03/07/2009Brillante Mendoza et moiJe redécouvre "la Grève" sur le grand écran de la Cinémathèque, le film débute par une belle scène de baignade entre hommes vêtus d'un simple sous-vêtement blanc. Je trouve envahissants les bidouillages sonores de Pierre Jodlowski sur les images de Sergueï Eisenstein, ce trop plein électronique ne connaît aucune pause. Je m'agace de tant d'arrogance musicale, ce gâchis est regrettable. Je retourne illico dans une salle obscure à la découverte d'un autre film, "Serbis (Service)" met en scène une constellation familiale dans les coulisses d'un cinéma porno d'une ville des Philippines. Je pense sans cesse à "la Chatte à deux têtes" de Jacques Nolot, l'œuvre de Brillante Mendoza fourmille aussi de moments de cinéma hautement sexués. Je ne cesse de m'étonner face à la complexité labyrinthique des liens unissant les personnages, le mystère de leurs failles s'éclaircit au rythme des instants de vies déroulés sur l'écran. Je quitte le cinéma Utopia comblé par cette œuvre à la fois audacieuse et attachante, avec la joie d'avoir découvert un cinéaste doté d'un univers intrigant.

15/02/2009Paul Newman et moiÉ. et C. vouent un véritable culte à "De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites", je me rends avec une grande curiosité au cinéma Utopia sans avoir cherché à me renseigner davantage. L'énigme sur l'engouement provoqué chez É. et C. par ce film méconnu de Paul Newman persiste pendant de longues minutes, je ne comprends pas vraiment où ce dernier veut en venir. Le cinéaste rend attachant le personnage singulier de la mère qui élève seule ses deux filles, je me sens peu à peu très mal à l'aise devant ses faits et gestes. Ce portrait au scalpel révèle les aspects borderline de sa personnalité, je finis par rejeter en bloc l'histoire de cette femme contaminée par la folie. L'agacement succède à l'ennui en attendant la fin de l'épreuve, je me retrouve bien déçu sur le trottoir.
"Belle du Seigneur" est interprété par Roxane Borgna au Théâtre Sorano, je suis installé au premier rang sur la scène où l'actrice est plongée dans l'eau d'une baignoire. Elle s'agite et patauge en disant les mots d'Albert Cohen, je me plais à découvrir cette innocente lecture dirigée par Renaud-Marie Leblanc. A. fait part d'un certain énervement dans le hall à la fin de la représentation, je l'écoute s'emporter contre cette proposition jugée insignifiante.

02/02/2009Claude Bardouil et moi (7)Claude Bardouil reçoit chez lui pour une performance en appartement devant une poignée de personnes, je suis impatient de découvrir ce duo avec Manuela Agnesini commandé par le Parvis à Tarbes. Ils lisent une série de textes sur des chansons pop, je m'enivre du flot de leurs paroles scandées au rythme des musiques successives. Ils sont affalés sur le canapé micro en main, je reconnais le "Suicide sutra" de John Giorno extrait de son recueil "Il faut brûler pour briller". Leur regard est masqué par une énorme paire de lunettes sous une perruque brune, je m'amuse de cette attitude incongrue. Le show se termine par un extrait de "Hiroshima mon amour" sur une chanson de Dalida, je me régale de cette audace incroyable.
"Futuros Difuntos" de Paco de la Zaranda est créée sur la scène du théâtre Sorano, je m'y ennuie atrocement. Cette histoire d'enfermement est bien sinistre, je préfère voir cette troupe dans un registre plus comique.
12/01/2009Céline Nogueira et moi (2)J'écris un mail en réponse à Céline Nogueira, auteur et interprète du solo "Noli me tangere" vu quelques jours plus tôt à la Gare aux Artistes à Montrabé: «(…) Comme tu le sais, j'ai été impressionné par la qualité de l'interprétation et à ce titre, je suis curieux de comparer avec une version jouée par ta camarade de jeu. À propos du texte, sur le fond je n'ai pas d'intérêt pour l'histoire racontée d'abord et surtout parce que l'approche psychologique m'est totalement étrangère dans l'art autant que dans la vie. Le fait qu'il s'agisse d'un parcours féminin n'aide pas je pense à contrer cette étanchéité. J'ai trouvé la forme du récit intéressante car habile dans sa construction et prêtant à ambiguïté. Malgré tout, je garde un souvenir très positif de cette représentation qui fut l'occasion pour moi de te découvrir sur scène. (…)».
Je complète ma réponse quelques jours plus tard : «(…) Pour en revenir à mon précédent mail, au sujet du terme "psychologie" je voulais dire que je me désintéresse plutôt des histoires qui mettent en avant les personnages au détriment de l'action et de la mise en scène. Exemple : quand Didier Carette monte le "Tramway" en abandonnant ses manières baroques pour se consacrer à la direction d'acteurs et aux personnages : ça ne m'intéresse pas en particulier quand les acteurs sont mauvais (voir les deux versions avec une différence de distribution). Mais cette observation peut être faussée si le personnage est un gay, pour caricaturer, car l'identification immédiate à un parcours qui m'interpelle facilite l'approche. Ce ne fut pas le cas pour ton personnage, c'est la raison pour laquelle j'insistais sur sa spécificité "féminine" (…)».

