations de personnages de femmes libérées, le ton devient vite trop grave et chargé en émotions. Je relève la belle prestation de Didier Dulieux à l'accordéon, ses compositions ponctuent "là-bas" d'une vivacité salvatrice. J'accompagne Cécile Brochard et son homme à l'Esquile, elle raconte comment elle fut brouillée avec Jean-Pierre Tailhade avant que Philippe Caubère les présente de nouveau l'un à l'autre.
J'aperçois le journaliste de TLT Jean-Christophe Tortora et le conseiller municipal UMP Bertrand Serp sortant ensemble de l'inauguration du Muséum d'Histoire naturelle, d'autres invités traversant les allées Jules-Guesde en pingouin s'essuient de concert la bouche graissée aux petits fours. Clémence Massart débute "La Vieille au bois dormant" par la chanson de Violaine Barret donnant son nom au spectacle, quelques femmes rient grassement dans la salle du théâtre Sorano derrière moi. Elle raconte son long parcours du combattant pour auditionner à la RATP, je trouve cette histoire irrésistible. Je suis frappé parfois par le mimétisme de son jeu avec celui de Caubère. Je laisse J.-P. s'évaporer dès la fin du spectacle pour honorer un plan cul, K. s'émeut d'avoir raté les épisodes hebdomadaires de "Sex and the city".



Photo: "Que je t'aime !"

30/01/2008

30/01/08 - 23:56

Marilù Marini et moi

Je découvre un mail de Cécile Brochard: «Cher Jérôme, une petite carte postale en réponse à ton mail... en direct du quartier Saint-Cyprien, noyé sous les eaux, où j'écoute quelques divas de Donizetti en buvant du thé aux madeleines, ah, on n'est pas loin de la félicité! Sinon, sache qu'il n'y aura pas d'avis sur "Électre" next week dans Flash mais... une critique du "Roi nu", la bite à l'air et sans culotte et néanmoins tellement propre sur lui quand même! (Rapport à la petite chose de la ligne précédente) je suis toute molle moi aussi cette semaine et je n'ai aucune énergie pour aller voir du théâtre, (…)».
Je retrouve C. dans le hall du Théâtre Garonne, elle m'attend sagement. Je regarde les acteurs de "Probablement les Bahamas" entrer en scène, ils s'installent dans le décor d'un studio d'enregistrement. Marilù Marini et Claude Duneton ont le nez collé au texte de la pièce radiophonique qu'ils interprètent devant leur micro face aux spectateurs, je ne les avais jamais vus au théâtre jusqu'à présent. Je repère le metteur en scène Louis Do de Lencquesaing dans la peau du directeur d'acteurs, il tourne le dos au public pour faire face au travail en cours d'enregistrement. Marilù Marini et Claude Duneton forment un vieux couple, je me régale de l'aisance avec laquelle elle habite son personnage de vieille peau. Elle empoisonne la vie de tous ceux qui l'approchent, je perçois mieux le portrait d'une véritable ordure sous l'apparence d'une parfaite bourgeoise. La satire sociale de Martin Crimp gagne sans cesse en férocité, je prends un plaisir toujours grandissant. L'auteur quitte le public pour rejoindre les comédiens sur scène au terme du spectacle, j'ai bien envie de voir d'autres propositions programmées dans ce week-end "In extremis # 2: made in the UK" au Théâtre Garonne.
Faute de retourner au Théâtre Garonne, je me traîne au cinéma Utopia le lendemain. Je n'arrive pas à rire des aventures de l'héroïne de "Smiley face". Je me demande si prendre de la drogue avant la projection et sniffer du poppers pendant le film aurait changé quoi que ce soit. Je tombe des nues devant l'ampleur d'un tel navet. Je ne comprends pas pourquoi Gregg Araki a pondu un tel ratage juste après un chef d'œuvre comme "Mysterious skin".



"Probablement les Bahamas" © Agathe Poupeney

25/01/2008

25/01/08 - 18:37

Florence Marquier et moi

Je retrouve M. dans le hall du TNT, je suis surpris de n'apercevoir Ktoo nulle part. Je m'installe au premier rang des maigres gradins posés dans la salle de répétition, Claude Bardouil est affalé sur une chaise dans un recoin proche de l'entrée. Séverine Bordes surgit du fond du plateau en robe noire, je la regarde sortir lentement de l'obscurité en Électre. Florence Marquier est assise dans la pénombre, je suis terrifié par son entrée bancale dans la lumière en Clytemnestre. Elle claudique jusqu'aux spectateurs, j'observe son visage défait. Le duel entre la mère et la fille tourne à l'affrontement verbal, je suis toujours aussi impressionné par cette scène autour de la table. Claude Bardouil s'avance puis repart en arrière avant de revenir au centre de la scène avec l'urne funéraire dans la main, je détaille les vêtements noirs qu'il porte. J'attends avec impatience la scène des retrouvailles, Oreste et Électre finissent par s'enlacer chaleureusement. Je suis surpris de ne pas retrouver la même scène qu'à la Cave Poésie, une belle émotion jaillit de cette déclinaison. Je tourne autour de l'accueil après le spectacle, Ktoo brille toujours autant par son absence. Claude Bardouil nous rejoint au bar, je lui explique les raisons de ma préférence pour cette nouvelle mise en scène d'"Électre". J'écoute Florence Marquier évoquer son rôle, Claude note qu'elle vient de quitter celui d'une autre méchante: Milady dans "les Trois Mousquetaires" au Moulin de Roques.
Le rideau du Moulin de Roques s'ouvre sur la scène nue, je regarde Pierre Matras se glisser lourdement en son centre. Il s'excuse de ne pouvoir assurer la représentation d'"Un Fil à la patte" de Feydeau, je vois ensuite débarquer une tête encore jamais vue dans la compagnie du Grenier de Toulouse. Julie Kpéré s'impose vite face à son unique partenaire, j'ai l'impression d'assister à un remix de "l'Histoire extraordinaire de Basile Vincent". Elle me fait beaucoup rire, je pense à la manière dont Claude Bardouil dynamitait le "Tailleur pour dames" du même Pierre Matras. Sa mise en scène pourtant drôle souffre de longueurs, je m'ennuie parfois un peu. D. s'est amusé sans relâche, je lui détaille mes réserves.