"Noli me tangere" 10/01/2009Juliette et moiJe reçois un mail de Paris : «[…] À part ça, je suis de retour du Sénégal où j'ai eu l'incroyable surprise de rencontrer le sosie de J.: une vieille dame respectable de la bourgeoisie dakaroise, la soixantaine, toute maigre comme lui, avec exactement les mêmes mimiques et la même manière de parler, très feutrée et très respectueuse... Avec son boubou violet, tous ses bijoux en or et sa conversation à table, c'est exactement l'idée que je me faisais d'un déjeuner avec sa mère! C.»
Je me rends seul au concert de Juliette à la Halle aux Grains, personne n'a semblé intéressé pour m'y accompagner. J'attends avec impatience qu'il se passe quelque chose de captivant sur scène, Juliette chante pourtant depuis plusieurs minutes avec une poignée de musiciens. Je me demande quand elle daignera s'installer seule au piano, cet instant finit par arriver mais hélas trop furtivement. Je suis déçu par sa reprise de "La Tyrolienne haineuse" créée par Pierre Dac en 1942 sur Radio Londres, elle y scande les paroles sur une bande orchestre façon rap. Je me lasse d'entendre ses chansons les plus récentes, les belles œuvres plus anciennes écrites par Pierre Philippe brillent par leur absence. Je suis consterné de l'entendre railler son ancien public constitué d'intellos amateurs de «chansons chiantes», elle ne cesse de parler entre chaque morceau à un parterre acquis d'avance. Je savoure la drôle sobriété de sa reprise de "l'Homme à la moto", cette fine parenthèse aura été trop brève. Je déplore la tournure que prend le concert, ses pitreries finales achèvent d'enfoncer le clou de la vulgarité ambiante. Je quitte la salle dépité par tant de mauvais goût façon "nouveau riche", la colère me monte au nez sur le chemin du retour.

Toulouse, Halle aux Grains, 12 novembre 2008 05/01/2009Christophe Honoré et moi (3)L'imposant décor vénitien élaboré par Chantal Thomas pour "le Menteur" de Carlo Goldoni trône sur le grand plateau du TNT, la mise en scène de Laurent Pelly ne décolle jamais de cette splendide et trop lourde scénographie. Simon Abkarian est l'une des rares bonnes notes de ce spectacle laborieux, je suis agacé par le désordre régnant sur la scène où les comédiens ne sont pas dirigés. Le texte est un conte moral sans surprise, je ne trouve aucun intérêt à l'écoute de la traduction d'Agathe Mélinand. Les adolescents chahutent avec leur téléphone au fond de la salle, je n'arrive pas à dormir à cause du bruit incessant. J.-P. me traîne au Grand Cirque après cette épreuve étirée sur près de deux heures et demie, j'y croise mon dentiste dans le patio faisant office de fumoir et Régis Goudot vantant les qualités du "Menteur" mis en scène par Laurent Pelly.
"La Belle personne" est encore à l'affiche du cinéma le Cratère, je me remémore les méchantes critiques prononcées au "Masque et la Plume" en réaction au soutien dont bénéficie Christophe Honoré de la part de la presse. Louis Garrel est devenu incontournable dans la filmographie du cinéaste, je ne me lasse pas de cette élégante présence. Grégoire Leprince-Ringuet joue les amoureux malheureux comme dans "les Chansons d'amour", je suis surpris de l'entendre chanter une nouvelle fois. Un couple de garçons amoureux a été ajouté par les scénaristes dans cette relecture de "la Princesse de Clèves" de Madame de La Fayette, je suis fort emballé par le résultat de cette intrusion. Les clins d'œil aux "Chansons d'amour" s'accumulent telle l'apparition furtive de Chiara Mastroianni, je lis dans le Monde qu'elle interpréta elle-même la princesse de Clèves filmée par Manoel de Oliveira dans "La Lettre". Christophe Honoré filme la jeunesse des visages en plans serrés, je pense sans cesse au travail de Gus Van Sant. Une beauté formelle irradie toute cette œuvre, j'en sors ébloui. Sur le chemin du retour, je croise Laurent Pelly aux abords de la place Saint-Etienne.

01/01/2009Régine Chopinot et moiLa presse locale afflue au Théâtre Garonne pour la première en français de "Qui a peur de Virginia Woolf" par la compagnie flamande De Koe, je scrute depuis le deuxième rang les unes des magazines empilés autour d'une table basse au centre de la scène. Le film tiré de la pièce d'Edward Albee par Mike Nichols avec Elizabeth Taylor et Richard Burton est diffusé sur un écran de télévision au fond du plateau, je ne quitte pas des yeux Peter Van den Eede. Il revient ici après son interprétation de "My dinner with Andre" d'après le film de Louis Malle, je ris de ses fausses improvisations et autres pitreries d'acteur. Le reste de la distribution n'est pas vraiment à sa hauteur, je me lasse au bout d'heure et demie de cette histoire de couple à force de dialogues ininterrompus. Peter Van den Eede semble s'épuiser à glisser sur le papier glacé des magazines jonchant le sol, je suis pris d'une épouvantable fatigue. M. partage ma déception, je quitte avec lui les lieux dès la fin du calvaire.
La presse brille par son absence au Théâtre Garonne pour la première de "Cornucopiae, l'Assassinat de l'amour" de Régine Chopinot, je pose mon regard sur les cadavres de chevaux échoués sur la scène. Des spectateurs quittent la salle dès le début d'une chorégraphie trop immobile, je suis intrigué par la pelle qui masque le visage de chacun des huit interprètes dont la tête est dissimulée sous une épaisse capuche. Un ballet angoissant s'appuie sur une ambiance sonore électrique, je prête l'oreille au simulacre de discours populiste à tendance fasciste joué par les danseurs. Les tableaux énigmatiques se succèdent, je tente de trouver à chacun d'eux une signification. L'exigeante proposition s'étire sur une heure et demie, je m'ennuie peu malgré cette longue étendue chorégraphiée avec minimalisme. L'accueil est peu enthousiaste au terme de la représentation, je suis assez emballé par cette expérience radicale. Le bar du théâtre est déserté, je montre à M. le visage de la chorégraphe et celui des danseurs à découvert.

"Cornucopiae, l'Assassinat de l'amour" 28/12/2008Simon Abkarian et moiLe petit théâtre du TNT est bondé en ce soir de représentation de "Pénélope, Ô Pénélope", je trouve in extremis une place au premier rang. Le début de la pièce de Simon Abkarian d'après "l'Odyssée" d'Homère est traité comme un soap opera, je suis frappé par la fadeur des acteurs et des dialogues. Le rôle de Pénélope s'épaissit une fois passée la première scène, je suis emballé par Catherine Schaub-Abkarian qui l'interprète. La silhouette de Simon Abkarian finit par apparaître dans une relecture personnelle du rôle d'Ulysse, je reçois en pleine figure les effets de son éclatant charisme. Il se montre finalement peu, je regrette que la distribution soit si inégale.
Je retourne au Théâtre Sorano assister à la dernière représentation du "Frigo", Régis Goudot me convainc cette fois dès la première minute de la pièce de Copi. J'observe la consternation dans le regard trop bien pensant d'un couple de spectateurs assis devant moi, le comédien se révèle moins convaincant à la fin de sa performance. Je m'attarde avec M. dans le hall où la gent homosexuelle s'avère très représentée, Céline Cohen fête son anniversaire au bar du théâtre.