"Électre" © Patrick Moll

19/01/2008

19/01/08 - 01:32

Laurent Pelly et moi

Je suis accablé par le premier acte du "Roi nu" d'Evguéni Schwartz, ma tête s'effondre entre mes épaules durant le deuxième. J'entends M. ricaner parfois près de moi, la mise en scène de Laurent Pelly ne parvient pas à me réveiller au cours du dernier acte. Nous arpentons le hall du TNT en attendant l'ouverture des festivités, je croise successivement le maire Jean-Luc Moudenc puis son rival socialiste Pierre Cohen. Un journaliste affublé d'une caméra pointe son micro sur moi, je réclame un joker. A. annonce qu'il a offert deux petits cochons à Agathe Mélinand et Laurent Pelly à l'occasion de leur arrivée à la direction du théâtre, j'adore les nouveaux tee-shirts des ouvreurs. Je rejoins Cécile Brochard devant une coupe de champagne au bar du théâtre, Didier Carette sort fumer une clope devant l'entrée des artistes. Claude Bardouil fait une apparition, il m'abandonne pour saluer Madame Malvy. B. insiste pour connaître mon avis sur le spectacle, je me répands en éloges flatteurs au sujet du nouvel enregistrement rappelant aux spectateurs d'éteindre leur téléphone avant la représentation. Laurent Pelly est en pleine conversation avec le directeur d'Odyssud, je note la présence de Jaques Nichet dans un coin. Je me décide à manger à l'apparition des pâtisseries, Cécile Brochard se plaint du manque de lumière hivernal. Elle repère le prochain directeur artistique du Théâtre du Capitole dont elle a oublié le nom, je reconnais aussi Jean-François Zygel. Elle me présente S. aperçu la veille parmi les spectateurs de "Madame Raymonde", je pars en donnant rendez-vous à P. le lendemain au Théâtre Garonne.
La répétition incessante mais jamais identique des premières scènes de "Basso Ostinato" m'évoque les derniers films de Gus Van Sant, je ris à l'écoute de la conversation alcoolisée des deux danseurs. L'atmosphère s'alourdit, je les regarde subjugué se jeter à terre et se relever toujours. La chorégraphie de Caterina Sagna ne cesse de me surprendre, je suis frustré de ne voir la plupart du temps que le dos d'Alessandro Bernadeschi. Les bouteilles se vident encore et les corps se bousculent, je vois dans leur regard la marque d'excellents acteurs. Les rôts sont de plus en plus fréquents, je suis un peu dégoûté de les voir ensuite dégobiller sur scène. B. évoque après la représentation les films de John Cassavetes à propos de la pièce, je suis ravi de croiser Alessandro Bernadeschi au bar du Théâtre Garonne. Sur la terrasse, je me renseigne auprès de Manuela Agnesini sur l'avancée des répétitions de sa nouvelle création, "Au commencement était la chair …", dans le cadre du festival "C'est de la danse contemporaine".



"Le Roi nu" © Guy Delahaye

17/01/2008

17/01/08 - 01:51

Blanca Li et moi

Les danseurs de "Macadam Macadam" défilent allègrement sur la scène d'Odyssud au son d'un rap soft, je suis séduit par cette chaleureuse entrée en matière. La troupe exhibe un hip-hop euphorique et coloré, je me laisse entraîner par cette énergie invitant à la fête. Blanca Li orchestre une relecture de la chorégraphie de Gene Kelly sur "Singing in the rain", je suis surpris par cette idée et enchanté par le résultat. Un danseur revisite la chorégraphie de Judy Garland dans "Get happy", je suis stupéfait par tant audace. Dans un autre genre plus attendu, le "Get happy" de Rufus Wainwright dans sa tournée de l'automne m'avait aussi beaucoup charmé. Je fonds pour la plupart des danseurs. C. est beaucoup moins enthousiaste, je la conduis à la Maison une fois revenus à Toulouse.
Denis d'Arcangelo me remplit de joie en "Madame Raymonde" dans la salle bleue de l'Espace Croix-Baragnon. Son répertoire de chansons réalistes n'est pas très chaste, je me régale à l'écouter chanter "Adieu Paris". Elle interrompt une chanson pour se lancer dans le récit d'anecdotes sur Gaby Montbreuse, je n'en reviens pas que cela dure plus d'une dizaine de minutes. Elle est ovationnée à la fin de son tour de chant fort bavard, je termine la soirée au Grand Cirque avec J.-P..



Photo: "Macadam, macadam"

 

VU

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

ENTENDU

"2000 ans d'histoire", La sexualité sous l'Occupation. Par Patrice Gélinet, France Inter, mardi 22 avril 2008. (30 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008