"Pénélope, Ô Pénélope" © Karim Dridi 21/12/2008Jan Lauwers et moiJohn M. Armleder confronte les collections du musée des Augustins et du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse avec des œuvres puisées dans le fond du musée des Abattoirs, je suis très emballé par cette installation conceptuelle découverte au dernier jour du Printemps de septembre. De vieux tableaux exhumés sont ainsi accolés à des œuvres contemporaines sur les murs du musée des Abattoirs, je passe émerveillé d'une salle à l'autre au rez-de-chaussée. L'installation métallique de Fabrice Gygi occupe une partie de la nef centrale attirant la curiosité des visiteurs, je ne m'en approche guère pour préférer contempler du haut de l'étage le mécanisme des hachoirs de cette "Winch, Fliessband et stars system ?".
"Le Bazar du Homard" déploie un long récit sinueux sur la scène du Théâtre Garonne, je me perds dans le labyrinthe des itinéraires des nombreux personnages imaginé par Jan Lauwers. Les parcours de chacun d'eux se croisent dans un étrange chaos à la manière d'un film de Robert Altman ou de Paul-Thomas Anderson, je suis scotché par l'érotisme cru des scènes reproduisant quelques variations de l'acte sexuel. Je lis la note écrite par le metteur en scène sur le programme distribué aux spectateurs : «Ce texte a été écrit dans la solitude d’une chambre d’hôtel avec le téléviseur allumé en permanence. Le réalisme cynique et la sentimentalité romantique qui caractérisent de plus en plus souvent les discours actuels y sont de ce fait inéluctablement présents. Je m’y suis vautré avec plaisir et dans l’espoir sincère que la fin de l’humanité se fasse attendre encore quelque temps.»

"Le Bazar du Homard" 11/12/2008Grace Ellen Barkey et moiDaniele Gatti dirige l'Orchestre national de France à la Halle aux grains en ouverture de la saison des Grands interprètes, je m'ennuie durant l'interprétation des "Variations sur un thème de Haydn" de Johannes Brahms. Jean-Efflam Bavouzet brille dans le "Concerto pour piano et orchestre n°1" de Béla Bartók, j'ai une vue imprenable depuis le balcon sur le ballet de ses doigts. Dans la foule pendant l'entracte, j'aperçois Martin Malvy, le président du Conseil régional. Le programme se termine par la première symphonie de Brahms, je m'enfonce dans une patiente lassitude. R. est furieux d'avoir assisté à cette piètre prestation, je le quitte sous la pluie à l'angle de la rue de la Colombette et de la rue Riquet.
"The Porcelain Project" déploie quantité de jeunes interprètes dans une chorégraphie de Grace Ellen Barkey au Théâtre Garonne, j'avais vu l'esquisse de ce ballet de porcelaine dans une salle de ce même théâtre lors d'un week-end dédié à la Needcompany deux ans plus tôt. Les interprètes se libèrent peu à peu des objets qui leur collent à la peau, je m'amuse des pitreries d'un couple de garçons délurés. Un instant de détresse se glisse entre deux fantaisies débridées, je souris beaucoup devant ce défilé de singeries délicieuses.

"The Porcelain Project" 07/12/2008Claude Lévêque et moiLe parcours dominical du Printemps de septembre se pose du côté des vidéos d'Éric Hattan à l'École des beaux-arts et se conclut à la Maison éclusière, je monte dans le vieux bus blanc installé par Claude Lévêque pour son "Rendez-vous d'automne". C'est aussi le titre d'une chanson de Françoise Hardy interprétée par un chœur de maison de retraite raisonnant dans les tressautements du car, je me remplis d'angoisse à cette écoute : «Comme s'en vont les nuages / Sur le gris bleu de la mer / Notre amour est à l'orage / Et mon cœur est à l'envers // Tout ce que la vie nous donne / Aujourd'hui je l'ai perdu / Par ce rendez-vous d'automne / Où tu n'es jamais venu // Je la dois à ton oubli / Cette larme sur ma joue / Ce n'est rien qu'un peu de pluie / Le vent effacera tout // Quel chemin pourrais-je prendre / Pour me détacher de toi / Qui n'a pas su comprendre / Quand tu étais près de moi // Mais pendant que tourbillonne / Le moindre de mes regrets / Toutes les feuilles frissonnent / Et s'envolent à jamais // Je la dois à ton oubli / Cette larme sur ma joue / Ce n'est rien qu'un peu de pluie / Le vent effacera tout // Mais plus le temps nous sépare / Plus il me laisse à penser / Qu'il reste à peine de notre histoire / À peine de quoi pleurer». Des chaises restées vides sont éparpillées dans la petite cour, je suis encore hanté par la chanson toujours audible. Un réverbère trône au centre de chacune des pièces jonchées de feuilles mortes à l'étage de la Maison éclusière, j'en sors troublé par des sensations d'inconfort. M. n'en revient de trouver une chaise libre à l'heure de l'apéritif sur la terrasse du Café des artistes surplombant la place de la Daurade, je résiste autant que possible à la fraîcheur du vent d'automne.
Annie Bozzini détaille le menu de l'édition 2009 du festival C'est de la Danse Contemporaine, je souffre de la chaleur du haut des gradins du studio du Centre de dévelopement chorégraphique. Magali Milian interprète ensuite "Dream on, Track 1", je découvre le travail de la compagnie La Zampa à l'occasion de ce solo. La danseuse se dévoile quasiment nue sous une lumière crue, je suis saisi par la nervosité de ses mouvements. La chaleur ambiante enveloppe cette chorégraphie très sauvage, je me sauve pour m'aérer dès la représentation achevée.

"Rendez-vous d'automne" 28/11/2008Denis Rey et moi (2)De la musique disco irradie la salle en attendant le début de la pièce, je suis impatient de découvrir "le Frigo" dans la mise en scène de Didier Carette au Théâtre Sorano. Régis Goudot se glisse dans la peau de tous les personnages de Copi, je découvre toute la palette des nuances de sa voix. Les notes d'un tube de Dona Summer raisonnent, je m'amuse du déhanché et de la perruque sous laquelle il chante. La mère hideuse surgit, je la trouve odieuse et répugnante. Cette scène se révèle interminable, je m'ennuie de l'interprétation excessive à l'image des personnages de femmes chez Carette. Il chante "Mourir sur scène", je raffole de cette chanson de Dalida. Quelques fautes de goût persistent ici et là, je reste impressionné par la performance d'acteur. Claude Bardouil fait part de son impression à Didier Carette au bar du théâtre, je l'entends exprimer de sérieuses réserves esthétiques à propos des talons chaussés par Régis Goudot.
Denis Rey s'avance seul sur la scène nue de la Cave Poésie, j'ai un peu de mal à comprendre ce dont il est question dans "Et puis, quand le jour s'est levé, je me suis endormie" adapté du roman de Serge Valletti. L'arrivée de l'héroïne à Paris débouche vite sur un récit plus limpide, je ne m'attendais pas à trouver ici la description du milieu homosexuel de la capitale. Le comédien s'approprie les protagonistes avec une constante délicatesse, je ne m'étonne guère de n'y déceler aucune faute de goût. Le personnage de transsexuel mourant du sida ressemble au héros du "Frigo" vu la veille au Théâtre Sorano, je me réjouis de cette incroyable coïncidence. Le parcours de l'héroïne se poursuit dans la sphère du jeune théâtre subventionné, je réalise que le spectacle dont il est question pourrait être "les Vaniteux" de Claude Bardouil. Cette création de Denis Rey se révèle fort attachante, je décèle parfois dans son jeu des réminiscences du travail de Philippe Caubère. La soirée se poursuit avec M. devant un plat de pennes au pesto et au basilic sur la terrasse de la Réserve, j'adore les pâtes.

"Et puis, quand le jour s'est levé, je me suis endormie" 25/11/2008Josef Nadj et moi (3)Le chorégraphe Salva Sanchis exécute avec trois jeunes interprètes une pièce sur des compositions de Bernard Foccroulle autour du "Salve Regina" d'Arnold Schlick, je tourne le dos à l'orgue de l'église du musée des Augustins. Bernard Foccroulle interprète "Memory" de Pascal Dusapin et une œuvre de jeunesse de Jean-Sébastien Bach, je me réjouis d'entendre une "Toccata" de Dietrich Buxtehude pour clore le programme. Je me régale de l'élégance légère des mouvements plaqués par les danseurs sur cette dernière pièce musicale, M. découvre pour l'occasion ce compositeur allemand du XVIIe siècle. Je croise Annie Bozzini en quittant l'église, elle explique comment les artistes ont été réunis à l'initiative du festival international Toulouse les Orgues et du Centre de développement chorégraphique. J'écoute R. faire part de son étanchéité pour la danse contemporaine, il est le plus grand amateur de musique classique que je connaisse.
J.-P. traîne les pieds pour m'accompagner à Odyssud à une heure inhabituelle, je le conduis à l'auditorium du centre culturel de la ville de Blagnac. Une sorte de guide conférencier accueille le public pour la visite du "Petit répertoire", je me demande en quoi consiste cette nouvelle création de la compagnie O.P.U.S. (Office des Phabricants d’Univers Singuliers) de Pascal Rome. Le type énonce sérieusement des énormités sur les traditions populaires dans les campagnes françaises les plus reculées, je me régale de cette loufoquerie. L'instrument utilisé par les bouchers pour attendrir la viande est le clou du spectacle, je fonds en larmes de rires devant la description de ce procédé consistant finalement à torturer les chats. J.-P. se jette sur quelques revues techniques ancestrales, je l'abandonne devant le musée des Abattoirs pour rejoindre le Théâtre Garonne. Miquel Barceló et Josef Nadj manipulent inlassablement deux grandes étendues d'argile, j'observe debout depuis le fond de la salle avec une fascination croissante ce "Paso Doble". Les artistes finissent par disparaître sous les couches successives de terres malaxées, je suis subjugué par une telle performance. De jeunes spectateurs se jettent sur des morceaux d'argile avant l'évacuation en forme de déchets sur le trottoir, j'observe cet étrange ballet où le public s'approprie le plateau après la représentation. Dans la foule quittant la salle, j'aperçois Martin Malvy, le président du Conseil régional.

"Paso Doble" 16/11/2008Jean Tubéry et moiJean Tubéry dirige l'Académie baroque européenne d'Ambronay en ouverture du festival international Toulouse les Orgues, je suis conquis par le charme juvénile des apprentis chanteurs et musiciens. Ils ne cessent de se déplacer entre chaque interprétation d'extraits du recueil "Trionfi sacri" de Giovanni Gabrieli, je suis emballé par cette manière inédite à mes yeux d'occuper toute la nef romane de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse. R. est ébloui par ce concert, j'en sors tout autant enchanté.
Un narrateur débite laborieusement l'histoire du pantin dans un micro, je m'ennuie pendant toute la représentation du "Pinocchio" mis en scène par Joël Pommerat dans la grande salle du TNT. Botto e Bruno épousent le rez-de-chaussée circulaire de la Galerie du Château d'Eau avec leur "Paysage disloqué" de banlieue, je visite plusieurs fois le tour de ce panoramique urbain sans fin. J.-P. inspecte au sous-sol les corps humains disséqués de Maud Fässier, je passe rapidement devant les photos trop réalistes de ces "Autopsies". Laurent Faulon recouvre de vaseline le mobilier le plus quotidien dans "Désirons sans fin" dans la salle des Pèlerins de l'Hôtel Dieu, je traverse ces étranges épaves gluantes jusqu'à l'"Auréole" installée par ses soins dans la Chapelle et dont je ne me lasse pas. Le canon d'un "Fusil" de Delphine Reist réagit à mon passage plus loin, je suis saisi d'effroi à l'idée de devenir une cible. La salle confiée à la plasticienne est baignée d'effluves de vin dégoulinant de longs rideaux blancs, je suis angoissé par ses armoires peuplées de perceuses électriques et autres ponceuses en branle aléatoire. La visite nocturne du Printemps de Septembre achevée, je me laisse convaincre de terminer la nuit au Grand Cirque.

Jean Tubéry 09/11/2008Philippe Torreton et moi"Woman on the beach" se révèle beaucoup plus ennuyeux que "Night and day" vu au cinéma Utopia au cours de l'été, je ne comprends rien aux éloges critiques décernées au Coréen Hong Sangsoo à l'occasion de la sortie de ses deux derniers films. L'action de "Night and day" est découpée par des cartons égrenant les dates de chaque étape du voyage parisien du héros, j'ai aussitôt pensé aux films de Rohmer et parfois au personnage d'Antoine Doinel de François Truffaut. "Woman on the beach" s'étire sans fin, je ne quitte pas la salle malgré l'envie de fuir cette espèce de pénible resucée d'un film de Claude Lelouch.
Philippe Torreton endosse le costume de "Dom Juan" sur la scène d'Odyssud à Blagnac, je note la discrétion de la mise en scène signée par ses soins. Il sert le texte avec brio et sans défaillir, j'ai souvent le sentiment d'être à la Comédie française. Le spectacle ne souffre d'aucune faute de goût, je ne me lasse toujours pas d'entendre le verbe de Molière. Je tombe sur R. pendant l'entracte, il déplore la vision moraliste et peu glorieuse du personnage. Dans la foule quittant la salle, j'aperçois Martin Malvy, le président du Conseil régional. J.-P. insiste pour se faire accompagner au Grand Cirque, je me plie à cette première faute goût de la soirée.

"Dom Juan" 05/11/2008Wong Kar-wai et moi (3)C. débarque in extremis pour une «Soirée nomade» au Printemps de Septembre, je conduis tout le monde à l'Espace Écureuil. Les installations vidéo s'y révèlent d'une densité inhabituelle, je m'amuse des mines de visiteurs consternés par la "Garden Party" de Laurent Faulon dont je raffole. M. ne décolle pas de la variation sur "Rebecca" d'Alfred Hitchcock, j'adore la pluie de néons de Delphine Reist. Janet Cardiff installe dans le réfectoire des Jacobins un dispositif sonore pour "The Forty Part Motet" basé sur une pièce chorale de la Renaissance anglaise, je me réjouis de l'utilisation inédite de cet espace dont je redécouvre la splendeur. Les portes de la Maison éclusière se referment sur nous, je suis frustré de rater l'installation événement de Claude Lévêque. Des projecteurs braquent les soucoupes volantes de Sylvie Fleury échouées sur l'autre rive de la Garonne, je me laisse entraîner au Grand Cirque pour terminer la soirée.
"Les Cendres du Temps, redux" est une nouvelle mouture d'un film de Wong Kar-wai ignoré en 1994, je me souviens avoir découvert la version antérieure lors d'une rétrospective programmée à l'ABC. De trop lointaines images persistent de cette première approche aujourd'hui noyée par l'exceptionnelle filmographie du cinéaste, je me rends à l'Utopia dans l'espoir de redécouvrir une œuvre rare et atypique. La signature esthétique de Wong Kar-wai inonde l'écran, je ne parviens pas à éclaircir les nombreux mystères de l'intrigue. Les images léchées et très travaillées défilent toujours, je me lasse de trop d'errance dans le labyrinthe de personnages énigmatiques. Je lis la critique de Jean-Marc Lalanne dans Les Inrocks et celle de Jean-Luc Douin dans Le Monde, tout s'éclaircit alors.

27/10/2008Christopher Nolan et moiJe n'ai vu aucune aventure de Batman au cinéma depuis les films de Tim Burton, "The Dark Knight, le Chevalier noir" est une nouvelle variation signée Christopher Nolan autour du héros. Je ne cesse d'être déconcerté par l'extrême noirceur du propos, l'ombre du 11 septembre plane sur Gotham City. J'ai un effroyable vertige du haut des immenses tours dont les baies vitrées volent en éclats, Heath Ledger est méconnaissable en Joker. Je suis vite séduit par Christian Bale, il est tellement plus sexy que Michael Keaton. Je note que Bruce Wayne délaisse systématiquement ses prétendantes pour rechercher la compagnie du beau et blond procureur Harvey Dent. Je me lasse du message martelé avec insistance à l'approche toujours repoussée de la fin, cela devient presque aussi bavard qu'un film de Woody Allen. Je quitte la salle du Gaumont Wilson dans un état de confusion avancé, aussi agacé qu'ébloui par l'ambition de cette œuvre.
Je me passionne pour "Entre les murs", Laurent Cantet brouille les pistes du documentaire avec une habileté magistrale. Je ne m'ennuie pas une seule seconde face à l'extrême vivacité à l'œuvre, François Bégaudeau évolue au milieu des élèves avec une aisance incroyable. Je suis persuadé que la Palme d'or décernée au film est largement méritée en comparaison du "Gomorra" moins novateur de Matteo Garrone, J.-P. quitte la salle de l'UGC furieux d'avoir été confronté à une telle représentation de l'enseignement.

"The Dark Knight, le Chevalier noir" 21/10/2008Jérémie Rénier et moiAngeliki Antoniou présente à la Cinémathèque de Toulouse son film "Eduart" inédit dans les salles françaises, je regrette que le héros quitte si vite les trottoirs d'Athènes pour traverser les frontières. Il rejoint sa famille dans les montagnes albanaises, je crois n'avoir encore jamais vu d'images de ce pays sur un écran. Eshref Durmishi prête ses traits magnifiques à ce personnage en errance, je finis par me lasser de son interminable séjour dans une sombre prison. J.-P. va encore m'entraîner au Grand Cirque, je le sème dans la rue Gabriel-Péri pour échapper à cette fin de soirée trop prévisible.
"Le Silence de Lorna" aurait pu être intégré au cycle que consacre la Cinémathèque à des films jonglant avec les frontières européennes, je suis bouleversé par l'interprétation de Jérémie Rénier en junkie sacrifié. Lorna est une jeune Albanaise émigrée en Belgique, je ne m'attendais pas à la fin mystique de ce parcours sinueux. Elle se révèle aussi attachante que "Rosetta" était agaçante, chaque film des frères Dardenne me touche toujours davantage que le précédent.

"Le Silence de Lorna" 13/10/2008Wayne Wang et moiJ'entre dans la plus petite salle du cinéma Utopia pendant le générique de "La Princesse du Nebraska", quelques places sont encore disponibles. J'étouffe un peu au milieu des nombreux spectateurs, le film de Wayne Wang trace l'errance américaine d'une Chinoise à la recherche du père de l'enfant qu'elle porte. Je me désintéresse de l'entêtement de cette émigrée de fraîche date, la claustrophobie du personnage coïncide avec celle de l'instant de la projection.
Je me décide à voir "Un millier d'années de bonnes prières" dans le vide abyssal de l'été toulousain, l'autre film de Wayne Wang suit la visite d'un vieux Chinois dans la banlieue américaine où réside seule sa fille. Je me délecte du regard étonné posé par le vieux sur l'american way of life un peu à la manière des "Lettres persanes" de Montesquieu. Je suis sensible au thème du conflit entre les deux générations, à la manière du fossé creusé par Ang Lee dans son film "Garçon d'honneur".
09/10/2008Johnnie To et moi (2)"Sparrow" est à l'affiche du cinéma Utopia au moment où la Cinémathèque de Toulouse programme "Pickpocket" de Robert Bresson, je vois le premier moins d'une semaine après le second. Les deux films infiltrent une bande de pickpockets, je suis intrigué par le mimétisme des gros plans dévoilant les gestes du vol dans chacune des œuvres. Johnnie To déploie une élégante mise en scène, je me délecte aussi de l'habileté du scénario. Le cinéaste filme les vieux quartiers de Hongkong, je découvre la ville sous un jour qui m'était inconnu l'écran. Une mystérieuse héroïne introduit le trouble chez les personnages masculins, je me réjouis de l'épaisseur qu'ils acquièrent ainsi. Le film enchaîne les belles surprises, je suis alors résolu à m'intéresser de plus près à l'oeuvre du cinéaste de Hongkong.
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| ENTENDU
"Le RenDez-Vous" : Krysztof Warlikowski.
Par Laurent Goumarre,
France Culture, lundi 22 juin 2009. (45 mn)
LU
Demy en entier
DVD. Après moult péripéties, un coffret rassemblant l’intégralité de l’œuvre du réalisateur sort enfin
Par Gérard Lefort
Qu’on puisse enfin voir tous les films de Jacques Demy dont certains, fameux ou rares, étaient totalement invisibles pour des motifs complexes (lire page suivante), est la preuve que la fée des Lilas, marraine de tous les cinéphiles, a bien fait son boulot. Mais la sensation est surtout esthétique : tout Demy en DVD, c’est Demy dans la Pléiade. Ce qui permet d’expérimenter que Demy a bel et bien réalisé le programme qu’il se fixait en 1964 : «Mon idée est de faire 50 films qui seront tous liés les uns aux autres, dont les sens s’éclaireront mutuellement à travers des personnages communs.»
Demy n’a pas tourné 50 films, mais 14 (et 7 courts métrages) qui sont comme les 21 tomes d’une Comédie humaine. Autrement dit par lui : «Tout le monde a le droit de rêver et j’ai retrouvé tout le monde.» A la façon de Schnitzler filmé par Ophüls, au film des films, c’est la ronde des prénoms et des noms tous sexes emmêlés (Michel, Lola, Frankie, Geneviève, Roland, Edith, François…), tous princes et princesses transgenre au terminus des passions, heureuses ou maudites.
«Amour, je t’aime tant», refrain dans Peau d’âne, serait la ritournelle idéale pour tous les autres films, comme un vertige (de l’amour) nous faisant sauter d’un manège à l’autre, son manège à lui, qui nous fait tourner la tête. Et cela, quel que soit le résultat : sans faute pour la plupart des films, Demy-réussite ou échec presque complet dans certain cas (Parking !). Ce qui est d’autant plus véniel que l’inachèvement est un des motifs majeurs de l’œuvre. On se croise, on se prend, on se lâche, on se perd. Pas de quoi en faire un drame, plutôt un opéra populaire.
Quand, sur le tournage d’Une chambre en ville (1982), Demy confiait qu’il ne veut pas faire un film politique, il faut l’entendre. Car si Une chambre en ville est bien son film-manifeste le plus engagé, Demy y fait de la lutte des classes un pas de deux érotique et révolutionnaire unissant la fille d’aristo et le prolo dans une commune détestation du summum de l’ennui : la bourgeoisie. On a souvent dit son cinéma enchantant, enchanté. C’est bien trouvé : Demy est comme le petit garçon de l’Enfant et les Sortilèges de Ravel : grognon devant les devoirs, médusé quand son imagination, folle du logis, anime les objets, les animaux, les fleurs, fait parler les humains comme ils ne parlent jamais, en chansons, mais pas le dernier à sauter dans le sabbat et attiser la braise. On ne naît pas enfant, on le devient.
Intégrale Jacques Demy, 12 DVD (Arte Video/Ciné Tamaris) 99 €
Libération,
vendredi 14 novembre 2008
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